‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 124 sur 150 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

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les erreurs. Les uns ont reconquis , les antres ont perdu Vempire d'eux-mêmes.

Les Tertus de ceux-ci n*élaient peut-être que ces vertus moUes et routinières qui y k la &yeur des circonstances ^ s'adaptent à des devoirs hdlesy mais qui ne pénètrent point au fond de Tànie y pour y étouffer la personnalité de Végoïsme; à la rue du danger, cette p^sonnalitéy menacée dans tous ses intérêts , a seule prévalu y a envahi TAme tout entière : ceux-ci donc n*ont vu y dans la terrible épreuve , qu'un ennemi qui frappe y dépouille j opprime; hors d*état de lui résister, ils sont tombés dans l'accablement du désespoir; ils ont fui y ils se sont précipités dans de honteuses distractions y pour s'étourdir y en détournant leurs regards d'une perspective qu'ils étaient hors d'état de supporter. Ceux-là conservaient encore un .principe de m morale, que la présence de Téppeuve a subitement éveillés : ils ont découvert la vanité de ces plaisirs d'un moment, dont la recherche les absorbait; ils ont aperçu qu'il j avait pour eux une autre destinée; ils se sont réjouis de trouver un instituteur qui les instruisait en les corrigeant, un médecin qui leur promettait la guérison dans un breuvage amer ; ils se sont félicités de pouvoir réparer en expiant*

Or, ce que l'histoire met à découvert dans ces circonstances solennelles représente ce qui a lieu habituellement parmi les hommes, et les effets opposés que produisent les épreuves ordinaires sur le caractère de chacun, suivant qu'il y succombe, ou.qu'il réussit à s'élever au-dessus d'elles.

Qu'il est juste et salutaire cet arrêt de l'opinion, qui frappe la peur d'ignominie ! Car la peur suffit pour con-

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duire à tous les crimes^ par toutes les bassesses. Il n'y a rien d'aussi cruel que le lâche. L effet de la terreur est de rendre à régoïsme une absolue suprématie, et de faire disparaître tous les contrepoids qui devaient le retenir. Elle rompt tous les liens de Tafifection ; elle entraine une sorte de disolution de lexistence morale La terreur glace l'âme , comme la peur physique glace les membres. Ainsi, la terreur détruit précisément ou paralyse, du moins, en nous, les deux grandes puissances qu^il était nécessaire de cultiver : elle étouffe , dans leur principe, et lamour du bien et lempire de soi. Qui tremble ne sait plus aimer ni vouloir. On ne saurait donc concevoir une idée plus fausse que celle d'employer indifféremment la crainte comme un moyen de régime moral. Comment l'image de la vertu pourraitelle se produire du sein de la frayeur? Quel sentiment généreux pourrait naître de la lâcheté? La crainte ne saurait donner la notion du devoir; elle peut en donner au Contraire, une intelligence erronée : elle n'inspirera jamais une pensée utile , une résolution louable. C'est s'y prendre mal, pour vouloir réformer l'homme, que de commencer par l'avilir. Un certain genre et un certain degré de crainte peut seulement être employé avec avantage pour réprimer l'excès de Timpétuosité et de la violence; elle sert alors à rétablir l'équilibre rompu et à rendre à l'âme le gouvernement d'elle-même : c'est à cette mesure qu'elle doit s'arrêter. Pour avoir quelque chose de salutaire, il faut qu'elle soit empreince de respect, qu'elle conserve ainsi quelque chose de moral : c'est ce qu'on obtiendra , si elle s'associe aux règles de la justice, ai elle leur sert d'expression ou de eortége; mais, alors , elle doit exprimer en effet la justice, l'accompagner, non la voiler. ^

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Le danger est un ayertissement, un signal qui invite rame à se recueillir en elle-même, à rassembler ses forces. Si le signal est entendu , l'àme deviendra plus libre, dégagée qu'elle sera de toutes sortes d'entrayes. Voyez celle sérénité répandue sur le front du héros, ce feu qui brille dans ses regards , lorsque , dans les champs de la gloire , mille traits yolent autour de lui ! Ils nous peignent ce qui se passe dans le cœur du sage menacé par ladyersité. Le génie s'exalte en présence des obstacles, la yertu en présence des périls ; c'est aloi:s qu'elle apprend à compter sur elle-même, qu'elle acquiert la conscience de sa puissance et de sa dignité.

