‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 111 sur 150 · LIV. III, SECT. II. GHAP. V · texte numérisé non relu

LIV. III, SECT. II. GHAP. V

lequel ils se rappelleraient sans cesse que, dans la science de la sagesse, la pratique du bien est la première source des lumières ?

Classer les professions, comme on veut quelquefois le faire, d'après les fausses idées répandues dans le monde, en distinguant celles qui sont salariées de celles qui ne le sont pas, cest chercher une base qui na point de réalité. Quiconque verse le fi'uit de son industrie dans les échanges dont se compose le commerce général reçoit un salaire, c'est-à-dire le juste retour de ce qu'il a livré, quel que soit le nom qu'il lui donne. Il n'y a que deux exceptions à cette condition universelle : Tune concerne ceux qui ont le bonheur de pouvoir donner gratuitement, sans accepter aucun retour, tout ce qu'ils mettent en circulation, et cette première exception est assez l*are; l'autre concerne ceux qui ne versent rien dans le commerce social, qui ne coopèrent en rien, par leur propre industrie, au bien-être commun, et ceux-ci, quelle que soit la fausse distinction qu'ils obtiennent dans les préjugés du monde , ne font que consommer sans produire. Depuis l'administrateur placé dans le rang le plus élevé , jusqu'au plus humble journalier, tous également recueillent unje rétribution méritée par un travail utile, c'est-à-dire reçoivent un vrai salaire , en retour de leurs services. Ce n'est donc point le salaire par Itii-ihéme qui peut humilier, et, en humiliant , avilir ; c'est l'esprit dans lequel il serait cherché et reçu : sesont les intentions vénales; c'est la cupidité; c'est la servilité du caractère. Dans cette nécessité qui nous ~ est imposée par la constitution de la société et par la nature des choses , d'acheter le salaire par le travail, nous trouvons une instruction continuelle qui nous avertit que

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nous sommes destinés en effet à servir la grande communauté humaine, ou dans son ensemble, ou dans ses membres.

Toutefois rimage de la rétribution attachée à Findustrie se présente ^ dans certaines professions ^ dune manière plus immédiate, plus sensible, plus fréquente : il est donc nécessaire , dans ces professons, de s'armer avec plus de soin contre les délétères influences des vues sordides. Parmi les mobiles intéressés, il en est peu qui rétrécissent davantage les idées, qui glacent davantage le cœur. En vain ce honteux mobile cherchet-il à se relever , à ses propres yeux , par Fétendue qu'il donne à ses calculs ; la passion de l'argent , portée sur un plus vaste théâtre, ne produit que de plus grands ravages. Un manuel moral, destiné aux professions dans lesquelles les intérêts pécuniaires sont habituellement mis en jeu, enseignerait des exercices capables d'opposer la générosité des sentimens à la contagion de la cupidité; il indiquerait comment l'équité dans les transactions doit être conservée par la bonne foi ; comment elle peut s'ennoblir encore parla délicatesse; ilindiquerait , dans l'emploi de la fortune , un contrepoids aux influences qui peuvent naître des moyens de lacquérir.

Il est des professions calmes , sédentaires , dont les opérations ont un caractère constant d'uniformité; on y sera mieux à l'abri des orages des passions : on y trouvera plus de facilités pour la régularité d'un plan de vie ; mais on devra s'y tenir sans cesse en garde contre l'assoupissement moral et contre les habitudes qui réduiraient l'existence à une sorte de végétation. Il est des professions tumultueuses, agitées, quino.us transportent à chaque instant sur une scène nouvelle ; elles sont

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