‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 107 sur 150 · DU PERFEGTIONN£MENT MORAL · texte numérisé non relu

DU PERFEGTIONN£MENT MORAL

grossier. Si ces obstacles s'opposent au deTeioppement de nos facultés morales , Tinfluence en sera funeste sans doute; s'ils ne s^opposent qu'aux prétentions de la personnalité y ils pourront irriter les passions y mais ils favoriseront k Tertu; s'ils sont dé nature à devoir être y à pouvoir être surmontés , ils exerceront notre courage, et fortifieront l'empire de nous-mêmes.

Mais, et c'est ici ce dont il importe surtout de se bien pénétrer, quel que soit ou le danger ou l'avantage d'une situation dans la société, il n'en est point de si flcheuse dont on ne puisse tirer parti pour devenir meilleur, point de si favorable dans laqudle on ne puisse se perdre. Notre destinée est réellement dans nos mains. Lorsqu'il est en notre pouvoir de choisir entre ces conditions diverses , l'étude de leurs inconvéniens ou de leurs avantages servira à guider dans le choix; lœrsque nous n'aurons pas ce pouvoir, elle servira à nous donner les moyens d'en bien user, et, comme c'est ici Fhjpothèse la plus générale, c'est dans cet esprit que nous devons nous y livrer.

En général , c'est là ou se trouvent les plus grands secours, que se trouvent aussi les plus grands périb; là, aussi, où sont les plus grands secours, sont ordinairement les plus grands devoirs.

Que sont, en réalité, les conditions supérieures de la société, si ce n'est une véritable mission conférée i ceux qui s'y trouvent placés, pour le bien de la société elle-même? Gela est évident sans doute pour ceux que la société a élevés au rang ou au pouvoir; mais cela n'est pas moins vrai pour ceux qui ont été comblés des dons de la fortune. Les uns et les autres sont appelés à exercer un patronage, à remplir une sorte de tutelle*

tlY. III* SECT. H. CHAP. V. %^

Ce nest pas agS^ez, pour les premiers, de fiiiire servir 9u pl^s g^nd avantage de tous^l, autorité qui peut leur avoir été confiée; par cela seul qu'ils sojp^ les plus forts, ils doivent appui et protection aux faibles; par cela seul qu ils sont placés plus haut, ils doivent à tous Tipstruction dçs bons exepiples. Ce n est point assez , pour les seconds , de remplir Vaugustç mission de la bienfaisance; ils sont appelés à servir, en plusieurs manières, d*instrumens pour favoriser le développement et 1^ propagation 4^3 choses utiles. Les classe^ supérieures ne s'élèvent au-dessus de la terre, que comme des nuées fécondes destinées à lui rendre une abondante rosée. Voilà pour elles de beaux et nobles devoirs , la magnifique prérogative qqi leqr fut dépç^rtie par la Providence suprême ! Lçs prestiges de la vacuité, régQi(sme ^e k domination, legoïsme de la sensualité, Terreur funeste qui leur ferait absorber, comme des faveurs du ^ort, ce qu'eues ne reçurent qu'en dépôt, voilà le péril! L'absence des obstacles, la facilité à toqt obtenir, voilà ce qui peut accroître encore le péril ! Elles sont d'autant plus faibles q^e rien ne leur résiste: il leur faut dox^ç plus de vert^ sous tous les rapports. Voici tnaintei^nt les secours : le premier de tous est dans le bien niêfne qu'elles peuvent faire ; car rien.ne restaure autant que lexercic^ de la générosité ; en donnant, on apprend à aim^r ; on se fortifie en vepant à l'aide d'autrui : de plus, les lumières affluent de toutes parts autour de celui qyi est placé dans une sitMation éleyée; il a des loisirs qui lui permettent une culture plus assidue de ses facultés; il embrasse un horizon plus étepdq : l'élégance des mœurs , l'habitude des choses dîstjpguées^ tepdent à i\ourrir en lui la no-

blesse des sentimens : les égards dont il estlobjet rinTÎtent à mériter^ par des titres réels , la considération et Testime : il n*est pas jusqu'au luxe des arts qui^ l'environnant habituellement des images du beau, ne favorise en lui le principe des émotions généreuses, s*il sait laisser pénétrer jusqu'à son âme les impressions qui en émanent.

La médiocrité de rang et de fortune, qui est, pour les hommes, la condition la plus générale, est aussi celle qui offre le plus de sécurité : elle entretient, conseille, impose au besoin cette modération qui est sans doute la disposition la plus nécessaire à la généralité des hommes. Sous ce double rapport, elle est favorable au calme, et, par le calme, à la liberté intérieure. A la faveur de Tobscurité, elle se soustrait plus aisément au joug de l'opinion. Garantie d'un grand nombre de [prétentions, la simplicité est son partage naturel. Pratiquant des vertus sans faste, elle est mmns exposée à en voir corrompre les motifs, par 1 ambition des suffrages ou par les louanges des spectateurs. Par cela même qu'elle constitue la condition générale de la société, elle sent mieux les bienfaits de la morale, des lois , de l'autorité légitime , dont l'intérêt général est constamment Tobjet. Elle se fortifie en s'appuyant sur les bornes qui la circonscrivent. Son activité est incessamment excitée par la vue de ce qu^elle peut acquérir, sa persévérance s'entretient par la lenteur des progrès qui lui sont permis. Siégeant au banquet de l'égalité, elle comprend mieux la justice; par la même raison, elle goûte mieux aussi la sympathie ; les relations sociales comportent pour elle plus de franchise, de confiance, d^abandon : en s élevant on se sépare, en se

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