‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 13 sur 150 · LIT. II. SBGT. III. CHAP. III · texte numérisé non relu

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a jeté des racines profondes, celui qui est en tout conséquent à lui-même , exerce sur la terre une sorte de magistrature naturelle , insensible et douce. On le respecte, sans qu'il commande; on lui obéit, sans le savoir; à sa présence , les inimitiés se tempèrent, les ambitions se calment ou rougissent, les méchans pàUssent, les faibles reprennent courage , les hommes (riToles s'étonnent d'abord , puis commencent à réfléchir. L'empire qu'il exerce sur les autres est d'autant plus réel qu'il ne cherche point en effet à l'exercer. Il n'enyahit pas , mais on Tient à lui. On parle peu de lui , mais on s'en raj^roche involontairement; on s'appuie sur lui ; on le consulte en silence; on se sent meilleur en le considérant, en l'honorant ; on recherche son estime , et l'on en derient plus estimable.

Dans une semblable dignité, tout est l'ouvrage de celui qui en est revêtu , tout lui appartient en propre. Mais nous cherchons souvent à obtenir des avantages semblables à moins de firais, nous nous empressons de saisir tout ce qui , dans les circonstances extérieures , nous apporte les moyens d'une élévation apparente. Dans cet instinct naturel et confus , qui nous porte à nous étendre et à grandir , nous ne savons point démé* 1er l'indication de cette vocation sacrée qui nous appelait au perfectionnement : nous prenons PÀ^lat pour la dignité , l'exagération pour la force , l'ombre et le reflet pour la réalité. La personnalité, se travestissant en diverses manières , vient même corrompre le principe de la dignité légitime. Elle tente d'appeler à elle le vrai mérite, mais pour le placer à sa suite , dans son cortège, et jouir elle-même des hommages qui lui étaient rendus. Ainsi naissent l'orgueil, la vanité,

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lamour-propre y comme autant de moyens divers de faire tourner au profit de la personnalité ou Thommage des autres hommes, ou notre propre suffrage.

L'orgueil se prévaut de ce qu'il possède, et de tout ce qui a le caractère de la puissance. Peu lui importe le caractère de cette puissance , la nature de ses effets , pourvu qu'elle soit une force. II ose même se prévaloir du bien, mais comme d'une influence à son service, car c'est de lui-même qu'en tout il jouit et qu'il veut joiiir. Il a quelque chose de calme et de concentré , parce qu'il se suffit et vit de sa propre contemplation. Il a de la sécurité et de la franchise , parce qu'il pense s'appuyer sur des fondemens vrais, réels et justes; il croit en lui-même. Il est impérieux, intolérant, exclusif. C'est la personnalité dominatrice , confiante , satisfaite par la conviction qu'elle a de sa propre supériorité.

La vanité cherche plutôt à trouver dans les regards des autres hommes ce qu'il ne lui réussit pas de trou^ ver en elle-même; ce qu'il lui faut , c'est l'attention ; ce qu'elle ambitionne, c'est l'admiration, ou plutôt la surprise. Car il ne lui importe pas que cette admiration soit alimentée par l'estime; il lui suffit d'avoir des spectateurs^ et de les captiver. Elle s'occupera , non d'être, mais de paraître; elle se complaira même dans la singularité , car la singularité étonne et fait spectacle ; elle s'étalera dans les dehors ; elle voudra être, en vue; elle pourra même tirer avantage de ses fautes, de ses torts , de ses excès, si elle peut les environner de quelque éclat; elle redoutera moins la censure qtie l'oubli. A force de chercher à persuader les autres de ses mérites, elle finira par s'en persuader elle-même. La vanité est la personnalité cherchant un miroir exté-

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rieur dans lequel elle puisse contemple!* son idole; mais la retrouyer aussi douée de plus yastes dimensions, et brillante d'un plus grand éclat.

L*amour*propre , en prenant ce terme dans la valeur restreinte qu*on lui donne depuis quelque temps y lamour- propre est plus subtil , plus délicat, plus recherché dans son but, plus ingénieux dans ses moyens, moins naïf dans ses expressions et ses aveux. Il ne lui suffit pas d'être vu , il veut être favorablepient jugé^ il aspire au succès plus qua la renommée; il craint la désapprobation , mais surtout le ridicule. Il veut moins briller que plaire. Il veut la considération , l'estime, et désire même la bienveillance. Il va jusqu'à chercher son aliment dans le commerce de l'amitié ; U pénètre dans les rapports les plus secrets et les plus intimes. Il se replie et pénètre au-dedans , et vient jusqu'à tourmenter Tâme dans ses rapports avec ellemême; il lui fait un reproche des imperfections qui seraient plutôt une borne de la nature qu'un tort réel; il s'afQige plus de l'absence des qualités que de celle des vertus ; il souffre surtout du manque de talent et d'habileté. C'est une personnalité exigeante , susceptible , inquiète.

On voit des hommes pleins d'orgueil , et qui semblent exempts de vanité ; ils ont une telle conscience de ce qu'ils sont , qu'ils ne se préoccupent guère de l'opinion qu'on a d'eux ; et ils ont un tel dédain pour les autres hommes , que cette opinion a peu de valeur à leurs yeux.

