‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 132 sur 150 · LIV. III. S£GT. II. GHAP. IX · texte numérisé non relu

LIV. III. S£GT. II. GHAP. IX

des sources de lamour du bien. Ges révolutions s opèrent d'une manière insensible et lente ; on est surpris un jour, lorsque, en se comparant soi-même avec ce que Ton était dans ladolescence, on se trouve presqu'entièrement changé. A cette influence insensible il faut donc opposer une résistance continue; dans cette suite de jours qui reviennent constamment semblables , il faut renouveler sans cesse le foyer de la vie morale : les progrès de la raison serviront à défendre de Tasservissement delà routine; les exercices du dévouement préserveront le cœur de l'engourdissement et de lapathie; l'activité morale s'entretiendra au milieu de lactivité extérieure; c'est en se rendant utile aux autres hommes , que l'on nourrira en soi les affections généreuses ; car la pratique nourrit le sentiment. Il faudra surtout conserver religieusement cette foi au bien , le plus vrai trésor de l'homme, que tant de circonstances viendraient chaque jour affaiblir, si nous n'appelions pas de ces ap parences trompeuses au témoignage de nos souvenirs et à celui de notre conscience.

Soit qu'on descende en soi-même , soit que l'on considère la scène du monde, on est, au premier abord , tenté de supposer que les plus belles années de la jeunesse sont aussi les meilleures, et que l'homme déchoit généralement, plutôt qu'il n'avance, sous le rapport des facultés morales , avec les progrès de Vâge. Un tel résultat serait triste et décourageant, sans doute; nous n'en devrions pas moins rassembler toutes nos forces pour lutter contre une semblable tendance. Mais c'est ici une impression plutôt qu'un jugement, et cette impression nous trompe , parce que nous confondons la jouissance du bien avec sa pratique. Cette jouissance

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peut perdre, ayec l'âge, quelques-uns de ses attraits les plus sensibles; mais ces attraits étaient donnés surtout à ceux qui conunencent, pour suppléer aux forces qui leur manquaient encore. L'exaltation de Ten&ou^sne, sagement dirigée, peut serrir au perfectionnement; mais elle ne constitue point la perfection. A mesure qu'on avance en âge, les lumières se mettent .mieux eu rapport avec les affections, les fecultés tendit à un plus juste équilibre; Toilà où consiste le yrai perfectionnement. L'homme ne saurait déchoir moralement , tant qu'il ne perd pas les forces réelles pour bien faire, et si ces forces ne s'accroissaient pas à mesure que do* tre expérience s'étend, que notre raison s'éclaire, que nous obtenons plus de calme, que les motifs de nous attacher à la vertu se conirment et se multifJient chaque jour, certes, le tort n'en serait pas aux progrès de l'âgé, mais uniquement à notre propre négligence. Il est naturel que le tableau des vertus de la jeunesse frappe davantage nos regards, agisse plus vivement sur notre imagination; mais le spectacle des vertus graves, régulières et paisibles de Fâge mûr rassurera P€>bservateur attentif contre cette crainte d'une décroissance générale et continue. Ce qu'il y a prémément de propre au caractère de l'homme, c'est que, chez lui, les forces morales ne décroissent point néoessairement avec celles du corps, et peuvent, au contraire, acquérir encore, quand celles-ci viennent à baisser. Il est une jeunesse du cœur qu'il sait se conserver jusqu'au tombeau, ainsi que nous l'attestent chaque jour d'admirables exemples. Il n'y a de vieillesse morale que pour Fégoïsme; l'égoîsme seul voit, avec les années, se consumer ce qu'il avait acquis, s'évanouir ce qu'il avait espéré. L'amour du bien, ce vé-

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