‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 120 sur 150 · LIT. III. SECT. II. CHAP. Y II · texte numérisé non relu

LIT. III. SECT. II. CHAP. Y II

celle qui repousserait les intentions dû Bienfaiteur suprême. Par le seul cours naturel des choses , nous ne manquerons pas de combats à soutaiir, de sacrifices à faire , de privations à endurer : laissons restaurer nos forces , prenons quelques momens de relâche. Un peu de plaisir convenablement goûte fait du bien à rame, ranime et soutient la vertu. L'homme, sur la terre , n'accomplit encore que ladolescence de sa destinée; il faut à cette adolescence quelques soulagemens qui la recréent dans ses exercices : plus nous sommes Subies encore, et plus cet encouragement nous est nécessaire. Quel est donc celui qui aurait assez d'orgueil pour le dédaigner? Il entretient l'égalité et la sérénité de l'humeur , la clarté dans les idées , l'aisance dans les actions. Le coeur s'épanouit, s'épanche avec ltt>erté. Le bonheur ne gâte rien , quand il est légitime ; mais peut-il y avoir un vrai bonheur qui ne soit pi» légitime ? L'image du bon parait embellie; le dévouement semble naturel et s'exécute sans effort ; l'abandon seconde la bienveillance ; on a besoin de communiquer aux autres le bien être que l'on éprouve.

L'effet naturel du fdaisir est de rétablir, entre les facultés , l'équilibre détruit parla fatigue. Ordinairement le travail exerce d'une maniù'e privilégiée quelque branche spéciale des facultés actives ; le plaisir remet en jeu celles qui étaient restées oisives; c'est pourquoi il suffit , le plus souvent , de passer à une autre occupation pour se procurer un délassement; le change* ment seul récrée.

L'effet naturel du repos est de rendre aux facultés de l'âme un calme secret et doux. En sortant du sein du repos, s'il a été goûté dans un moment opportun, si

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Ton n*en a point abusé ^ on se trouve mis en pleine possession de soi-même; on sent plus fidèlement, on comprend mieux les inspirations de la nature ; on éprouve une plus grande confiance; on est plus fort contre la peine y et mieux disposé pour le bonheur.

Si ces maximes n'étaient pas fondées ^ la morale serait en contradiction avec elle-même ^ en nous conseillant de répandre sur nos frères les mêmes jouissances qu elle nous imposerait de répudier pour notre propre compte. Elle deyraity alors , condamner la satisfaction que nous goûtons en voyant régner autour de nous des plaisirs dont nous avons pu être les auteurs.

U y a donc un art pour goûter le repos et le plaisir, dans des vues morales ; cet art n'est pas seulement utile, il est louable ; c'est presque une obligation pour nous que de le découvrir et de l'observer. Il embrasse le temps, la mesure, le choix des jouissances, les circonstances qui les accompagnent; il embrasse aussi l'esprit qu'on doit y porter. Les règles en sont simples à concevoir, quoiqu'elles ne soient pas toujours faciles à observer.

Que le plaisir et le repos soient toujours placés dans les intervalles du travail, proportionnés à ses fatigues! Qu ils soient toujours la rémunération acquise par les efforts qui ont précédé , et la préparation nécessaire à ceux qui vont suivre ! La satisfaction qui les accompagnera, les espérances nouvelles qui s'y montreront en perspective, en rehausseront le prix , en accroîtront la douceur. Cette intention morale, si juste et si utile en elle-même, consacrera, en quelque manière, les jouissances qui eussent été presque entièrement matérielles ; un sentiment religieux viendra s'y joindre encore pour

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achever de les épurer et de les eimoblir. Le plaisir et le repos doivent être soumis , sans doute ^ à de justes limitesy dans le seul intérêt de la jouissance : mais il ne faudrait {uère se fier à la prudence de la personnalité , pour reconnaître et observer exactement ces limites ; nous devons rendre grâce à la vertu d'avoir institué et garanti une économie aussi utile à notre bonheur* Ces limites, d'ailleurs^ sont rigoureusement nécessaire^ pour conserver Tempire de nos facultés et la liberté de notre âme ; elles attesteront la présence de letre moral , au sein même de la volupté , par la puisisance réfléchie qu'il conserve sur elle^ soit qu'il l'accepte,, la rejette, ou la modère. Évitons, dans le choix des plaisirs , tout ce qui tendrait à nous dégrader; dans la manière de goûter le repos, tout ce qui nous laisserait dans Tengourdissemeçt! Que les délassemens du repos soient encore animés autant qu'ils peuvent l'être; que les plaisirs, au cou^^raire , conservent toujours un certain degré de calme ! Evitons dans l'un et dans l'autre , tout ce qui aurait le caractère de la grossièreté; tout ce qui engep* dreraitle trouble, tout ce qui ressemblerait à un abandon de aous-mêmes ! Le repos n'exclut point la vigilance; le plaisir l'invoque pour se préserver de l'ivresse qui tendrâdt à le corrompre. Le moyen de rendre le plaisir plus vraj, son influence plus utile, est de réunir {mr une heureuse combinaison^ aux impressions sensibles qui en composent le cortège, de secrètes corréla^ tions qui s'adressent à nos plus nobles facultés , d'intéresser ainsi et l'esprit et le cœur lui-même à ces joies terrestres. Les sens ne doivent jamais envahir tellement l'existence de l'homme qu'ils l'occupent exclusivement à eux seuls : ce serait de sa part une abdication de sa

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nature. Que le pkisir soit un ornement de la yie ! Que les images de l'ordre Tiennent encore s y reproduire en se jouant! Que le sentiment des convenances , en rendant la jouissance plus délicate , en conserre aussi la pureté !

