‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-mêmeChapitre 25 sur 29 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

DE LA COÔPÉBATIQir DES JEUNES GENS Àl^X ETABLIS-

SEMEN8 D^HVHANlTi.

Dans tous les ctablissemens formés par Tindustrie privée , Tâge mur a eu naturellement le bon esprit de s'associer la jeunesse, comme uo utile auxiliaire ] les pères ont eu la sage prévoyance de préparer leur fils , par un apprentissage gradué , a Texercice des professions qa'i)$ doivent suivre un jour. Les services publics ont leurs écoles d'application j le stage introduit les avocat» au barreau; je vois le notaire et Tavoué entourés de leurs jeunes clercs , le négociant et le fabricant mettant en mouvement leurs jeunes commis ; et, pour choisir un exemple plus rapproché de notre sujet , dans nos hôpitaux, les hommes les plus expérimentés dans Tart de guérir sont accompagnés d'élèves qui préparent , exécutent les prescriptions. Partout le zèle et l'activité de la jeunesse sont appelés comme auxiliaires dans la distribution du travail; partout cette belle époque de la vie devient une

"^JÏU PAUVRE. 4^9

seconde éducation , une éducation pratique qui foomit une pépinière de sujets aux divers emplois de la société. Pourquoi nos établissemcns (l'homanité ne s'aideraient-ils pas d'un semblable genre de secours? Pourquoi la noble carrière <\e la bienfaisance n'aurait-elle pas aussi ses néophytes ?

Combien les établissemcns dliumanité n'ontils pas déjà recueilli de fruits précieux , de Fassistance de ce sexe auquel la Providence sembla confier la touchante mission d'être sur la terre lange consolateur de l'infortuné , qu'elle se plut à doter d'une sensibilité si exquise , d'une bonté si ingénieuse et si délicate , dont la tendre pitié adoucit les maux que sa main soulage, et dont h vertu prise naturellement k la source de la religion , les bienfaits qu'il répand sur le malheur! Qu'il serait beau de compléter l'ouvrage , eofloi associant aussi cet âge heureux , riche de Uut de dons et de tant d'espérances , qui nous apporterait un autre genre de concours ! Combien cette coopération nous serait utile \ combien elle le serait aux. malheureux! combien HIe le serait aui^ jeunes gens eux-mêmes !

Ils ^ont en petit nombre les hommes qui jouissent du privilège de pouvoir se dévouer en enfier et sans partage' aux nobles exercices de la bienfaisance : ce privilège n'appartient guère qu'a cens qui sont retirés des affaires , qui ont ^cqais une certaine indépendance de la fortune.

Mais , alors , dans un âge avancé , lenr acuité est affaiblie, leurs forces sont presqu'*éleîntes j si leur sagesse et leur longne expérience sont éminemment propres k donner de bonnes directions , à tracer les règles, à juger, Il conseiller, leur zèle gémit trop souvent de ne pouvoir saffire aux détails , agir, voir, surveiller et exécuter par eux-mêmes ce qu^ils ont conçu. Les hommes d*un âge mûr ne peuvent consacrer k ces honorables travaux , que des instans de loisir trop fugitifs ; ils ne peuvent se déplacer k volonté ; ils sont retenus par des liens de famille , par des devoirs impérieux. Donnons aux uns et aux autres un cortège d'aides-de-camp , dans la carrière de la charité! que ces jeunes adeptes, messagers de la bienfaisance , aillent de toatts parts , recueillant les informations , explorant k champ , hélas ! si vaste et si varié des infortooe^ humaines , portant des paroles consolantes , d:.^> tribuant des secours opportuns , vérifiant T usa rr qui en a été fait , et formant autour de nos étjblisscm^ens d'humanité , comme une sorte d*auréole qui en répande au loin la féconde influence' Que de nouvelles lumières seront rassemblée- ! que de forces nouvelles seront mises en œuTre ! quelle célérité dans Téxécution! sans doute U jeunesse serait exposée par cette candeur mém * qui est pour elle un si bel apanage , à être facilement trompée par les artifices que l'aviditc suggère trop souvent à l'indigence ; elle ponrr.it

