‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 145 sur 150 · LIV. III. SBGT. II. CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIV. III. SBGT. II. CHAP. XI

soumission , la gratitude et la confiance ; il est le culte rendu à la puissance ^ à la sagesse , à la bonté infinie ^ à rinfinie justice : il n'est donc pas un sentiment mo-^ rai dont il nes'empare, dont il ne fortifie les principes^ dont il n*étende la sphère. En même temps qu'il communiqueî à l'âme une élévation singulière, il la rappelle sans cesse aussi à la simplicité et k la modestie; il la restaure, en même temps qu'il l'attendrit; la modère, en même temps qu'il l'anime ; il associe à la défiance de soi-même le plus héroïque courage : et , comme il ofire tout ensemble à la créature, et le modèle de cette perfection idéale vers laquelle il dirige les plus nobles affections de son cœur , et les perspectives d'un avenir sans bornes, comme d'une vie meilleure, il l'excite sans cesse à un perfectionnement progressif, en même temps qu'il seconde puissamment , en mille manières , ses efforts, par le commerce qu'il établit entre elle et son éternel amour.

C'est en aimant qu'on apprend à aimer; c'est en ai* mant ce qui est vraiment digne d'être aimé qu'on comprend l'amour. L'amour , au sein de la religion , a reconnu son essence, sa source originelle : il en découle sans cesse, vivant et ranimé d'une jeunesse nouvelle : il s'épure au foyer céleste : de là, il se répand stir toute là terre avec une abondante plénitude, il se multiplie, agit, féconde, embrase, éclaire. K les rapports d'un moment, fondés sur la communauté d'intérêts si bornés, suffisent pour créer des affections si vives , que sera-ce des liens étemels qui embrassent tout ce qu'il j a de plus profond et de plus réel dans l'existence? Dans tous les êtres qui nous sont unis par la société ou par la nature, l'homme instruit par la religion reconnaît désormais

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un dépôt sacré qui fut confié par lamour parfait et infini; la tige de la grande confraternité est découverte; rhumanilé devient un lien de famille , une communauté d'avenir; il n'est plus d'inconnu , plus d'étranger pour celui qui lit sur le front de son frère les caractères imprimés par la main de Dieu même. La piété ^ d'une extrémité de la terre à Vautre devient la sainte et magnifique sympathie des cœurs. Et quel nom donner à ces affections, beau présent de la nature, si elles étaient dépouillées du sentiment religieux qui en est l'âme? G^urs tendres, répondez! Seraient-elles un charme ou un poison? Serions-nous satisfaits ou trompés par elle? Que nous resterai^il à partager a^ec ceux que nous chérissons? Dans quelles pensées nous serait-il donné de nous entendre ? Quelle serait la pauvreté de notre langage ! avec quel tremblement nos regards viendraient se rencontrer, dans cette rencontre si fugitive! Quel désespoir, perdus à jamais l'un pour l'autre, au jour des adieux! Serions-nous donc même ici-bas réellement l'un à l'autre? Nos âmes se seraient touchées en passant; elles ne se seraient point confondues. Tendresse conjugale, amour maternel, douce amitié, que vous resterait-il? Vous seriez déshérités de vos plus nobles jouissances, de toutes vos espérances ! Pauvres enfans ! c'est maintenant que vous deviendriez réellement orphelins! Oh ! si la vie religieuse est retirée à l'humanité, quelle coupe recueillera tant de pleurs qui coulent sur la surface de la terre? ^Quelle urne contiendra tant de regrets ? Quelle voix calmera tant d'alarmes ? Où retrouverons-nous alors une patrie? Où sommes-nous désormais ? Que devenons-nous ? Quel est ce désert ténébreux où nous traînons nos pas , ombres incertaines?

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Le temps n*a plus pour nous qu'un présent; toutes les issues sont fermées. Eloignez ce fragile cercueil qui renferme la commune dépouille ! dispersez aux vents ces ossemens , cette froide poussière qu'une erreur grossière avait réunis ! Ce n est plus qu*un faux symbole y qui nous rappelle seulement ce qui fut et n*est plus et ne peut plus être, qui proteste vainement contré l'arrêt de 1 éternel divorce. L'égoïsme a eu raison , seul il a été prudent : amour ^ bonheur ^ ces deux grands buts de Thomme ne sont plus que deux termes contradictoires , et à jamais inconciliables entre eux. Qu'ils triomphent ensemble , l'égoïsme sensuel et l'irréligion ! Une affreuse logique les a rendus la conséquence l'un de l'autre! Qu'ils triomphent! Les glaces^ les ténèbres , le néant , sont leur empire.

L'égoïsme !... mais, privé delà religion, qu'est-ce que l'homme demeure pour lui-même? Que trouvera-t-il donc en lui à aimer , à soigner, à protéger? Quel est ce triste tête-à-tête, ce stérile monologue? ah! rendez, rendez la religion à cette créature faible et inquiète ! Alors, elle pourra s'aimer justement, s'aimer vraiment elle-même, goûter quelque douceur, trouver quelque fruit dans cette affection solitaire; l'instinct qui la ramenait à elle-même sera légitimé et satisfait : isolée de la création entière, la voyant disparaître à ses yeux , tout lui resterait encore : il lui resterait l'infini, objet de son culte, termes de* ses espérances.

L'attraction universelle de l'insensible matière atteint complètement son but : elle entretient l'harmonie universelle de la nature visible. Le noble attrait des cœurs tromperait-il donc le sien? Ne les ferait-il graviter les uns vers les autres que pour qu'ils se repoussent à ja- TOME II. 24

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mais? Serai^il le principe d^une dësharmonie perpétuelle et générale dans la plus belle région de l'univers?

La religion provoque le sacrifice; le sacrifice a été la condition fondamentale et générale du culte , dans tous les lieux et dans tous les temps. Sans prendre tant de peine à chercher l'explication de ce phénomène historique ^ n est-ce point parce que l'amour ^ même à son insu y est le principe vital de la religion ? On n'aime qu'en donnant : on aime d'autant plus, qu'on immole davantage; aussi l'honmie n'a-t-il trouvé rien d'assez précieux pour l'holocauste. Cet exercice d'immolation sera donc l'éducation de la générosité ; et qu'en coûterat'ily alors y pour s'inunoler à ses semblables , puisque c'est se donner à Dieu même? Le voilà^ le véritable holocauste que cherchait la piété, et que la bonté signale.

La religion est une science, une science simple dans ses élémens, mais immense dans ses applications. N'est-ce pas éminenmient à elle que s'applique la belle définition de' Bacon? Car, quelle plus grande inter-' prétation de la nature ? et la portion de la nature qu'elle interprète le mieux, est précisément celle qui nous touche de plus près , la plus essentielle à notre bonheur , la plus nécessaire à l'exercice de notre activité ^ celle qui seule nous est intime et propre : c'est notre destinée elle-même. Elle nous en dit même plus sur le moindre insecte et la moindre plante , que tout l'art du zoologiste et du botaniste : ceux-ci me montrent l'ouvrage; celle-là , l'auteur. La religion seule déroule la chaîne des causes, explique la notion de la cause; car, il n'y a point de causes, sans la cause première; or, la vraie science n'est que la théorie de la causalité.

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