‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 117 sur 150 · LIT. III. SBGT. II. CHAP, VI · texte numérisé non relu

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mes laborieux ^ senrir à leur amélioration et à leur bon-' heur. De la sorte , et à le bien prendre , chacun avec son travail y outre qu'il aura produit ce qui était nécessaire à sa vie physique ^ aura concouru aussi indirectement à préparer ces grands approvisionnemens de connaissances utiles y placés au-dessus de lui ^ mais auxquels, en diverses manières , il est appelé à participer. Dans le vaste système de la constitution et du mouvement de la société, tout se.réfère donc au travail; il est le grand et universel levier de la puissance humaine sur la nature; il est la source de toute production de la richesse commune. Déjà et sous ce premier rapport, le travail, quel qu'il soit, acquiert un caractère de noblesse; car, il s élève à la dignilé de la vertu; il devient Taccomplissement d'un devoir universel; il se convertit en un tribut acquitté envers la société à laquelle nous •devons tout ce que nous sommes. Nous sommes trop accoutumés à ne chercher la vertu que dans les actions extraordinaires et brillantes , .dans les choses qui sortent dç l'ordre commun et continuel. Daignons la reconiiaitre dans les actions les plus vulgaires, lorsqu'elles entrent dans les vues de la Providence sur notre destination ! Osons espérer qu'elle peut s'emparer de la substance même de notre vie , devenir pour nous comme une sorte de respiration! Que les préjugés de l'amour-propre ne viennent pas encore ox)nrompre et fausser les notions de ce qui est bien ! Oui , le travail est une vertu ! Cetle pensée repose et réjouit le cœur du sage; elle est éminemment bienfaisante; elle change entièrement le point de vue sous lequel s'offre la destinée de l'homme ici-bas. Voici en effet une vertu qui est le patrimoine de tous , qui est surtout la dot des

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conditions les plus nombreuses , les plus obscures , les moins fayorisées de la fortune (i) ! Voici une vertu qui consacre tant de fatigues ignorées , si mal récompensées par les salaires du monde ; payées y par les dédains de ce monde , du tribut qu elles portent à la prospérité générale !^ Voici une yertu qui imprime un caractère moral à des occupations en apparence toutes matéridles ! Void une vertu de laquelle découle un mérite réel pour les actions qui remplissent le tissu ender de notre vie, pour des actions que nous eussions accomplies , d'ailleurs j parla nécessité seule ! Elle ne nous demande que de faire les mêmes choses^ mais deles faire par des motifs qui porteront plus de douceur ^ et qui en feront naître plus de fruits! Le mineur lui-même^ qui, enseveli dans les entrailles de la terre , frappe incessamment de son marteau un dur rocher, et paraît plutôt subir un châtiment qu*exercer une industrie , le mineur voit son existence se ranimer , s'embellir ; une lumière plus pure que celle du jour dont il est privé vient briller pour lui au sein des cavernes souterraines; il réprend avec allégresse le lourd instrument qui s'échappait de ses mains découragées; il se dit : « Et moi aussi ^ j'accomplis la » loi sainte qui fut imposée à la créature ! Pour moi

(1) ic Sur la porte de It maison qu'habitait Jeanne d'Arc à Bon- • remi, on lit Tinscription soivante, placée en 1441 , et con- » servée jusqu'à ce jour :

F'ive labeur I

» Cet hommage rendu au travail, le seul pent-^tre de ce genre qui

» existe , ne pourait être mieux placé que sur ce modeste mona-

n ment devenu national , et consacré à l'héroïsme des sentimens

» patriotiques. »

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» aussi la vie est le noviciat d'une plus haute destinée! » Cet atelier inunense où tant de travaux paisibles et obscurs s'exécutent à la fois, se trouve converti en un temple où retentit le concert d'un hymne universel ^ rhymne de la soumission aux décrets suprêmes. Que rhomme relève donc avec une juste fierté ce front courbé vers le sol qu'arroaent ses sueurs ! Que la créature de Dieu ne laisse point flétrir son cœur et abattre son courage! N'est-ce pas l'œuvre même de la création que sa main vient orner^ achever, conduire aux fins du Créateur ? N'est-ce pas le g^rand édifice de la société qu'il concourt à élever ? Quel prix caché il découvre sous ces grossières apparences ! Cette victoire qu^ remporte sur la nature extérieure devient l'image et l'emblème d'une sage et sublime victoire , de celle qu'il doit remporter sur ses sens et ses passions ; et la première , déjà, le dispose, l'exerce à la seconde.

Il y a dans le travail un mystère moral , mystère profond et grave; envisagé seulement sous un rapport individuel, il est un moyen d'éducation fondamental et nécessaire pour chacun de nous.

Une occupation fixe et régulière est indispensable à l'homme; elle prévient le désordre dans lequel le jette* rait l'itnpatienoe de se mouvoir, jointe à l'incertitude de ses mouvemens; elle le soustrait au poids de l'en* nui; elle empêche ses forces de s'engourdir, de diva« guer , de s'entre-détruire peut-être; elle entretient donc l'activité, en la réglant, en la garantissant des écarts. Le travail captive les sens, les soumet à un régime salutaire; il les rappelle à leur juste fonction , en leur apprenant qu'ils ne sont pas seulement des instrumens de jouissance, mais qu'ils sont aussi, et surtout, des

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organes d*acUon, des instrumens de production utile. Il est une école de sobriété, de tempérance. Les exercices du travail préviennent, apaisent les orages de Fimagination, dissipent les vains prestiges, détournent les vagues rêveries, ramènent au spectacle des réalités, rendent leur autorité aux enseignemens de la pratique. Ils cultivent sans relâche lattention , par l'application quils demandent; ils exercent à la persévérance, à la précision, à la méthode; ils nous contraignent à entrer dans les secrets de lesprit dordre et de res{Mit de suite, secrets si importans pour tout lensemble de notre conduite. Le travail entoure de digues protectrices ces désirs sans aveu , dont Timpétuosité déréglée n'eût pas été peut-être suffisamment prévenue par la raison seule; il les emprisonne ,. pour ainsi dire; il vient ainsi au secours de la sagesse, pour conserver la modération, et avec elle, la paix du dedans, l'équilibre des facultés et la santé de l'âme*

A labri du travail , sous les habitudes sérieuses et régulières qu'il bit contracter^ l'homme goûte donc plus de sécurité. U est mieux défendu contre les passions qu'on pourrait appeler le vagabondage des penchans* Sa faiblesse y trouve un refuge, sa mollesse un remède. Contraint de se maîtriser sans cesse, luttant habituellement contre les difficultés, subissant des pri* vations, et de toutes les privations l'une des plus rudes , celle de sa liberté, il se fortifie chaque jour par ces exercices, et d'autant plus qu'ils sont en effet plus pénibles; sa volonté devient robuste; par la patience, il acquiert la vigueur qui rend capable d'une longue persévérance. Aussi , les hommes laborieux , dans les conditions inférieures, quels que soient les dédains que nos

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