DU VAVVm. /\1\

ne paf ohêetrtr aêêcz , dans la distribution clef bf«ofait5 , cette mesure que commaDde une prudente économie pour Fexercice de la charité elle' même, Mais ces inconréniens ne seront point à rramdre, puisque les jeunes gens ne seraient appelés qu'^ agir sons une direction supérieure ; ti, d'an autre c6té , on tronrera , chez les jeunes irens , certaines conditions qui nous manquent trop souvent dans un âge avancé, cette ardeur ffoe rien n'efTraie et ne lasse , cette promptitude f\ai ùM saisir le moment favorable , cette vivafitk dVsprit qui £ait découvrir , imaginer avec f^lité tous les genres de ressources. Que d^yeux^ fpt de bras vont èf re mis à notre disposition ! «"'est un recrutement que nous allons lever pour tnarcher k la plus belle des conquêtes, pour le triomphe de la sainte causp de Thumanité ! Nous ne craindrons pas de Tavouer : nous nous étonnons et nous affligeons quelquefois d'une sorte «le langueur qui semble paralyser k la longue certaines administra tio&9 bienfaisante/^, des obsèdes que des habitudes de routine opposent « <l>ns quelques-uns de ces éiablissemens , aux ^nwlforations les plus raisonnables. La coopération de jeunes collaborateurs rendrait une novreDe vie k ces institutions , étendrait le cercle été idées , ouvrirait Taccès aux perfectionneaens utiles. Elle n'exposera point au danger (1^ innovations imprudentes , parce^ qu^elle n^infltiera point sur les déchïtms définitives^ mais

elle donnera Tévei] à ceux qui , ayec la meilleure volonté du monde , pensaient qa*oii ne peut faire mieux que ce qu^ils ont vu et fait jusqu'à ce jour. Ainsi, le foyer du feu sacré se 'trouvera ranimé et renouvelé sans cesse ; le» vieux administrateurs se sentiront en quelqur sorte xajeunis eux-mcmes. Vous qui présidez à nos établissemens , qui vous attristez chaque jour de ne pouvoir assez faire , en même temp^ que vous allez être aidés , quelle jouissance vous godterez dans Temploi de ces nouveaux auxiliaires ! Heureux père , vous avez votre fils à vos côtés , en remplissant ce' pieux ministère ! c'est de sa bouche que vous apprenez ^cxistcnced^m malheur que vous pouvez soulager, ou le soulagement qu'a produit la dispcnsation que vous aviez conçue , et la tendresse paternelle roéle ees douces émotions à celle dont la voix de l'humanité faisait tressaillir votre cœur ! Un bienfait répandu devient comme une fête de famille. Vieillard vénérable, vous aimez à voir briller sur le front de ce jeune homme, le reflet des sciitimens qui ont rempli et animé votre vie , à voir s*épanouir en lui, comme une fleur d'Édcu, Tadolescence de la. charité ! La présence de cet aimable compagnon de vos 'travaux vous contolc des mécomptes que vous rencontre^ dans la dispensation de vos dons , de l'ingratitude que plu*! d'une fois ils recueillent pour récompense. H vous est doux de vous appuyer sur lui , dans ces

DU PAUVBE. . 4^3

routes généreuses où vous lui servez de guide ; vrjus sauriez en apercevant dans ces traits la j^>ie céleste que lui fait ressentir l'essai d'une ix)nne action 3 vous avez acquis en lui un fils itdoptif , adoption sublime dont Tacte est inscrit aux registres du ciel, qui en £ait votre disciple, rhéritier de vos vertus, qui un jour Tap- |*eUera à être votre saccesseur , en lui enseignant a imiter vos exemples !-

Oui , si Texercice de la vraie bienfaisance est UQ art aussi difficile dans le choix et l'emploi •les moyens, qu'immense dans la sphère qu'il embrasse, comment serait-il le seul qui n^exigeàt point un noviciat convenable ? ce n'est pas trop de IVxpcrience de la vie entière , pour en étudier tous les secrets ; ce n'est pas trop; car il ue s'étudie pas dans les livres , il ne s'enseigne 'juepar la pratique; et cependant ici les erreurs ^nt fatales. Non-seulement elles entraînent la perte d'une portion des ressources déjà presque toujours insuffisantes; mais elles peuvent accroître et multiplier les maux qu'on se pro- {>08ait de guérir. £t comment celui qui débute édbappera-t^il a ces erreurs? comment échapjiera-t-il aux pièges que lui tend Timmoralité dégaisée sous le costume sacré du malheur , aux réductions de son propre cœur, dont l'atten- (irissement prévient la réflexion et l'examen , <ioat la délicatesse repousse les impressions de 1^ défiance? Si vous accordez le noviciat que

