LIV. III. SEOT. II. €HAP. V
confondant on est plus près de s'untr : les affections individuelles ont plus d'intimité : plus les situations sont semblables y et plus il y a à mettre en commun. Enfin, la médioerité a aussi cet ayantage , qu'elle profite de l'expérience universelle , et n*a point à tenter les voies d'exception : si elle n'a pas les honneurs du privilège, elle échappe à ses dangers. Mais si l'éducation que nous recevons de la médiocrité a précisément les avantages qui étaient désirables pour la foule, elle peut avoir aussi des inconvéniens dont il est nécessaire de se préserver : elle nous renferme dans un cercle doiït Funiformité et la monotonie favorisent les habitudes aveugles de la routine et l'engourdissement des facultés actives ; elle nous place sur une scène où la similitude des situations, la conformité des mouvemens, disposent à une imitation servile; nous ramenant ordinairement aux détails , elle nous expose à leur accorder trop d'importance; elle peut, en rétrécissant les vues de l'esprit, nuire indirectement à l'élévation des sentimens. Si donc les conseils de la sagesse nous enseignent, avant tout, à accepter avec satisfaction les limites que la médiocrité nous impose , ils nous recommandent aussi de rendre à notre âme, parles exercices intérieurs de la vertu, cette indépendance, cette noblesse auxquelles les circonstances extérieures semblent alors moins favorables.
A mesure qu'on descend aux conditions inférieures, on voit , pour chaque individu , le cercle de l'existence se rétrécir, les privations, les gênes s'accroître, les secours extérieurs devenir moins abondans. Parmi les secours, Pun des plus précieux, celui des lumières, diminue surtout d'une manière extraordinaire; mais
270 DU FBRF£GTIONllBM£NT MORAL.
si y dans de telles cooditiong , les devoirs devienneat de plus en plus austères^ it deviennent aussi {^us simples : ce qui est exigé de nous est plus difficile , mais la loi du perfectionnement relatif exige moins de choses. L'éducation essentiellement nécessaire à une telle situation sociale y est celle d*une patience courageuse : or, telle est précisément celle que les circonstances tendent à procurer à c^ui qui y est placé. Dans le nombre des lumières qui lui manquent ^ il en est une partie qui viendrait peut-être augmenter lamertume de sa destinée; il en est une autre à laquelle suppléera pour lui rexpé* rience de ladversité , de toutes les instructions^ celle qui est y pour lart du perfectionnement , la plus abondante et la plus sûre. U y acquiert le privilège d une spience qu on n'obtiendrait d aucun maître ^ qu^on ne trouverait dans aucun livre. Si plusieurs avantages lui sont refusés 9 il en est dont il est plus particulièrement appelé à recueillir les fruits , mais qui exigent des soins attentifs pour les faire valoir , ceux qui sont attachés aux salutaires habitudes du travail.
Heureux celui qui dès ses jeunes ans a connu les rigueurs de la fortune ! Il s est préparé à la carrière difficile et rude de la vie, par les exercices d une sorte de gymnastique morale; il s est familiarisé de bonne heure avec les idées sérieuses : il a entrevu les secrets de la destinée humaine , ses vertus auront pris des racines profondes; il a reçu une éducation virile. Graduellement admis à une situation plus heureuse 9 il sera moins exposé à s'en laisser corrompre , il sera mieux disposé à la faire fructifier pour les autres conunepour lui-même ; il a contracté avec le malheur des liens de confraternité qui ne doivent pas se rompre. Qr, telle