‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 116 sur 150 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ou TRAVAIL.

Lorsqu'on considère que le travail est là conditioii obligée à laquelle se trouve soumise la presque universalité des hommes, qu'il remplit pour chacun d'eux la plus grande portion de la vie, on se sent puissamment attiré à méditer sur un sujet auquel se rattache étroitem^it notre ckstinée terrestre. Au premier abord, un sentiment de tristesse s'empare du philosophe ami de l'humanité, à l'aspect de tant de fatigues, et du genre de travaux qui forment la tâche générale ; lorsqu'il remarque tout ce qu'ont de monotone, tout ce que sem^ blent avoir de stérile, pour l'esprit et pour le cœur, ces occupations qui font couler tant de sueurs : il se demande avec surprise, si cet être qu'il voit courbé vers la terre, ou s*agitant dans un atelier, pour tourmen^ ter une matière inanimée , assimilé aux instrumens mécaniques, est bien l'être immortel dont il avait conçu la noble origine, l'auguste vocation ; il se demande avec une sorte d'effroi, comment un tel état de choses peut être concilié avec la dignité de notre nature; comment, pour la multitude de nos semblables qu'un tel arrêt semble condamner à une vie tout animale, peut exister ' cette carrière du perfectionnement moral qui devrait être ouverte à tous; il se demande avec effroi si , dans

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les hautes idées qu'il s'était fonnées des vues de la Providence sur rhomme , il ne s'est point laissé égarer par de douces mais chimériques illusions.

Non : il n'avait point trop présumé de la destination et de la dignité de Thomme, des espérances d'amélioration qui lui sont offertes. Le travail , si l'on envisage toute rétendue de ses effets , confirme ces vues de la sagesse , loin de les détruire.

L'homme y ici-bas, est de toutes parts en contact avec la nature matérielle, il est vrai. 11 dépend d'elle pour ses premiers besoins , il est vrai. Il lui est soumis par les impressions des sens, il est vrai encore. Il faut qu'il vienne s'abaisser jusqu'à elle par le travail : mais cette foiS| c'est pour la subjuguer, la conquérir, la transformer, c'est pour s'emparer des forcés qui sont éparses dans les airs et les eaux, cachées au sein des élémens, pour les gouverner à son gré, pour les rendre fécou^ des; c'est pour élever, sur la terre, ce monument immense que les arts de la civilisation ont construit à l'usage de la société humaine, et qui lui servira de séjour. Déjà, en présence de tels résultats, et dans ses rapports avec ces vastes combinaisons, le travail obscur do simple individu prend à nos yeux un nouveau caractère. Mais, des effets plus étendus se déploient. Du sein de cette aisance, de cette prospérité générale que les progrès du travail ont amenées , jaillissent maintenant les lumières; une foule d'influences morales naissent du développement que reçoivent les relations sociales; ks sueurs d'un grand nombre procurent à quelques-uns ces loisirs apparens qui se convertissent en méditations fructueuses; les fruits de ces méditations, à leur tour, viendront servir d'aliment moral à la multitude des hom-

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