4^4 liE VI8XTEVB

BOUS sollicitons , les leçons de Texpérience seront alliées à la chaleur du 2èle y les «'ssais se trouveront soumis à un contrôle prudent. Ainsi, notre |eune philanthrope obtiendra sans danger cette longue éducation qui doit lui faire parcourir et la triste série des misères humaines , et les voies diverses par lesquelles on peut leur porter des remèdes efHcaces. C^est de la sorte que Tart de guérir forme auprès du lit des malades ses plus habiles élèves. Nous instituons donc une sorte de clinique pour la bienfaisance. A mesure que les rangs de ces hommes vertueux , dont se composent nos administrations charitables , viendront à s'éclaircir, de nombreux candidats se présenteront pour les remplacer ; une sorte de concours s'établira entre eux 3 l'héritage du dévoûment sera pour eux le terme d'une noble ambition ; le choix qui sera tombé sur fun d'entre eux, en l'appelant à faire plus de bien encore , sera la récompense de tout le bien qu'il aura déjà fait j il ne sera qu'une promotion dans la hiérarchie des plus belles dignités qui soient sur la terre. L'ami de l'humanité arrivera à cette fonction éminente, mûr, et disposé par les emplois subalternes ; il n*aura plus à apprendre, il n'aura qu'à s'appliquer.

On ne sait pas combien il y a encore à faire pour secourir les maux de tout genre qui aflli' gcnt l'humanité , ou du moins , si on aperçoit combien il en est encore qui invoquent Aes sou-

iagcmens , on Cf t porté a en accuser rinsufiitaoce des ressources. Cest une erreur : avec le» reisoarccs existantes, on pourroirait k une masse bien plus considérable de besoins^ mais il j a un génie pour la bienfaisance comme pour, les autres arts ; ce génie exige une certaine jeunesse de cœur, une certaine vivacité d'imagina^ tion, uo enthousiasme dont la chaleur n^ait point encore été refroidie. Si nous n'avons pas eu Vst" vantage de recevoir Téducation sévère et fruo tiiense de Tadversité, nous pouvons du moins y suppléer en partie , en nous mêlant dès nos jf^unes années , a cette classe de la société déshéritée par la fortune , en nous unissant h elle par les liens d'une généreuse sjmpathie. Ainsi , nos jeunes néophytes commenceront par être les coofidens de la douleur, pour être un jour mieux à portée de la secourir.

Et qui mieux, en effet, pourrait obtenir la confiance entière des cceur» affligés ? Cette bienveillance aimable et empressée , cette chaleur d'âme , cette ingénuité qui sont naturelles à la jeunesse, encouragent a l'ouverture, à Tabandon ; il y a , dans ses paroles , un charme qui captive , dans son regard , quelque chos^ qui semble faire rayonner l'espérance j on aime à loi dire ce qu'on n'eût point osé avouer à un homme plus grave ; on sent mieux la compas^ sion qu'elle éprouve : on est ranimé par sa présence ; le bienfait qu'elle apporte semble être

^^6 LE ViSLTtUR

^onné avec plus de grâce; la joie qu*elle ressent elle->méme , en le répandant , est une consolation nouvelle pour celui qui le reçoit. Le malheureux voit, dans un jeune homme, un protecteur qui lui est assure pour de longues années , qui veillera sur la suite de ses destinées. Les enfans surtout s'attacheront à celui que son ûge approche d^eux; ils écouteront ses conseils; ils lui montreront avec une sorte de fierté les fruits de leur travail; ils diront: « Voilk celai M qui pourra me servir de guide et d'appui 3i » toutes les époques de la vie ». Quel touchant spectacle que celui d^un jeune homme accourant au milieu d^une famille désolée ! chacun s^m* presse autour de lui ; on reconnaît en lui un messager de paix et d'amour. Celui-là sait le mieux consoler , qui sait le mieux s*atteidrir. Dans réglise primitive, lorsque le christianisme, à son aurore , ofirait au monde étonné le tableau d^une société étroitement unie par les liens de la charité , si Ton réservait aux vieillards les (onctions éminentes du sacerdoce, c'était aux mains des jeunes lévites qu'on remettait le dépdt des dons destinés aux frères soufirans ; ce mi' nistère était le premier degré delà consécration religieuse : on jugeait qu'il était le plus digne moyen de les introduire au service des autels ; ou sentait que si la vraie piété est la source la plus féconde de la bienfaisance, la bienfaisance, à son tour , ramène incessamment le cœur aux

lentimens de la piété ; car , le$ deux grands commandemenê iont sernblahles F un à Vautre , et 1 )aioar de I>ieu se confond avec Tamour des (•ofluneâ. Ah l qae cet âge à qui il a été donné 'ie «avoir si Heo aimer , connaisse le sentiment rieramoar dans tout ce qu'il j a de plus sublime fXàt ^Aas pur, comme une émanation toute ce- )eftc,qat, en remontant au créateur, embrasse toote» ses créature» , embrasse surtout le mal» h'^nr, par la compassion la plus tendre ! Dieo inî-fnéme n'a^t-il pas Toulu être personniGé en ^pielqae sorte dans Tétre délaissé? Imiter le suprême Bienfaiteur, c*est s^acquitter envers lui* La religion recueille les larmes de la piété, comme ia plus digne offrande. Le cœur rempli par le véritable amour , a besoin de se répanflre, de se satisfaire en se dévouant. QuVst-ce ^îmcr, si ce n'est se complaire a donner? Don- 'ter est en soi peu de chose ! donner nVst point ''Msfttt VoEorre de la charité; aimer celui qui tooj&e , voilk ce qui la constitue ; le don n'en ^^t que reflet ou le signe, il reçoit tout son prix du sentiment qui Tinspire. Ofirons donc * finfortuné comme à Dieu même , les pré- T'iices de nos facultés et le printemps de notre

