‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 141 sur 150 · LIT. III. SBGT* II* CHAP. X · texte numérisé non relu

LIT. III. SBGT* II* CHAP. X

les notions morales, rimagination , procédant par une Toie contraire y fait rentrer les notions morales , comme toutes les conceptions abstraites, sous le voile des figures sensibles. Défendons-nous donc du penchant trop ordinaire aujourd'hui , à considérer les sujets qui se tiittachent aux plus graves destinées de Thomme, sous cet aspect qu on appelle leur côté poétique ! on s'expose ainsi à faire prévaloir ces accords superficiels qui charment rimagination , sur les sévères harmonies du devoir , à prendre Félégance des formes pour la bonté réelle y la grâce pour la vérité, le symbole pour la chose; on introduit dans le. culte sain et épuré de la vertu j une sorte de superstition et d'idolâtrie.

Mais, après avoir accablé l'imagination des plus, graves reproches, la philosophie n'eû^eIle pas dû ftreplus juste envers cette brillante faculté de l'intelligence? La morale elle-même n'eût-elle pas dû mieux reconnaître tous les services qu'elle en peut recevoir? Renfermée dans ses fonctions légitimes , dirigée à sa vraie destination, cette faculté ne doit-elle pas, comme toutes les autres, apporter de nombreux tributs au perfectionnement de notre caractère? Qu'elle est donc la puissance qui nous met en possession de l'avenir, celle qui nous transporte à toutes les distances, celle qui nous fait concevoir les objets invisibles à nos sens, celle qui nous introduit dans la région du possible , celle qui soutient ainsi nos forces par l'espérance, qui étend la sphère étroite de notre existence au-delà des limites du présent ? Ne servît-elle qu'à renouveler les sources de la sensibilité, ue viepdraît-elle pas ainsi féconder les champs de la vertu ? Ne fît-elle que récréer et embellir par des jouissances innocentes et pures

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notre vie intérieure ^ en cela encore , die restaurerait nos forces. Ne fît-elle que nous attacher à la contem* plation de la nature, elle nous conduirait, par cela seul, à une grande et instructive école. Ne laissons pas dotre vertu s*évaporer en une vaine et fantastique poésie ! mais permettons à la poésie de venir se mettre au service de la vertu ! Qu'elle rapproche de nous ce divin modèle ! qu'elle prête et son éloquence et ses grâces à la voix austère du devoir ! Cette poésie toute morale, messagère du bien, la Providence ne la-t-elle pas fait apparaître de toutes parts sur le théâtre de ses œuvres? elle respire dans toutes les scènes de la nature , si nous savons les considérer, non du seul œil du corps, mais de Tœil attentif et recueilli de l'âme; elle retentit dans l'hymne que célèbrent à l'envi toutes les créatures; elle emprunte sa majesté aux phénomènes célestes, des expressions variées et gracieuses aux paysages^ aux simples fleurs* Elle respire dans les chants de l'homme, quand, digne interprète de ce concert universel, il restitue lui-même l'image de la vertu à ces scènes qui semblent l'invoquer et s'animer par sa présence ; dans les monumens élevés à la mémoire des grands hommes et au souvenir des actions généreuses ; dans les solennités publiques, lorsqu'elles sont comme une fête auguste , consacrée par la société humaine à honorer ce qui mérite ses respects, et à resserrer les liens qui unissent ses membres; dans l'appareil imposant et simple qui environne les magistrats et décore le temple des lois. Cest elle qui lève l'étendard à la vue duquel le patriotisme se rallie ; c'est elle qui cueille la palme décernée au héros ; c'est elle qui compose tous les attributs de la gloire. Qu^ils s'avancent donc autour de l'i-

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