Il n'est rien de si ordinaire, de si facile, que cette bravoure qui affronte un péril sensible et déterminé; ce qu'il y a de plus difficile, c'est d'affronter les dangers vagues et indéfinis ; ce qu'il y a de plus rare, c'est de porter dans la bravoure un motif moral. Cette condition est cependant nécessaire pour rendre l'habitude du danger profitable pour le caractère.

On ne s'étonne point de la bravoure de tant de milliers d'hommes qui exposent leur vie sur un champ de bataille , souvent sans trop savoir pourquoi f on ne peut assez s'étonner de voir un homme exposer sa fortune, sa liberté , sa vie , pour la cause de la justice ou de la vérité. Le second genre de courage est cependant bien mieux motivé , bien plus légitime ; il devrait être plus naturel. C'est donc nous qui avons de fausses idées du courage.

Ce qui contribue souvent à soutenir , au milieu du péril , ce qui le fait même phercher quelquefois avec ardeur, c''est le charme puissant des émotions; on va périr peut-être ; mais , en attendant , on se sent mieux

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exister. Un tel principe est plus funeste qu'utile au caractère. Il arrivera des épreuves où les émotions ne seront plus là pour nous secourir, et ce sont souvent celles où la constance est le plus nécessaire. Telles sont, par exemple, celles où il faut braver les arrêts injustes de Topinion. D'ailleurs , en fortifiant le goût des émotions y on prête à toutes les passions une nouvelle énergie ; en m^e temps que lu vie ordinaire s affadit , les vertus obscures perdent de leur prix; le devoir ne paraît plus qu'une chose monotone et vulgaire. Les qualités brillantes qui ont été déployées sur un théâtre orageux, s'éclipsent souvent quand on rentre dans la condition commune , et s'évanouissent dans un ordre de choses paisible et régulier; c'est que ces qualités tenaient plus du principe de la passion que de celui de la vertu.

L'habitude du danger dispose au désintéressement : elle prépare ainsi à tous les genres de dévouement L'habitude du danger délivre d'une foule d'illusions , d'une foule de servitudes puériles; elle accoutume à se posséder; elle donne donc au caractère quelque chose de sérieux, en même temps que de mâle et de fier; elle prépare ainsi aux exercices de la sagesse. Il y a cepen^ dant un art de la frivolité, qui s'habitue au danger par la distraction , et qui abuse ainsi de l'épreuve , pour se confirmer encore dans une légèreté incurable. Il y a aussi une sorte d'indifférence grossière et presque brutale, qui se familiarise avec le danger, et brave tout, parce qu'elle ne s'intéresse à rien ; elle sort de l'épreuve, comme les substances réfractaires sortent du creuset , sans en avoir ressenti aucune transformation. Le danger n'élève le cœur que lorsque , sachant ce qu'on ex-

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pose^ on mesure retendue du sacrifice. Le monde ^ dans ses jugemens superficiels , croit toujours Toir qtielipie chose d*honorable dans le mépris de la vie, parce qu'il y voit quelque chose de brillant) qudles que soient^ d'ailleurs, les causes de ce mépris. Cependaat la TÎe n*est point une chose méprisable ; il n'est ni sensé, ni permis de s*en jouer; la compromettre sani utilité n'est pas du courage, mais une étourderie coupable, et coupable surtout, lorsqu'une vaine ostenta' tion est le motif réel de cette espèce de bravade. Ce qu'il 7 a d'honorable , ce n'est pas de mépriser la vie, c'est d'estimer le devoir, rhoMieur encore phis que la vie , estimant celle-ci k son juste [ff ix. Si la présence du danger est comme un trait de lumière qui fait évanouir un grand nombre d'illusions, et réduit les faux biens à leur néant, elle fait mieux sentir aussi le vrai prix de chaque instant de notre exisitence; elle rappelle que ce qu'il y a de grand dans notre existence actuelle, ce qui peut donner un si hant mérite aux jours qui la oonofoaent , vient précisément de ce qu'elle doit finir et se répandre dans un avenir dont elle est l'apprentissage; 'en nous montrant combien sa durée peut être rajûda, le péril nous £ait voir combien il est urgent de T^niploy^ an but pour lequel elle nous fut donnée.