Ouvrir aas jeunes gens la carrière d*une bienxitaoïce active, c'est donc leur offrir l'initia- '•"jQ la plus tûre à une piété profonde et éclairée ;

'^«t les exercer d'avance aux autres vertus .

c'est leur en inspirer le goût. Il n*cst pas une seule des émotions qu'ils éprouveront dans ce bel apprentissage , qui ne doive laisser en em des impressions durables , qui ne doive deveoir pour eux un germe de bonnes actions. Leur âme s'entretiendra dans les habitudes d'une sensibilité épurée j elle sera garantie de cette influence qui résulte trop souvent du tumulte des affaires, du commerce du monde , et qui conduit au:( froids calculs de régoïsmcj elle sera naturellement préservée des nombreux dangers que la dissipation, la frivolité et les faux plaisirs sèment de toutes parts sous les pas de radolescencc. Elle goûtera mieux les plaisirs inoocens. L'activité qui la dévore trouvera un digne alimefll. Elle puisera une nouvelle énergie dans cette satisfaction intérieure que donne le souvenir du bien qu'on a fait. Elle s'élancera , avec un redoublement d'ardeur , dans les travaux qui lui sonl imposés. Le talent recevra en elle des inspirations plus fécondes; l'esprit s'illumine toujours par les saintes émotions de la vertu. Elle s'élèvera aux grandes pensées , par les plus nobles sentimens. Ain.si se nourrira en elle le foyer de cette flamme généreuse qui produit les actes du courage et les chefs-d'œuvre du génie ; ainsi se conservera en elle ce calme secret, cette paix inaltérable, qui rendent le jugement sain, et qui seules procurent la véritable sécurité. Ohqu'elles sont belles les larmes qui coulent sur

DU PAUVBE. ^29

uo visage orné des fleurs de Tadolescencc , mieux oroé encore par la modestie , la timidité et Tinlàoceoce ! Que j^aime à voir un jeune cœur s^ouvrir à Tespoir d* adoucir les peines d^autrui j découvrir, à Taurore de la vie, ce qu'il y a de plus <ioiadaas la vie, le plaisir de faire des heureux^ ;;oûter les joi^'s de ce triomphe chrétien, qui 6'obtieDt en se sacrifiant pour scb frères , et se uiosacrer avec transport a une carrière qui seule peut satisfaire une ambition sans bornes , sans ^tre troublée par aucune amertume ! Quelle plus |uste et plus parfaite harmonie que celle <i« l'exaltation naturelle du jeune lige, et de iVothoosiasme pour le bien! Elle s'égare dans t^oaéba, elle trompe son propre instinct, cette euitatioa capable de tant de choses , si elle ne ^ porte à être utile à nos frlres. Tout ce que la uature a décoré de couleurs riantes , de formes 'gracieuses, annonce et promet un bienfait^ elle ^ pare de jeunesse elle-même , lorsqu'elle apporte aux humains lesdonij qu'elle destine à leur ^KMirritare : comprenons Tall tance exprimée par **^ symbole ! Jeuaes gens qui faites Tornement fie la cité , soyez-en aussi l'honneur , soyez les Itéairseurs de la bienfaisance , parmi les hom- H»es! Qu^oo m'excuse, si je m'anétr; avec um* (^'rte de volupté sur cette image , si j'y suis ra> i^Afné sans cesse ; elle me charme , me captive. !-« speetade du le*'er de l'aurore est moitis ra- '•is&aBià 0ie€ yeux, que celui de la céleste cjia-

43o LE VISITEUR

rite se moulrant à la terre sous les formes de la jeunesse.

