‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 140 sur 150 · LIV* III. SECT. II. CHÀP. X · texte numérisé non relu

LIV* III. SECT. II. CHÀP. X

le vrai et le beau que coimne une propriété commune de l'humanité tout entière; que les succès obtenus dans leur recherche soient, non un instrument pour nos prétentions , mais un moyen de répandre au dehors des bienfaits du plus haut prix !

Les philosophes n*ont pas cessé d'accuser l'imagination comme l'irréconciliable ennemie de notre raison y de notre moralité y de notre bonheur; ils ont vu en elle la source des prestiges qui nous égarent, des vaines ambitions qui nous exaltent, de tous les troubles qui s élèvent dans, notre cœur. Ces accusations ne sont, à quelques égards, que trop justes et peut-être ne sontelles pas épuisées. Les désordres de l'imagination peuvent altérer en mille manières les notions du bien, les couvrir d'un épais nuage , et porter de la sorte une atteinte funeste au culte dont elles étaient l'objet : l'imagination n'étant appelée qu'à remplir des fonctions subordonnées , un rôle d'obéissance, si elle reste abandonnée à elle-même , l'ordre des choses est renversé , et l'empire de soi en est inévitablement affaibli. Aussi remarque-t-on que l'abus de l'imagination amollit le caractère , ressuscite avec une vivacité nouvelle ces im. pressions sensibles qui, de leur nature, sont toutes passives. Il fournit un aliment abondant aux passions; il trouble la paix, ce principe de la vraie force : il substitue de molles et fugitives peintures à la solide substance des réalités : il prête le faux et pernicieux secours des illusions à l'âme, qui, au milieu des épreuves , était appelée à se fortifier par la résistance; il lui déguise le combat, pour la dispenser de vaincre : il promène dans le vague des rêveries l'homme destiné à accomplir des actions sérieuses dans un monde positif, ne lui offre

que des objets mobiles , légers soumis à son bon plaisir; et transformant son existence en un vain jeu , le gouvemement de lui-même en une sorte d*anarchie ^ il laisse un libre cours à tous les écarts de l'indépendance. Il y a dans les exercices de l'imagination quelque chose de voluptueux qui assoupit Fàme : elle respire et elle sent avec une extrême vivacité; mais cest comme dans un songe. En un mot, cette faculté capricieuse résiste de mille manières aux règles inflexibles et austères du juste; avec le désordre des idées ^ elle tend à faire naître celui des sentimens. Parmi les divers genres dHIlu* sions dont les écarts de l'imagination peuvent être la source, il en est un qui demande d'autant plus à être signalé, dans l'intérêt de notre amélioration morale, que les pièges qu'il nous tend sont plus subtils , et qu'il peut surprendre les &mes les plus honnêtes : ce sont les illusions qui nous égarent dans la connaissance de nous-mêmes , celles qui nous trompent sur nos propres sentimens , sur la réalité et la force de notre attachement à la vertu : ces illusions ^ nous berçant par des jouissances purement spéculatives , nous exaltent pour les images d'une perfection idéale qui charme notre esprit , sans s'anparer de notre âme , sans gouverner notre caractère , sans s'imprimer dans notre vie; elles nous composent ainsi une sorte de moralité artificielle et trompeuse; elles convertissent la vertu en une sorte de poésie délicieuse; mais elles la relèguent dans lefs nuages, et lui ravissent cet empire positif , obscur ^ profond y qu'elle doit exercer sur nos sentimens , nos actions ; comme si la vertu devait être la récréation , la décoration ^ et non la règle de notre existence. Si la sagesse procède en faisant sortir des objets sensibles

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