L'épreuve du péril nous apprend à nous bien juger : car elle nous donoe une expérience certaine delà réalité et de la solidité de nos vertus. Mais il faut pour cela que nous sachions la subir avec une entière tranquillité : car le trouble égarera notre jugenuent, l'effiroi nous fera méconnaître nos ressources, oublier nos mérites , et le découragement nous rendra injustes envers nous-mêmes.

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Quelques philosophes , spëdalement parmi ks nouveaux Platoniciens y ont défini la sagesse « la méditation » de la mort. » Évitons les exagérations y et ne sortons poÎDt des voies que la. Providence semble avoir indiquées à l'homme! La Tie doit être sans doute une grande préparation; mais, pour cette fin m^ne^ elle doit être une vie, et non une mort anticipée et conti« nue. Il est des sentimens utiles et louables qui sa£faibiissent trop dans une préoccupation habituelle de notre dermère heure; il est des soins qui seraient trop négU*géft et qui cependant sont aussi des devoirs* Ceti;e conlemptaàon assidue de la mort pourrait se convertir en une sorte d'égœsme exalté et mystique , qui nous ferait trop oublier ce que nous devons à k société y et qui détruirait le charme des douces affections par lesqudi* les nous sonmies unis à nos frères. Ne disputons point ee rare de^ de perfecticm au petit noralM*e de ceux qui en sont jaloux \ Le per£eotioiiBanent que nou« ddeffchons^ est cdui qui convient au commun, des hommes; il demande 9 avant tovt^ de rester fidèle aux conseil& de la prudence et aux indications de la natture. Jle senûtril donc pas mieux de dire : «Lesi^ey en prévoyant 9 la morty fait fructifier la vie? *

Lorsque la raison décompose , par une logi^ie rigoureuse, ce que nous appelons l'adversiGé, leà niaux de k vie y elle découvre À*«bordl qii*ûne portion des maux la plus considérable, celle dont nous sommes peut-être lepfats ailSectés^'ontim. caractère puienent négatif y eestràrdixe, se composant essenticUenittit de privations*; elle reconnaît ensuite que y dans le nomlure des biens dont k privation nous affecte y A est une par^ tie qui n'a dautre valeur que cette dont nous nous pki*

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sonaà les doter; une autre partie qui tire uniquement son importance des habitudes contractées ou des cornparaisons^tablies. Cette appréciation exacte de la valeur des choses humaines compose les prolégomènes de la science du bonheur; et cependant ^ quand songeonsnous à £ftire une sembkible étude ? Il faut que ladrersité survienne pour nous y contraindre.. Les lumières qu'elle nous apportera nous conacderont de beaucoup de choses; de la sorte , elle guérira souvent 1^ blessures qu elle aura fûtes. Quel bienfait nous puiserons dans les mécomptes de la vanité , s^ils peuvent nous faire réduire enfin à leur juste valeur les biens que la vanité poursuit, s'ils peuvenè réprimer , avec elle, cette aveugle et insatiable peraonnalité dont elle est une exubérance !

Il y a des adversités brillantes et pompeuses qui retrouvent dans les applaudissemens d^ spectateurs,-un dédonunag^nent aux rigueurs dé la fortune ; il faudrait être bien malavisé pour naanquer l'occasion de recueillir un tel honneur. L'orgueil peut en diininuer le fruit, conune il en diminue le mérite.. Dans. les contrariétés obscures y dans les privations de détail , 'on c'a pas la même ressource , mais on trouve de bien plus grands avanti^es.

. Cependant le monde ne peut assez admirer, cette fermeté d'un grand de la terre , d'un homme puissant ou fortuné, qui se trouve atteint par la disgrâce, et qui n'a besoin que d'un peu de raison, peut-être , pour devenir règlement plus heureux. Ce qu'il &udrait faire connaître au monde , ce qu'il faudrait exposer à la vénération de .tous les hommes, c'est l*hér(H«iie de la pauvreté; c'est héroïsme dont les exemples sont cachés tout

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