L^administration publique a ouvert tous les genres d'écoles, pour Tinstruct ion de la jeunesse : elle en a établi pour les belles-lettres , pour les diverses branches des sciences, pour les arts libéraux, pour Tindustrie. Mais il est encore une grande école, iion moins féconde en lumicres positives, non moins nécessaire à cet âge; c'est celle où Ton apprend k connailrele malheur; c^est , par là même , celle où Ton apprend à étudier véritablement la destinée humaine. Le jeune homme que j'introduis dans cette école d'un genre nouveau , dans cette école toute pratique et expérimentale , découvrira bien des choses qu'il n'eut apprises, ou du moins aussi bien apprises dans aucun livre ; il verra de ses yeux quelles profondes et innombrables misères sont cachées sous ce manteau brillant que le monde semble déployer au:i yeux du spectateur superBciel; ils se révéleroot pour lui les desseins de la Providence qui a voulu faire du passage de Thomme sur la terre < un pèlerinage laborieux ; il apercevra jucqu'où peuvent aller les angoisses de la douleur ; queU secours la religion et la vertu offrent contre les atteintes du désespoir; quelle est, dans cette crise terrible de la nature , la stérilité et Hnipuissance de toutes les consolations qui ne sont pas puisées a cette source. Il admirera, sur leur

DU PAVVRE. 4^'

p]ii8)>eau théâtre, la résignation et la patience, ^'exerçant dans Tisolement, l'abandon et Tobscurité'j souvent il rencontrera sous les haillons de la misère , des vertus plus vraies , plus spontanées , plus difficiles que celles qui sont célébrées par les éloges du monde ] il saura des secrets du cœur humain , des vérités de la morale , ignorés des philosophes spéculatifs ; il se convaincra, par lui-même , du terme auquel conduisent les désordres du vice , des dangers auxfpjels exposent la légèreté et l'imprudence , des tristes effets que Tiguorance et les préjugés peuvent traîner à leur suite. Il honorera encore plus le travail ; il sentira tout le prix de Véconomie et du bon ordre , qui seuls conservent le fruit du travail. L'attendrissement qui s'emparrra de son cœur, a la vue de tant de douleurs diverses, la sympathie qui l'associera à ceux qui en supportent le poids , lui feront comprendre toute la force du lien de cette confraternité sacrée qui unit toutes les créatures humaines, ft, dans ce sentiment seul , il possédera comme ic flambeau qui éclaire toute une région de la morale.

Mais , dira-t-on , un jeune homme ne peut-ii pas se livrer de lui-même aux exercices de la bienfaisance privée? sans doute; mais en associant ce jeune homme à un établissement d'humanité , vous lui offrirez l'occasion qui peut-être )ui eût manqué , ou que peut-être il eût négligé

432 LE visiTEra

de saisir. Ensuite, la plupart des jeunes gcnsn« peuvent porter indiTiduellement aux maOiCtireux, en ressources pécuniaires, que des contributions très limitées. Vous leur offrirez if* moyen d'y joindre une foule de serrîces actifs* de ce genre de services auxquels les jeunes gens sont si propres , qui forment la branche la plus importante et la plus fructueuse d*nne bieo&isance éclairée : il ne sera pas nécessaire qalh soient riches eux-mêmes; ils serviront d^intermédiaires entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. La bienfaisance privée ne peut embrasser dans sa sphère, que certaines espèces de maux ; organe et ministre d*un système général. le jeune homme parcourra sur une plus grande échelle le champ si étendu et si varié des infortunes humaines. C*cst peu encore : livré à luimême , il ne pourrait faire que des tentative* isolées ; initié à Tapplication d'un système général d'administration philanthropique, il recueil' lera toutes les lumières qui y ont été rassemblée^ par une longue expérience ; il ne se bornera pa< à agir; il verra agir ceux qui sont déjà consommés dans ce grand art. Combien de notion^ utiles il recueillera , même d'une manière inattendue , dans l'emploi qui lui sera confié \ H pénétrera dans les ateliers , dans les chaumières ; il connaîtra des détails de l'industrie manufacturière et agricole que, sans cette circonstance, il eut peut-être toujours ignorés 5 il recueillera

u//t»;te* |.4t* j/lu« umyUih d'y ténu*:di*cr. D^^uh «^«

.« ujijuliyju^;^. bi Mii )<>«#■ il ♦î*! a^jyt'U: a. h 4.tm*-t*t '»i,xrt mxm; i//uji«î d^l^rwi^^r-wi <jU1*;*> dont d j>*^ii#»

<i4«Mi:r*ti> ^ r*'U*:fjiiii:*ci- tui t^«j<;t <|ui <;ut i#;*;u ualç

ilw» luj;* de* |/l«ib î<l^<ludb «v^tt<^^<?è <ju*? ';«ftt>e < {.y^:i4«ti'>« oti/i/^ïi a*ji>ï j<:'uw*r> ^<'Wfc , **'/<*;t de .»•« Mir^ltt^ ♦'ij fvyiyjt't jujwj.édi;*t «rt iiiij>»it'i«rj avec

