LIT* III. S£CT. II. CHAP* X
tout. Le champ de la morale sera surtout exposé à leurs dérastations , parce que, tout y étant grand et majestueux y il y a plus à dégrader* Ils prendront leurs armes dans l'histoire générale et privée, dans l'expérience ,du monde, parce qu'en effet la vertu n*est jamais pratiquée sur la terre d'une manière complète, et que, dans les caractères où elle établit son règne, il reste toujours quelque imperfection et quelque désaccord dont le besoin du dénigrement peut tirer avantage. La noble attitude de la simplicité, le mouvement de la générosité et de la confiance exciteront en eux un dédaigneux sourire; les maximes des sages seront pour eux de vaines abstractions, les moindres faiblesses des grands hommes, un sujet de triomphe. Peut-être obtiendrontils quelques applaudissemens frivoles et vulgaires : n en est-il pas pour les saltimbanques? Les hommes légers trouveront en eux le piquant de la variété , le charme des contrastes, la nouveauté; car y a-t-il rien de plus neuf que de voir renverser des vérités étemelles? Le vulgsûre aime avoir détrôner , comme les enfans aiment à voir détruire. D'ailleurs, sans se l'avouer, plus d'un spectateur ne sera point fâché de voir ainsi déconsidérer des modèles dont il n'a pas le courage de s'approcher, et qui humiliaient son amour-propre, en condamnant sa lâcheté. Ce fléau se produirait surtout dans les états de société où les jouissances de l'esprit seraient devenues un jeu plus qu'une occupation, où elles viendraient s'associer à la frivolité des mœurs , où les esprits énervés par l'abus du plaisir, fatigués par la satiété et le dégoût, incapables de l'énergie qui aspire aux grandes choses, mais tourmentés encore d'une activité inquiète, en cherchant la nouveauté, voudraient