‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 118 sur 150 · LIV. ni. SBCTé II. CHAP» VI» 2g · texte numérisé non relu

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préjugés répandent sur leur modeste travail, éprouvent-ils ordinairement une fierté intérieure ^ paisible^ silencieuse y que le monde ne soupçonne pas, que lob* servateur /Superficiel ne découvre pas, mais bien remarquée par ceux qui ont obtenu leur confiance, et nourrissent-ils un dédain secret pour ceux qui, même au sein du luxe, mènent une vie oisive.

Le travail est l'école de la résignation ; il nous en-seigne notre dépendance , il nous rappelle ce que nous devons à autrui; il corrige et punit notre vanité; il est un long et continuel commentaire de cette vérité capitale qui définit la vie humaine comme une grande épreuve et une haute préparation.

Le travail étant, de toutes les origines delà propriété, la plus claire, la plus légitime , celui qui est voué à la carrière du travail comprend mieux le respect dû à la propriété, et par conséquent, une branche importante des notions de la justice. Il s'accoutume à voir, dans les avantages de la vie, une récompense méritée. En général, les hommes laborieux sont amis de Tordre, Tordre de la société étant institué pour protéger le travail de chacun, et lui en assurer les produits.

En remplissant ce devoir modeste, mais continuel, que nous avons le bonheur de pouvoir reconnaître dans le travail, nous nous faisons, en général, des idées plus justes de la vertu , tfous en concevons mieux la véritable essence, sous trois rapports principaux : nous la pratiquons comme un régime austère, destiné à contenir et à réprimer nos ambitions ; nous apprenons i nous convaincre qu elle réside loin des applau* dissemens des hommes, quelle ne se fonde point sur TOME II. 20

ropinion, qu'elle est toute dans la réalité; nous reconnaissons enfin qu'elle est une chose ordinaire, égale, constante; qu'elle doit occuper chacun de nos jours y de nos heures, de nos instans, remplir la substance même de notre vie; que notre âme, en un mot, doit la respirer comme le reste du corps respire Pair qui nous entoure; et nous découvrons ainsi k plus magnifique prérogative de notre nature , celle de pouvoir consacrer notre existence entière au devoir, en nous soumettant par une volonté libre et réfléchie à la destinée que nous a marquée le Créateur.

Ce que nous disons ici du travail ne doit point s'entendre seulement de celui qui consiste dans Texerdee des facultés de notre esprit* Ces considérations embrassent aussi le travail manuel , ce travail fatigant, journalier, dans lequd la simple action du corps se combine plus ou moins avec l'attention de Tesprit. Nous les voyons s'appliquer, par exemple, et même recevoir encore qudque nouvelle conséquence, dans ces travaux agricoles qui sont Toccupation habituelle de la plus grande partie du genre humain. La vie du cultivateur est une véritable éducation morale, s'il sait en effet recueillir toutes les instructions qu'elle renferme : ia variété des soins qui lui sont demandés, les j productions qui récompensent $es eff(M*ts , la régularité des phénomènes dont il est témoin , les circonstances diverses qui l'appellent à réfléchir sur l'utilité de l'ordre, de l'économie, de la prévoyance^ le besoin qu'il a des autres hommes, alors même qiâ^l est comMé des dons de la nature, les scènes magnifiques qui ser^roduisent à diaque instant sous ses yeux, les témoignages de la bonté et de la sagesse du Créateur, qu'il re-

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cueille de toutes parts , cette grande harmonie de la création y qui se d^loie tout entière autour de lui. Voilà pour lui tout autant de leçons, et iquelles leçons !

Tous les moyens de perfectionnement , au reste, n'ont d'efficacité qu'autant que nous consentons à les faire valoir; il en est du travail , à cet égard , comme de tous les autres. Il ne s agit pas ici de savoir si , en fait, nous en tirons Futilité qu'il nous offre, mais bien quelle utilité nous y puiserons , si nous savions le vouloir. L'homme des champs ne sait guère peut-éire se rendre bien compte des instructions qui y sont renfermées ; cependant il en recevra une influence insensible et générale , pourvu qu'il ne se condamne pas , par une sorte de dégradation volontaire, à une existence toute matérielle; il ne tient qu'à lui de convertir son humble chaumière en un paisible sanctuaire de vertus.

Encore ici, et sur ce vaste théâtre de l'industrie humaine, les actions qui sont utiles à tous sont donc aussi utiles à leur auteur.

Que si le travail contribue directement et en tant de manières, à notre amélioration morale, on peut dire aussi que les habitudes vertueuses à leur tour servent à rendre le travail plus facile et plus productif, vérité qui n'est pas moins importante , ni moins douce. Les ouvriers qui accompagnent leur travail avec leur chant, travaillent mieux, agissent avec plus d'aisance et de sérénité; il en est de même d'un travail qui est secrètement accompagné par la satisfaction d'une bonne conscience; une mélodie intérieure vient le charmer d'une manière bien plus puissante encore. Quel est rhomme de peine qui compte la fatigue de sa journée,

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8*il attend le ftoir (juelque large rémunération, s il peut se promettre d'obtenir pour le lendemain un jour de fête? Eh bien! la vertu vient précisément joindre ses récompenses au modique salaire obtenu par nos sueurs; elle nous promet un lendemain magnifique. Le fardeau devient plus léger dès que Tesprit est serein et e cœur content. Lorsqu'on vient d'accomplir une bonne action , on se sent plus agile, plus fort, mieux disposé. La méthode et la persévérance qu'exige le travail coûtent moins à celui qui s'est soumis à l'ordre, à la patience dans tout l'ensemble de sa vie. Et, s'il en est ainsi des simples opérations mécaniques, que sera-ce des travaux qui exigent aussi le concours des facultés de l'àme? Notre intérêt suffirait donc pour nous conseiller de porter en effet, dans le travail journalier, cette intention qui l'embrasse comme un devoir, puisque, par cette seule adhésion aux vues de la Providence, nous en rendrons le poids plus facile à supporter, et les fruits plus abondans.

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