■-.frMaiweAi» de i;ie#j/^«u<iii.'x;- Lju b»tsu\Ai*ÏAt cow-

*'>-u4i^it. leur*» idte* , i.<rui" iu*piiei^it m^j^^hh-^ui" ' .•» ul ie iM-i/jm djt leur \ji<j[H*t taiuut , Itu/- "-*>wtret»j.t te terw^e ver* le<|Ujel d* M>iit dij^uéit

434 ^^ VlâlTCTJl

de diriger leur ambition* Quel» exemples §eroùt déployés Mms leurs jeux f quelles iastmctîon* leur seront offertes f quels guides , quels «ppuj« leur sont préparés an besoin 1 Quelle émulatîoT) •'allumera dans leur cceur ! qiielle féeoDpe»'»'^ dans l'approbation de ces hommes de bien' quelle nouvelle grarité dans leurs mcears! Qnrl)^ direction sérieuse dans leur vie! Hommes wéné^ râbles, qui Tcillez sur la destinée du panrre. TOUS que poserais appeler les pontifes de h bienfaisance ; ah ! que nous aimerion* à tous voir ainsi entourés , dans les f^nietions de ce culi/^ touchant, d'une troupe de jeunes lévites, kregards attachés sur vous, empressés h vou^ servir!'

La règle fondamentale qui séparerait les fonctions propres aux administrateurs , de la coopération confiée h leurs acolytes, consisterait ^ ce que la direction et la décision seraient tmijours réservées aux premiers; que les êteonà^ ne seraient jamais que des instmmens d'ev'ention.

Ces jeunes auxiliaires pourraient être rangf < en plusieurs ordres ou degrés , et dans chacun . ils pourraient recevoir divers genres de nûvsions.

Le premier emploi , celui qui semble âerotr

I Kt clrcùm corena fratrum « quasi pUmUMa etén ht monié Ubano,

DU PAUVBE. ^35

ÎBlïodiiire à tous les autres , se compose des nombreuses investigations dont les établissemeas d*boaiamté ont besoin pour se former un corps d*înformations préliminaires. Nos jeunes explorateurs seraient envoyés , si Ton peut dire ainsi, pour faire des reconnaissances. Us reoieîQeraîent et constateraient les faits , avec Tattention d*en réunir toutes les circonstances, n serait bien que deux jeunes gens à-la-fois fussent chargés d^obtenir le renseignement désiré. Us se serviraient mutuellement^e contrôle, ils s'exciteraient l'un l'autre , ils s'entretiendraient dans une louable émulation, ils se suppiéeraient au besoin f cette association deviendrait l'occasion de saintes amitiés , et le charme de ces amitiés redoublerait encore le zèle , en lui ôflrant dans ses travaux une douce récompense.

Un secmid genre de mission aurait pour objet cette surveîHance de détail qui consiste à s'assurer que ce qui a été prescrit a été fidèlement accompli ; pour s'en acquitter , il faudrait se bien fiénétrer de l'esprit des ordres donnés , du but auquel ils tendent , des conditions qu'ils supposeaL On conçoit que ces soins donneraient à nos leanes gens d'heureuses habitudes de régularité f^t de précision. Us apprécieraient par eux-mêmes ies effets et les résultats des dispensations con- ''ertées.

Sans doute les chefs supérieurs ne- ccsserout

point pour cela de faire leurs tournées, leurs visites , de s'enquérir, et de vérifier comme par le passé. ïlien ne peut dispenser un administrateur de voir par ses propres jeux ^ mais il ne peut être partout j il sera donc aidé seulement, et les explorations deviendront plus étendues et plus fréquentes 3 Tadministrateur , dans ses visites, sera même accompagné de quelques jeunes élèves qui se formeront, d'après son exemple, dans Tart difficile de bien observer.

Jusqu'ici nos novices n'ont encore été appelés qu'à voirj et c'est en effet par là qu'il faut commencer en toutes choses * les faits sont les élémens de la science ^ ensuite ils commenceraient a agir , ou du moins ils participeraient k l'action. C'est ainsi que l'élève en médecine commence d'abord par faire un cours <le clinique auquel il n'est admis que comme spectateur , et que plus tard , il devient K Thôpitâl l'aide du médecin en chef. Nos novices agiraient sous les yeux de l'administrateur, d'après son impulsion , suivant les instructions qu'ils en auraient reçues ; ils coopéreraient a cette partie de l'exécution qui exige le plus d'activité , de promptitude, mais qui est la moins discrétionnaire 'j leur travail ressemblerait à celui des apprentis dans les ateliers; ils se ré gieraient d'après un modèle j ils achèveraient ce qui aurait été tracé.

