iy« III* SECT* II. CHAP« XI
Quels exercices donneront à l'esprit des habitudes plus graves j plus sérieuses ? Quelles conceptions donneront à ses idées une sphère plus vasle, le placeront dans un point de vue plus élevé? Quelles notions lui feront mieux comprendre l'ordre , ce grand instrument des opérations de lespnt humain? Quelles influences l'introduiront mieux à la méditation ^ la rendront plus facile, plus douce, en même temps plus profonde? La religion est lé flambeau de la vie intellectuelle ; la religion est un enseignement intérieur ; elle promène le regard de la réflexion sur tous les secrets de Fàme. La religion est l'étoile polaire du génie. Elle est lanneau suprême des grandes coordinations , la haute révélation qui allie le visible à l'invisible ; le connu à l'inconnu , l'univers à la pensée. Aussi , voyez la poésie et les arts, lorsqu'ils tentent leur vol le plus hardi ,* lorsqu'ils veulent immortaliser leurs ouvrages, s'ils n'osent invoquer directement cette puissance céleste, faire du moins , dans leurs fictidns , apparaître son ombre et quelques traits dérobés à son auguste image !
L'intelligence, privée de la religion, errait dans l'univers, exilée, solitaire, et comme perdue, n'apercevant que des surfaces où elle pouvait réfléchir, mais nul foyer où elle pût se rallier : avec la religion, elle retrouve une patrie; sa lumière devient un rayon, au lieu d'être une simple et fugitive étincelle.
Ce qu'il y a de remarquable dans l'éducation que donne la religion aux affections du cœur et aux puissances de l'esprit, c'est que, en les développant, elle les dirige avec sûreté, et par des voies franches et abrégées, vers le perfectionnement moral qui est leur propre tendance.
36o DU PBEFBCTIONNEMENT MOEAL.
n n'est pas un seul des devoirs prescrits par là morale naturelle 9 que la religion ne prescrive et n'ennoblisse en le consacrant; il n'est pas un seul des conseils de la sagesse et de la prudence qu'elle ne recommande, qu'elle n'élève à un plus haut degrë de perfection, auquel elle ne prête un langage plus impérieux. Le code du bien reçoit d'elle une auguste promulgation; et, comme dans le &it, ce code avait été gravé dans nos cœurs par la Divinité elle-même , la morale, étemelle conune son auteur, se révèle ainsi elle-même, dans son origine et son essence : la conséquence remonte à son principe , pour en recevoir une confirmation nouvelle; ce n'est plus seulement la loi, c'est le législateur lui-même qui apparaît^ se dévoile, déclaré et sanctionne son œuvre, dans le sanctuaire de la conscience.
L'intelligence des règles du devoir pouvait être obscure, difficile; tout s'éclaircit, se fixe, se simplifie; les règles prennent une forme. Les prescriptions du devoir pouvaient paraître sèches et arides , dans leur abstraction spéculative; elles s'animent, se personnifient, s'emparent des sentimens; elles deviennent vivantes, s'expriment dans le langage le plus éloquent. Voyez comment, par exemple. Tordre général de la société s'offre à l'homme religieux sous son véritable aspect! Cet ordre se manifeste à lui conune une institution fondée par l'auteur même de toutes choses : la justice des lois devient l'expression de la justice étemelle; les pouvoirs légitimes , une délégation supérieure; la place qui lui est assignée à lui-même , une vocation : il accepte donc son sort, quel qu'il soit, et respire, parce qu'il sait à qui il obéit, parce qu'en obéissant, il se confie.