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de ces obêerrations peut expliquer pourquoi les bergers de nos campagnes ressemblent si peu à ceux des idylles. Il n'est pas jusqu'aux lieux dans lesquels est fixée notre résidence habituelle, aux objets dont le spectacle nous est constamment offert , qui ne puissent influer secrètement sur les dispositions de l'esprit et du cœut. Les mœurs graves , simples, sérieuses des marins naissent sans doute , en partie, de la familiarité qu'ils contractent avec le danger; mais elles naissent aussi du genre d'impressions que produit un spectacle imposant et vaste dans son uniformité. L'élégance artificielle que le luxe déploie dans nos demeures n'entretient point en nous les mêmes dispositions, que la grâce et la majesté avec lesquelles la nature a décoré la grande habitation préparée pour nous loin des villes. L'asile obscur et sombre où la misère est ensevelie^ redouble pour elle la tristesse et le découragement , par les images dont il fatigue ses regards. Ceux qui ont écrit sur l'hygiène ont remarqué l'influence qu'exerce sur la santé l'habitude de prolonger le som^ meil pendant le jour, et la veille pendant la nuit : cette habitude n'influe pas moins sur les dispositions de l'esprit et du cœur ; elle doit laisser moins de fraîcheur , de simplicité, de naturel et de calme, aux facultés de l'âme. Les moralistes recommandent avec raison les soins que réclame , sous le rapport de la propreté et de la décence, ce corps qui sert d'habitation passagère à l'âme immortelle : ces aoi&s qui peuvent être observés dans la pauvreté même , sont une habitude d'ordre, et rappdlent les sentiment de l'ordre ; ils entretien-^ nent , à quelques égards , le respect qu'on se doit à soi<> même.
28o DU PERFECTIONNEMENT MORAL.
Les rapports dans lesquels une profession place cel«jii qui l'exerce, avec les autres hommes, peuvent être des rapports d*ég;alité , de supériorité ou de dépendance^ Les rapports d égalité seront plus favorables aux affections y à la confiance , nourriront mieux les sentimens de la justice; ils continueront , pendant le cours de la ▼ie entière , les nombreux avantages que lenfance recueille de 1 éducation commune : mais cette situatiQn demande aussi quelque vigilance, pour ne point laisser jaillir les passions hostiles, du choc inévitable des riya-. lités. Dans une situation qui nous donne des supérieurs^ nous devons nous mettre en garde ^ tout ensemble, et contre la servilité et contre Tirritaiion. Dans celle qui nous donne des inférieurs , nous devons faire provision d'équité , de douceur, d*indulgence. Plus la dépendance est indéterminée, et laisse lieu a l'arbitraire, plus elle peut enorgueillir celui au profit duquel elle est établie, avilir celui qui s'y trouve soumis. Mais, lorsque cette dépendance est fondée sur la nature d'une opération qui exige un concours d'efforts, par conséquent une distribution, une organisation, lorsque celui qui préside est un chef plus encore q u'un maître, et qu'ainsi ses fonctions sont déterminées par l'intérêt d'un service fait en commun , l'obéissance et le commandement s*expliquant mieux , étant mieux limités , blessent ou découragent moins les inférieurs , flattent moins les passions de ceux qui ordonnent. Il est à considérer encore , si le genre de commerce qu'une profession établit entre celui qui l'exerce et les autres hommes , met plus spécialemeut cduMà en rapport avec ce que ceux-ci ont d'estimable, ou bien avec leurs passions. Dans le premier cas , ce commerce lui offrira d'utiles encourag^emens ; dans le
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second^ il Texposera à une contagion funeste. Il y a des professions dont l'exercice repose essentiellement sur la confiance 9 et dont le succès dépend de 1 étendue de la confiance accordée à celui qui les exerce; de telles professions offrent un encouragement continuel aux qualités du caractère qui font mériter Testime. Pourquoi nos aveugles et frivoles préjugés ont-ils essayé de flétrir certaines professions qui n'ont rien d'immoral ? De la sorte f ceux qui sont condamnés à nous rendre ce genre de services j humiliés par nous , seront peut-être dégradés à leurs propres yeux^ et en deviendront plus facilement méprbables. Il faut considérer enfin ^ dans l'exercice des professions, si elles appellent un individu à faire partie de quelque association ou communauté , quel est le lien qui forme une telle communauté j s'il tend à favoriser l'esprit d'union toujours si précieux > ou l'esprit de corps souvent si. funeste y et quelle direction il peut donner à ce dernier.
C'est dans le sein de la vie publique que se déploient les plus brillantes qualités du caractère : elle est une école pour la force d'âme, pour le courage réfléchi, pour l'élévation et la générosité des sentimens. Telle sera du moins son influence sur ceux qui , en y entrant, se pénétreront des devoirs qu'elle impose , et se défendront des ambitions qu'elle peut exciter: car elle ouvre aussi une carrière aux passions les plus véhémentes, et les rend d'autant plus dangereuses, qu'elle offre plus de préceptes pour les justifier, de moyens pour les déguiser, et souvent de funestes succès pour les récompenser. Un bon manuel moral pour les hommes publics serait un bienfait pour la société entière , si, du moins , il était lu, médité et suivi.
282 DUPBRFBGTIONHSMENT MORAL.
Partout OÙ les intlitutions foitifient les liens qui at* tachent le citoyen à sa patrie , où elles fondent les lois sur rëquitë , et règlent sur les lois Fexercice du pouvoir^ le simple particulier , même au sein de la vie pri-* yécy comprend mieux la communauté des intérêts , la réciprocité des devoirs; il puise dans le sentiment du patriotisme y un noble aliment pour toutes les affections vertueuses y et dans une soumission éclairée aux lois et aux magistrats ^ d'utiles lumières sur la morale; l'activité se déploie ^ le talent s'enhardit, les âmes s'élèvent j les idées s'étendent. Les institutions fortes et gé* néreusessont les gymnases des grands caractères; mais elles ne s'établissent que sur un sol convenablement préparé; elles ne sauraient se fonder là où régnent des intentions vénales, l'avidité des jouissances, le^ calculs de la personnalité. Sous de telles institutions, le perfectionnement moral des individus et les progrès gêné-* raux de la société se trouvent dans une plus étroite correspondance , et se prêtent mutuellement de plus abondans secours. Comme ces institutions trouvant leur principe vital dans la garantie des droits collectifs^ dans la protection assurée aux intérêts généraux, l'éducation qui prépare à la vie publique ceux qui sont appelés à en jouir, à la soutenir, doit consister dans les exercices du dévouement désintéressé , et réciproquement , chacun trouvera, dans les fonctions qu'il remplit sous de tels auspices, s'il est fidèle à leur esprit, un exercice constant de la justice et de labienveiliance« Le sentiment du bien public , partout où il peut se produire, est l'un des plus puissans antidotes contre toutes les passions égoïstes , contre tout^ce qui matérialise ou dégrade le caractère. Il y a donc un lien beaucoup plus