On voit des hommes exempts d'orgueil et de vanité , et cependant dominés par l'amour-propre. Moins répréhensibles que s'ils étaient entraînés par ces deux pre-

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miers mobiles , ils sont cependant plus malheureux. Ils sont insensibles aux avantages de la fortune ^ des honneurs ; mais ils sont touches du moindre trait qui effleure leur existence dans Topinion. Us s'alarment de tout; ils sont toujours prêts à admettre des interprétations qui leur sont défiiTorables. Os sont dans un état continuel dobsenration et de défense, plutôt que tourmentés du besoin de la conquête. L'amour^propre est une sorte d'insecte qui peut s'attacher aux plus belles plantes et les flétrir* Sourent chez un homme de bien, mécontent de soi, il contribue à ce mécontentement, bien plus que celui-ci ne le soupçonne,, car l'amour-propre a un art merveilleux pour se déguiser exi la vertu elle-même.

On pourrait dire que l'orgueil se donne une sorte de dignité , que la vanité l'emprunte , que l'amour-propre la dérobe; mais tous trois manquent de la vraie dignité, parce qu'ils l'ont cherchée là où elle ne peut être.

Ce n'est pas qu'il à y ait de la grandeur , et une grandeur imposante, dans ce témoignage unanime et public que la société humaine rend au mérite , à la vertu, au talent. C'est un beau spectacle sans doute que celui d'un tel concert d'hommages sincèrement rendus à ce qu'il 7 a d'excellent sur la terre; il honore l'humanité , il l'améUore, en ce qu'il réveille dans tous les cœurs la plus pure des sympathies, et rend, par cette sympathie, une nouvelle force aux senûmens généreux. C'est, après les solennités religieuses , la fête la plus magnifique qui puisse être célébrée sur la terre. Aussi la plupart des nations ont-elles associé aux solennités religieuses les honneurs rendus à la mémoire des grandshora*

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mes.Oya donc certainement aussi de 1 élévation et de la noblesse dans Tambition qui aspire à recueillir une telle palme y et l'on ne saurait rabaisser un ordre de motifs qui a fait faire de si grandes choses. Qui Tondrait déshériter la société des illustrations légitimes, désenchanter la nature humaine, de l'amour de la gloire ? Mais ce grand témoignage n*est acquis qu'à celui qui l'a mérité , et non à celui sur lequel il serait tombé par hasard et par erreur; ce n'était pas sa personne qu'on avait louée, mais l'attribut qu'on supposait en lui. Il n'est acquis qu'à l'homme inspiré par des motifs dignes d'approbation ; ce n'est pas à la seule action extérieure qu'on applaudit, c'est à son principe. Les acclamations de la foule ne sont plus qu'un vain bruit et un tumulte vide de sens , si cette approbation en est séparée , ou si elle n'est juste en elle-même. Com|Hrenez donc bien l'amour de la gloire , comprenez la gloire toute entière et avec les conditions qu'elle suppose ! Voyez-y un langage qui a sa valeur , un signe qui a sa représentation ! Voyez-y une confirmation authentique, solennelle, éclatante , perpétuelle , de l'approbation intérieure, telle qu'elle eût été méritée dans le silence ! Cherchez la vraie illustration par la voie de* ce qui est digne d'être illustré ! Soyez tel qu'il vous suffise d'être découvert , même à votre insu , pour recueillir ce tribut d'éloges ! peut-être alors vous les ambitionnerez moins ardemment , et vous n'en serez que plus digne encore !

Que l'amour de la gloire soit, dans l'échelle du perfectionnement , le pressentiment d'un degré bien supérieur encore à la gloire l Qu'il soit une lumière propre à faire reconnaître et estimer ce qui est digne de

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l'hommage des hommes ! Qu'il soit un noble instinct qui nous ramène à rechercher surtout le suffrage de notre propre conscience !

Il est une fierté légitime qui consiste à faire respecter en nous le caractère d'homme et la dignité de notre nature; comme membre de la société ^ c'est pour cha~ cun de nous plus qu'un droit; c'est un devoir de ne pas souffrir qu'elle soit outragée dans notre personne. On Yoit combien cette fierté diffère de l'orgueil ; car il n'y a en elle rien de personnel y rien qui se concentre sur l'individu. Il est aussi une juste fierté de la vertu, celle qui se défend de l'injustice et de la calomnie, celle qui se repose dans la conscience intime d'intentions pures, celle qui sent sa supériorité sur la puissance par laquelle elle est opprimée-, celle qui triomphe au milieu des épreuves, celle qui jouit de son obscurité, celle qui consiste à pouvoir se montrer sans déguisement et sans crainte, celle qui jette un regard de dédain sur les intérêts grossiers , celle qui est compagne de la vérité, de la liberté , celle que procure la satisfaction d'avoir pu se commander à soi-même. Certes, elle sied en effet à la vertu ; elle lui était nécessaire, en présence des vaines pompes que traînent à leur suite l'orgueil et la frivolité : mais c'est une fiarté modeste, sereine, indulgente et douce.

La modestie décore la vertu, comme la pudeur orne la beauté : elle concorde avec la fierté , comme la modération concorde avec la justice. Elle rehausse encore la dignité du caractère, comme la simplicité relève la grandeur : elle ajoute au mérite le même charme que la candeur ajoute à la bonté. Quest-ce que la modestie ? n est<e pas un sentiment du bien, si profond et si vrai,

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