Voici nos élèves philanthropes en mouvemeot

DU PAVVEE. 437

dm* la tpbêre qu'*cmhra««e un établi «vemeiit ; •is reçoivent , portent , reportent la lumière et 1*; wttlageDuent; plus tard, ils seront appelés au centre , iU y trouveront d^autret emplois , tonf/fjr§ saof troubler Téconomie et Tunité du syst^îoe administratif. Quelques-uns seront chargés ^^hire des rapports ; d'autres pourront . ou te» yir des registres , ou être chargés d'une partie '■>'*: la correspondance ; iU olFriroot ainsi Ta vantf^c de diminuer les frais de secrétariat. Quel- 'riesHtms examineront des mémoires , feront des .'iotes ou des extraits. Ceux qui auront occasion ^e rorager, visiteront, dans les villes où ils ferofii qtielque séjour, les établi «semeus analogues, observeront les méth/ides et les procédés y ji j sont adoptés-

^iiaeun de ces jeunes coopérateurs poui ra *^wr« appliqué à tel ou tel genre de service , suit «ut la dinîction qu'auront suivie ses études , Kjjraot la pro(iession qu'il aura embras<>ée, Aiunt, >*: owomis négociant , le manufacturier , s'cm- ;.. lieront utilement pour les acliats, la confect //Il des ol^ets mobiliers, La comptabilité; de ;*ruifces avo'iîâts seront envoyés pour la vi^it/; des prison* ; ceux qui continuent a cultiver le? science» et les lettres seront bien placés dans la sur* >*'illaoee des écoles,

Si quelques personnes accoutumées à ranger <('J «Mnbre des vaines théories ^ ce qu'elles n'ont .••jnt vu exécuté, à traiter de l>eaux rêve?» le*.

vues du bien public , découragées par le spectacle du monde au milieu duquel elles vivent , élevaient des doutes sur la possibilité, de réaliser le plan qui vient d'être indiqué , une expérience positive est là pour leur répondre ; depuis quelques années une émulation généreuse sVst développée dans la jeunesse française^ plusieurs associations honorables en sont nées. Dors de la création de la caisse d'épargnes , à Paris , nous avons vu un grand nombre de commis de maisons de banque de la capitale , venir s^ofixir volontairement avec un louable empressement , pour la tenue des écritures , sacrifier avec joie leur dimanche , c'est-h-dire leur seul jour de loisir, pour une corvée fatigante. Dans plusieurs de nos associations de bien public , nous comptons des jeunes gens au nombre des souscripteurs, assidus aux séances, prêts à remplir toutes les commissions qu'on peut leur donner. Oes jeunes gens ont reçu , h Paris , la mission d'inspecteurs d'écoles gratuites, et y ont mis un toi zèle , que ces écoles sous leur surveillance , ont fait des progrès rapides et inattendus. Des jeunes gens ont été appelés aux fonctions de commissaires de charité , et les pauvres ont trouvé en eux des amis pleins de chaleur ponr leurs intérêts. On voit des jeunes gens qui visitent les hôpitaux de Paris , s'asseoir au chevet do lit du malade , et leur faire des lectures édifiantes. On voit des jeunes gens visiter l'Hôtel-Dicu

DU PALVEE, 4^

éA.4i hty<m fCty rendre un genre de soins qui exige

le sa^erifiee de quelques ré{>ugnan/:es. Une et>tî-

jaaal>le réunion de jeunes gens que nous nous pWi'

