O^ PERFECTIONNEMENT MORAL
naire : il reçoit les leçons de la patience , du courage, qui lui sont données du moins par Texemple d autrui; il recueille les lumières sublimes qui jaillissent du sein de ladversitë : il ignorait la vie ; c'est auprès du malheur qu enfin il viendra l'apprendre : peut-être, il ignorait son propre cœur; la vue de Finfortune le lui révélera, si toutefois il est digne de cette découverte.
C'est ainsi que les conditions sociales , dans leur inégalité , composent une échelle que la bienveillance est appelée à descendre et à gravir sans cesse, chargée ou de présens ou de tributs , çchelle dont les deux termes extrêmes sont précisément ceux qui ont réciproquement le plus besoin Tun de l'autre, ceux qu'en effet la vertu vient rapprocher entre eux.
En considérant ainsi les diverses conditions de la vie sous le rapport des services qu'elles fournissent Tocoasion de rendre ou de recevoir , on y trouve lune des principales mesures qui servent à apprécier l'influence qu'elles peuvent exercer sur notre perfectionnement moral. L'utilité de cette influence dépendra éminemment et de la nature et de l'étendue de ces services ; elle sera différente pour celui qui les rend et pour celui qui les reçoit.
Les services obligés, par exemple, peuvent corrompre celui qui les reçoit, par la séduction de Porgueil, avilir celui qui les rend , par la dépendance où ils le placent. Ce danger s'accroît pour les premiers, lorsque ces services ont plus d'importance, pour les seconds aii contraire, selon qu'ils ont un objet plus mesquin. Les servi<^es volontaires élèvent ceux de qui ils viennent, conune ils touchent ceux auxquels ils s'étendent; ils exercent les premiers au désintéressement , les au-
LIY. III. SEGT. II. GHAP. Y. 265
très à la gratitude. Les services qui sont rendus dans l'ordre des choses intellectuelles et morales , en même temps qu'ils unissent plus étroitement les hommes, développent une activité favorable au perfectionnement, chez ceux qui ont le bonheur de pouvoir en être les auteurs : de même qu'on apprend de nouveau et qu'on apprend mieux ce qu'on enseigne aux autres , ou se pénètre mieux aussi des sentimens du bien, en cherchant à les. inspirer. Mais aussi , quels pièges ne tend pas l'oi^ueil à ceux qui ont le bonheur de pouvoir servir leurs semblables dans une sphère si élevée ? Combien ils ont besoin de se tenir en garde contre l'esprit de domination, contre le défaut d'mduigence! Combien ils doivent éviter de se croire meilleurs que les autres! Les services rendus dans un ordre purement matériel rabaissent la condition de ceux qui les fournissent , lorsqu'ils ne font qu alimenter par la sensualité l'égoïsme de ceux qui les reçoivent. Les services rendus à un seul individu comportent une plus vive affection, mais peuvent supposer une dépendance qui menace la dignité du caractère. Les services rendus à une communauté ont toujours quelque chose de plus noble ; mais il est plus rare qu'on en conçoive bien le mérite.
Des autres points de vue se présentent à côté du précédent et concourent avec lui à déterminer l'influence des conditions sociales sur notre amélioration : c'est celui des besoins qu'elles excitent en nous , et c'est celui des obstacles qu'elles nous opposent. Chacun de ces besoins peut être un principe d activité, et peut être aussi une cause de dépendance ; il peut être plus ou moins hostile ou généreux , plus ou moins pur ou