‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 131 sur 150 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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sant, et cependant plus naturel en même temps, que celui d*un jeune cœur s'oiiTrant aux émanations de la vertu en même temps qu'aux affections de la Tie, se vouant y comme un lévite consacré, au culte du bien , avec toute la droiture de son âge, avec des facultés vierges encore ? L'humanité se réjouit à la vue d'un jeune homme vertueux , comme une tendre mère près du berceau de son premier né. La famille qui voit éclore dans son sein cette fleur aimable et pure en est comme parfumée. Les méditations de ce jeune homme sont pleines de semences; ses actions sont des promes* ses , ses jours sont riches d'avenir. Et conunent ne se lancerait-il pas dans la carrière du bien ? tout le seconde : il ne craint ni les coups qui flétrissent, ni les doutes qui déconcertent; il n'a point encore été trompé; il ne soupçohne pas ce que lui apprendra la terrible expérience du monde; à peine soupçonne-t-il tous les mécomptes qu*il trouvera en lui-même. En remplissant le devoir, il ne fait en quelque sorte que suivre son penchant; il goûte une jouissance, plutôt qu'il n'accomplit un sacrifice. O prix inestimable de cette aurore' de la vie morale! O généreux transports pour tout ce qui est beau et bon ! O saint et pur enthousiasme qui trouves la vertu si facile, et qui en aperçois à peine les mérites ! O douce sérénité de l'innocence, qui n'es encore troublée par aucun nuage, et qui ne conçois pas même encore l'idée du péril ! O soif ardente d'une âme qui, en aspirant au meilleur, se flatte de voir réaliser sur la terre cet idéal que poursuivent tous ses vœux? Que n'êtes-vous connus de tous ceux que la nature appelle à jouir de vos bienfaits? Pourquoi vousévanomssez^vous si promptement, quand

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on a eu le bonheur de tous goûter? Eloignez, cloi* gnez ces distractions fatales! quels sont ces vains fantdmes qui viennent souvent arracher à ladblescence la possession des trésors qui lui étaient réservés ? Prévenez ce souffle impur des passions , qui viendrait flétrir la tige des plus belles espérances! Retardez ces tristes expériences de la vie, qui viendront peut4tre disnper comme un songe ees émotions si enivrantes ! La plupart des égarenœns de la jeunesse ont leur source dans des affections louables en elles-mêmes, mais qui n*ont pas encore été réglées et coordonnées par la raison , qui ne sont point contenues par l'anpire de soi-même ; c*est pour suppléer en quelque sorte à cet empire de soi , trop incomplet encore dans la jeunesse, que la vertu se pare pour eUe d'attraits plus puissans.

Si Tamour du bien peut, dès le début dans la carrière, obtenir un haut degré d'énergie , s'il se déploie même plus librement dans une âme neuve encore, l'empire de soi, au contraire, ne s'acquiert que par un long et pénible exercice. La pratique de l'obéissance et la défé* renœ aux conseib sont offerts à l'adolescence, pour suppléer à ce ressort trop faible encore. Elle doit sen« tir l'autorité d'autrui, parce qu'elle est peu capable d'ex^^ cer celle que l'homme a sur lui-même. Le sentiment du respect sera pour elle un principe consen^teur de la pureté des sentimens et de la modération des désirs* Pour l'enflammer dej'amour du bien, qu'a-^elle be« soin , sinon de cotiteihpler les modèles, et de' descendre dans son propre cœur? Mais, pour se garantir des écarts de l'exaltation , même dans le bien, elle a besoin de la vigilance, de la défiance de soi-même ^ elle a be« soin de reconnaître ses guides et de savoir les enten-

dre; elle a besoin de ces règles quelle redoute tant: elle y doit trouver des limites qui la fortifieront en la contenant, des lumières qui lui tiendront lieu de Fexpérience.

La seconde puissance morale ^ Tempire de soi j semble être y à son tour, le privilège réservé à Tâge mûr : . aussi, tout pour lui devient plus calme ; aussi est-ce lui qui rencontre de toutes par^ des difficultés et des ob-^ stades; aussi est-ce lui qui est appelé à la persévérance, à la patience. Les émotions lui sont moins nécessaires ; car il n a plus à entreprendre , il n a qu*à continuer : il y a pour lui moins de secours, parce qu'il y a moins de dangers. Cependant, Tâge mûr a des périls aussi , périls moins sensibles, moins signalés que ceux qui environnent ladolescence, mais qui, à quelques égards, n'en sont que plus redoutables. Ce ne sont plus les vielens orages 'des passions : cest au contraire une in<fluence glacée qui s'étendrait progressivement jusqu'au foyer de la vie morale, si l'on n'avait soin constamment de s'en défendre : ce sont ces arides combinaisons qui naissent des intérêts matériels; ce sont ces aveugles ha* bitudes qui se multiplient et deviennent plus pesantes de jour en jour; c'est cette préoccupation des affaires extérieures, qui résulte naturellement de la situation où l'on est placé ; ce sont peut^tre les suggestions d'une fausse sagesse qui , dans une expérience encore superficielle et imparfaite des choses humaines , croit avoir une triste confirmation des doctrines égoïstes, une con. damnation des pensées généreuses; c'est enfin quelquefœs, chez les hommes vertueux, l'abus même de l'empire de soi ,. et les exagérations qui , en répudiant trop le bonheur, tarissent aussi indirectement quelques-unes

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