LIV, III. SECT. 1I..CHAP. V
plus Utile. Mais en s attachant à examiner la part dHnfluence qui appartient, à chacun des deux élémens qui viennent d'être distingués , on peut caractériser le régime moral qui résulte de l'exercice d'une profession , suivant que l'un des deux y prédomine d'avantage.
Plus est grande la part que les opérations de l'esprit prennent à la profession exercée, et plus sont abondans sans doute les secours qu'elle peut offrir à notre perfectionnemept; la dignité individuelle y est mieux conservée; on goûte mieux le sentiment de son indépendance; les facultés actives prennent un essor plus étendu ; étant appelé à être plus éclairé , on est appelé par là même à devenir meilleur ; si on devient meilleur en effet, on se trouve réciproquement plus habile; toutes les faveurs semblent i^éservées à ces belles applications de l'activité humaine. Mais toujours le dan* ger de l'abus est à côté des avantages. C'est ici le théâtre, où se déploient les séductions de la vanité , où la passion du succès cherche et saisit. ses victimes. Ici, l'équilibre que doivent conserver entre elles les facultés de rintelligence et celles du cœur, serait facilement détruit, si les directions de la sagesse ne venaient constamment le rétablir. Les affections généreuses devront donc s'entretenir au même degré que l'activité intellectuelle : rien n'est plus funeste que le talent ravalé au service de l'égoïsme.
Mais les professions libérales doivent être distinguées à leur tour, selon le genre des directions qu'elles tendent à donner aux facultés intellectuelles. Elles peuvent, en effet, favoriser plus spécialement ou la vivacité de l'imagination , ou l'habitude des considérations spéculatives , ou l'esprit d'observation , et par là réagir
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sur la culture de la sensibilité et sur le dételoppement des dispositions morales. Si l'on composait, par exemple y un manuel à Tusage des artistes ^ dans Fesprit que nous venons d'indiquer, combien de recommanda-^ tions utiles ne pourrait-il pas renfermer sur les dangers de l'exaltation, sur la mobilité du caractère, sur l'ambition des louanges ! Si Ion en composait un à l'usage de^ hommes qui exercent l'art de guérir , combien de recommandations utiles sur l'art de consoler , d'encourager ceux qui souffrent, sur la discrétion qui est due en retour de la confiance , sur les précautions à prendre pour que le spectacle habituel de la douleur n'étouffe pas la sensibilité ! si l'on en composait un pour la profession du barreau, et celles qui s'y rattachent, corn* bien d'indications sur la manière d ennoblir et d'étendre, par l'utilité des conseils , par le z^e et k désintéressement, l'assistance prêtée aux cliens, sur la scrupuleuse observance des règles de l'équité, sur le soin que l'on doit mettre à ne jamais prêter des armes aux passions ! N'y aurait-il pas aussi des noanuels à l'u^ sage des savans^ à l'usage des gens de lettres, si du moins ceux-ci daignaient les accepter, ne fùt<;e que pour les préserver de la tyrannie de l'amotir-propre, de la sécheresse du cœur, des susceptibilités, des animo** sites que trop souvent enfantent les prétentions rivales P Enfin, les philosophes, en donnant ces manuels moraux aux diverses classes de la société, ne devraien^ ils pas , avant tout, en composer un pour leur propre nsage, dans lequel ils renfermeraient des antidotes contre l'orgueil, dans lequel ils se prescriraient la bonne foi, la simplicité, la sévérité et la défiance envers eux-mêmes, l'indulgence envers les autres, dans