‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 126 sur 150 · LIV. III* SECT. II* CHJLP* VIII* SiQ · texte numérisé non relu

LIV. III* SECT. II* CHJLP* VIII* SiQ

ceur d'être aimé y et, par conséquent, d*étre consolé. En vain le grand livre de l'adversité sera ouvert devant nous , si, pour y lire, nous n'avons arraché de dessus nos yeux le bandeau de l'amour-propre.

Considérée conune un moyen d'éducation propre i développer l-^npire de soi, l'épreuve des privations et des souffrances servira essentiellement et dediveraesma* nières à nous faire recouvrer cette salutaire autorité; elle rompra la chaîne d'une foule d'habitudes qui nous tenaient asservis, et Tàme recouvrera ainsi une liberté qu'elle n'avait p^s su conserver ; placé dans celte si* tuation nouvelle , on appr^dra à se mieux étudier; on sera conduit à réfléchir sur ses &utes , et sur les consé^ quences qu'elles ont eues ; on sera désabusé de l'opi* nion trop favorable qu'on avait connue de soi; on re* connaîtra ce qu'il y a de réel dans les vertus qu on oroyait avoir acquises ; on s'exercera à la retenue , à la tempérance ; la volonté acquerra de la sorte ua caractère mâle et austère; enfin, on pourra convertir, par des intentions morales, en un sacrifice volontaire, celui qui était imposé par le^ circonstances, faire ainsi de la résignation un véritable triomphe.

Nous portons souvent envie, et bien justement, à ces êtres privilégiés qtti cmt eu le bonheur de pouvoir dévouer leur <^st^ice à une causé sainte, s'immc^r pour le devoir, souffrir persécuttoa pour la justice! Mais la résignation ouvre i chacun de nous une car* rière de mérites qui se rapproche, à beaucoup d'é* gards, de celle, qu'ils ont parcourue. Les privations et , les souffrances qui nous sont envoyées , quoique n'é« tant pas de notre choix, peuvent être acceptées en nous par la vertu , et , en les acceptant ainsi , nous of-

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frons yéritablement an holocauste au devoir : car c est un devoir aussi que de se soumettre aux volontés de la Providence 9 aux ëvénemens dont elle a marqué notre destinée; et, moins ce^ devoir a d'éclat, moins il flatte Tamour-propre , plus aussi son accomplissement peut avoir de grandeur et de pureté. Entrez dans cet asile où repose , loin des regards du monde , une personne depuis long-temps épuisée par les plus cruelles douleurs : elle n'aperçoit au-devant d elle d'autre perspective que celle de ces même» douleurs prolongées jusqu'au tombeau ; chaque jour lui ravit quelque rayon de l'existence ; ses jours sont sans distraction, ses sombres nuits sont sans repos; l'aiguillon du mal la presse, la torture sans cesse; ce reste de vie n'est pour elle qu'une mort lente et progressive; chaque jour lui amène un adieu ; ses communications avec ceux qu'dle aime, seule douceur qui lui restait, deyiennent fJus difficiles et plus rares : toutefois, pendant le cours d'un martjrre qui va toujours croissant, sa sérénité devient toujours plus grande, sa patience plus ^gale; elle se détache de tout , sans regrets ^iersonnets ; loin d'être préoccupée d'elle-même, sa tendre sblhoitude pénètre plus vivement que jamais dans les intérêts de ceux qui lui sont chers; elle a un redoublement d'ardeur pour prévoir leur avenir; elle sait mieux aim^ que jamais. Oh ! que de choses admiraUes elle a donc apprises à cette terrible école! Que de choses aussi dle-même, à son tour, nous enseignera par son exemple! Une telle résignation , soutenue avec une telle constance, est -elle en vérité moins belle que l'immolation de Socrate?

Infortunés ! vous qui êtes appelés à boire dans la

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