LIV. III. SBCT. II. CHAP. TII. 3o
Les philosophes ont abandonné aux gens du monde le soin de £Eiire Fëloge de la gaité^ et peut-être ils ont eu tort. Ils eussent pu montrer y dans une gaîté innocente et douce, un breuvage salutaire et fortifiant qui réconforte le cœur, au milieu des fatigues de la vie; ils eussent pu faire voir comment la gaîté prévient ou dissipe quelquefois les orages des passions , apaise la colère, désarme les ennemis , fait justice des prétentions injustes, dissipe les prestiges de l'orgueil, ramène au naturel et à la vérité, rapproche les hommes entre eux , les dispose à la confiance, à Tindulgence, aux conces* sions mutuelles; comme elle peut même favoriser la transmission des vérités les plus sérieuses et les plus utiles, en les couvrant d*un voile qui en déguise la sévérité. On a souvent insinué, à labri de la gaité, ce qu'on n*eût pu iaire adopter par la démonstration la plus rigoureuse. Une gaité innocente semble être le sourire de la vertu; elle la recommande en la montrant aimable , en lannonçant heureuse.
Les êtres désœuvrés, ceux qui sont mécontens d euxmêmes, ne pouvant trouver dans le plaisir son véritable but, un délassement et une préparation , lui demandent des émotions qui les réveillent ou qui puissent les distraire. Ils sont poussés ainsi à le chercher hors des voies de la nature, et par conséquent, hors des conditions de la vérité , hors des prescriptions de la sagesse. Ils n y trouvent plus que des poisons, au lieu d y puiser des forces.
Il y a un repos fécond et plein d activité. Combien sont rares les hommes qui le connaissent ! Quelle puissance y trouvent ceux qui savent le goûter !
Au contraste fondamental qui, dans la nature hu-
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maine^' annonce le contact de deux natures diverses, correspondent une fouie de contrastes surbordomiés qui ont aussi la même origine : cdui des fMHiltes actives et des facultés passives ; celui de Tinfini dans le désir et de la borne dans les forces; celui de Tadhérenoe au passé et de 1 avidité pour le nouveau ; cdui de Tinstinct de Timitation et du besoin d'indépendance ; cdoi des penchans et de la raison ; celui de la soumisskni et de la liberté ; celui des influences propres à la contemplation et à la pratique y à la vie du monde et i la solitude; enfin j celui du travail et du repos ^ de la douleur et du plaisir. Mais, dans cette longue suite de contrastes , la lutte n'est qu'apparente , et Tharmonie, comme Futilité, sort des combinaisons qui concilient entre eux les principes opposés. Ce grand résultat qui se dé* couvrait déjà et se faisait pressentir à l'origine , se confirme de plus en plus dans tout le cours du développement que reçoivent nos facultés; il explique beaucoup de choses dans notre destinée ; il renferme une foule de directions utiles pour notre conduite. L'homme , être mixte , aspirant à une existence mdUeure, soumis encore k une condition imparfaite , y trouvera un remède contre l'orgueil , un encouragement pour sa faiblesse^ une règle de tempérance en toutes choses.
tiv. m. SECT. II» CHAP. vm. Sdy