Les préjugés du monde accordent une indulgence excessive aux désordres de mdeurs> et semblent même les en^bourager, pourvu que ces désordres ne soient pas portés aux derniers excès; il suffit d y joindre quelques qualités brillantes, pour les faire excuser , peut-être pour j faire applaudir, surtout s*ils se présentent aussi comme des succès, tnoyen assuré de captiver la frivole opinion du monde : préjugés aussi funestes qu*aveugles, et que la saine morale doit mettre tous ses soins à détruire ! Les désordres de mœurs, dan^ leurs effets extérieurs, troublent ou profanent l'institution la plus sacrée de la nature et de la société; ils violent, usurpent ou détruisent tes affections de familte. Us entraînent à leur suite une foule de manquemens aux devoirs de la fidélité, de la délicatesse , de la bonne foi ; ils conduisent souvent par une pente insensible , ou tnéme par quelque consé^ séquence subite et imprévue, aux plus graves délits (i). En même temps et par une seôrète réaction^ i}s portent intérieurement une atteinte fâcheuse aux fiicultés de l'âme : ils altèrent la dignité du caractère; ils affaiblissent la puissance de méditation , en rendant le recueillement plus difficile; ils introduisent dans les idées et dans les sentimens une sorte dé libertinage et de déré-

(1) Si Ton fait le relevé des causes ^i amènent les criminels devant les tribunaux , on sera surpris de voir combien est grand le nombre de ceux qu'un dérèglement de mœurs a conduits au crime, d'une manière plus ou moins directe.

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glement qui nuit à Téiiergie de la raison , autant qu'à celle de la iFolontë; ils. dépouillent les images du bien d'une portion de leurs charmes; par l'e^t dès habitudes qà*ib etttrafnent, des nuages se forment, enveloppent rame, et viennent af&iblir pour elle f éclat radieux et pur des notions de h vertu. Lorsque le monde, ensuite, traite avec une sévérité plus marquée lès fautes commises penr le seie le pfos faible , s'il tr6nve un motif à cette sévérité dans l'influence que ces fautes peuvent avoir sur Texistencedes familles et sur les droits qui t'y rattachent, aux yeux delà morale , cependant, la distinction qu'il établit est une véritable injustice, non pas seulement par la raison que Celui qui, étant le plus &ible , est par là même plus excusable ; non pas seule^ ment parce qu'on aurais dû êtte moins sévère envers celui qui a cédé et s'est ma) défendu , qu'envers celui qui a provoqué, entràtné; maris encore, et surtout, parce que celui envers lequel le monde est le plus indulgent est celui qui devait l'^cemple de Tempire sut^ soi ; parce que celui qu'il traite avec le plus de sévérité a été le plus souvent séduit par une sensibilité égarée, parce que le séducteur se joue de cette sensibilité , voue ou du moins expose sa victime aux plus grands de tous les malheurs, aux mécomptes d'une affection âbus^, à la honte et au découragement qui viennetit à sa Suite. Quels sont dortc ces plaisirs achetés aux dépens du bonheur d'autrui , du bonheur d'un sexe que la Prodence avait confié à notre |)rotection ? Quels sont donc ces prétendus succès obtenus par une vraie cruauté? Quel est ce mélange de volupté et de barbarie ? Quel est ce bas égoîsme caché dans de vaines démonstrations de sentimens? Quelle est cette vanité inconcevable,

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odieuse^ qui compte comme des triomphes ks noires trahisoiia dans le commerce des coears?

Oh ! que fe plaisir soit toujours innocent de toute peine causée à autrui ! Alors seulement ii sera légitime et pur. Alors seulement aussi il sera salutaire pour ce^ lui qui réprouve. Ce n est pas aasea : le plaisir, poiur être complètement vrai, a besoin d*ôlare aUm^téparb sociabilité ; le plarisir solitaire est toujours imparfaU; il a quelque chose d étroit et d aride. Les jouissances les plus matérielles, prennent un caractère nouveau , dès qu elles sont goûtées en commun, etqu elles deviennent une sorte de symlkJiet ou de canal pour les douces af* fections dont la sociabilité se compose. Le plaisir disposant Iç cœur à louverture, la comoninauté de la jouissance 4onne à la sympathie un pka libre essor, et, réciproquement, la sympathie donne au sentiment du plaisir quelque chose de ^his déUeat et de plus doux. La personnalité y prend; une moins grande part , ou, du moins, elle s y montre moins; on jouit du fdaisir d'au* trui, en même temps. que du sien propre. Cette alliance, qui confond pour un moment les personne^ réunies au banquet d'une volupté innocente , est encore un des liens qui unissent Thumanité; elle fait sentir et rappelle les autres liens, au moins confusément; elle relève ainsi ce qu'il pourrait y avoir de purement matériel dans la volupté ; elle en tire un moyen indirect pour favoriser les conmiuniçations et 1 epanchement des coeurs; elle fait contracter les engagemens tacites dune bienveillance réciproque. VeutrQn des plaisirs réellement complets, des plaisirs d'où s'exhalent des parfums exquis? Qu'on fasse plus encore! qu'on réussisse à les animer par la bienfaisance ! .

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