i^on* à eiter àA* nouve;<u, s^o^xrupe depuis trois

fltjas , à Paris , de placer en apprentissage des or-

|>lAelins , et ne donne pas moins de s<jins à laur

Csdijc^tion morale qu'à leur établissement indus-

ts'Ufi - IJ n'est rien de bon qu'on ne puisse attendre

<lie la générosité de cet âge ; de l'enthousiasme

<|4i« itii est propre! Qu'une voix^ s'élève, une voix

<f^ul lui soit connue, et lui dise : « Ven<*z, vous qui

>» él^s pour nous Tobjet de tant d'af}<:'c lions, la

>» tiource de tant dVspérances* vous qu'on vit dis-

*» puter avec tant d'ardeur les palmes acadéoji-

*» ques, tressaillir en recevant les témoi;^nages de

» la satislaction de vos guides , et b^'> encoui age-

^. 0i<en$ de vos familles ; vous, dont le jeune co^ur

» palpitait nagui're, lors^fue^ d;4ns le «ours de

w vo« études , on vous ollVait l'image des belles

%• ^diotih^ qui, dans vos essais littéraires, vous

*> félicitiez de trouver lV>ccai.ion d'r'xprimer les

»• plus nobles sen'imens ; vous dont l'ame encore

** finave et pure est avide des émotions généreu-

» s^s, ven^:^, nous vous olfrons des joies célestes ,

M éUis jouissances inépuisables, une gloire dau-

» tant plus vraie qu'elle est exempte des séduc-

» lions de la vanité ! Vous qui êtes heureux, à

>» <|ui tout sourit <lans le monde et dans la nature,

»> Y^aez a pprendre à com pa t ir. à sou I a gei* ! venez,

V hoyez nos fils de prédilection . les amis du

44o I'2 VISITEVA

» malhéitr, les a'ulc» de ceux ijne inm$ ▼éoéfo, » les précurseurs delà bîeofaisance ! reoez aaa*- » ser pour le reste de rotre vie, des trésors ^e » Ifl fortune ne pourra yoos enlever ! il vous eft .«» ouvert le sanctuaire ou là . charité réside poor » consoler les misères humaines ; venez lui por- » ter Toffrande de yo9 plus beaux jours! vcoei, » soyez avec nous , secondez-nous , commencez *> it recevoir d'avance notre héritage , disposez^ » vouB k faire un jour mieux qae nous, et qae » le ciel , pour prix de vos efforts , vous donoe n un jour aussi des fils qui vous ressemblent ! " Que dis-je? ce n^est pas seulement dans le cceur des jeunes gens qu'a retenti la voix de linfortune implorant la pitié ; ce n*est pas seole^ ment de la main des jeunes gens qu'elle a reçu un généreux appui : le génie de la charité a élevé de jcrunes filles , encore inexpérimenté*;* « étrangères au monde , à la dignité de ce bea^ minist/;rc qui adopte et soulage les malheorcos- Peut-on voir sans admiration près de deux mille demoiselles mcrttre en commun , à Paris , leon petites épargnes de trente centimes par moit , adopter de jeunes filles pauvres qu'elles placent en apprentissage , auxquelles elles ibumisseDt des trousseaux, que chacune déciles a droit de présenter , qu'elles visitent elles-mêmes*^

s Im toeiéuS dt» jeunes économe*, L^exemple tetAi» avoir été donné pur la ville de Ljon, ok une §oài\f

DTJ PAUVBE. 44*

Peut-on voir sans un profond attendrissement une autre réunion fort nombreuse de demoiselles , former aussi- par leurs souscriptions , sous les yeux , sous la direction , et avec Taide de leurs parens , un fonds annuel pour procurer des yêtemens et des couvertures aux pauvres vieillards , aller , conduites par leurs mères , auprès de ces infortunés , rendre compte ensuite delà situation où elles les ont trouvés , exposer leurs besoins et se charger de leur cause ^ ? Touchans prémices qui promettent une longue carrière de bonnes actions ! touchant hommage offert à ceux qui , prêts à quitter la vie , en ont subi les épreuves , par des cœurs qui s'ouvrent à toutes les affections , et qui , sans avoir encore expérimenté le malheur, savent déjà si bien y compatir ! On dirait une couronne de fleurs déposée sur Tautel de la Bienfaisance. C'est ainsi que ce sentiment sacré rapproche tous les âges comme toutes les conditions , et tend à ne former qu'une seule chaîne de l'humanité tout entière ^.

de ce genre comprend à-pea-près toutes les jennes demoiselles de la ville.

> Société des enfans en faveur des vieillards. Une dame Tëncrable , modèle vivant de la charité active , éclairée, indulgente, a essentiellement contribué & cette intéressante ciéation dont nous ne connaissons aucun antre exemple.

« Dans la belle et intéressante institution de M. Morin i Fonlenaj'aox Boses, tous les élèves mettent en com-

44^ LE VIS It EUH

Méditons ces exemples ; jAb nom eBseigneot jusqu'où nous découvrirons d*aiinables candidatf pour les fonctions de visiteur du pauvre.

noa l0i petitef uumônas (|a*ili pr^lèfent tur Vàr%tul qui leur eit donné pour Uuri mena« plaiiirf : ub bureau de cbariU compoirf dei élèvei «]ui ont tfl la nieil* kare conduite, emploie et diitribae, en nature, fou* la direction de M. le enré et det cbefi de la oiaiMu . le montant de cet secours , est admit h l'iionneur d^ar> compagner M. le cure' dani »e« visitei ans puorrei indigens uinai secourus. Ces fonctioui sont accordeei comnie la pins précieuse récompense.

Une inslilulion seniblabio existe dans la belle école d'enseignement mutuel établie & Mirecourt (départe* m«nt dtfs Vosges), pur i*au(oti(é municipale, et diri' gée actuellement par If. Pernt'jr.

Page 1