LIV..III. SECT* II. CHÀP» XI. Z6l
L*homme n*est qu*un instrument} la religion nous le confirme; mais quel noble instrument il devient dans ses mains! Parmi tous les agens visibles, il devient le premier, parce que seul il connaît le moteur invisible auquel il sert de levier, seul il s'associe à ses desseins par la puissance de la pensée. Si , en disposant de luimême , il exerce un gouvernement, ce gouvernement suppose une autorité, un droit. Qui les lui conféra? Cet empire de soi, que nous appelions une magistrature, nous l'appellerions maintenant presque un sacerdoce; car l'homme devient, à son propre égard, le ministre de Dieu même et le dispensateur de ses dons. Enfant émancipé, s'il se réjouit de sa liberté, c'est parce qu'il peut accomplir librement la volonté paternelle. Quel respect pour lui-même, investi qu'il se trouve de la dignité religieuse ! Il pourra s'estimer sans orgueil, et, dans les rangs réputés les plus vils par les préjugés du monde, revendiquer les titres d'une noblesse que le monde ignore. Sa fierté sera d'autant plus modeste et plus bienveillante qu'elle est plus juste ; que possède-t-il , si ce n'est les bienfaits du père commun? Et pourquoi les possède-t-il , si ce n'est pour les répandre? Le voilà affranchi de la tyrannie de l'opinion : que lui importe le jugement des frivoles spectateurs qui la dirigent? Il marche en la présence d'un témoin auguste, qui est la vérité même. Le voilà soulagé du poids de sa propre faiblesse. Quelle sécurité dans les périls! Quel calme dans la douleur! Environné qu'il est d*une protection toute-puissante, appartenant à un monde meilleur, par des liens que rien ne peut rompre, il ne s'épuisera point dans une aride résistance, il se réfugiera dans une résignation sereine et douce, née de la
362 DU PBRFSCTIONNSMBNT MORAL.
soumission et de la confiance. Au travers du nuage sombre que les peines de Tâme accumulent autour de lui, frappé dans toutes ses affections , il verra briller ce rayon lumineux qui, descendant du ciel, dissipe les sombres nuages du désespoir. L'homme religieux est le seul qui , délaissé' de la terre entière , trouve encore un consolateur; qui, condamné à une souffrance sans terme, conserve encore un espoir* Là terre a ses héros; la religion seule a ses martyrs.
La religion seule explique le terrible et profond mystère de la douleur , dans celles de ses atteintes qui pénètrent jusqu'au fond de Tàme. Elle ne tarit point les larmes ; mais elle les aide à couler. Vous qui connaissez en effet le secret d*une telle douleur , vous comprenez que c'est ainsi qu elle soulage !
La religion seule laisse aux fautes humaines Tespoir indéfini du pardon , cet espoir que le monde leur refuse si souvent, que la conscience semble lui refuser quelquefois, cet espoir réparateur, indispensable cependant pour en guérir les blessures , pour les rendre profitables.
Non-seulement et l'amour du bien et l'empire de soi trouvent ainsi directement, dans la religion , leur plus puissant auxiliaire , mais tous les moyens secondaires qui concourent à leducation de ces deux grandes forces morales, en reçoivent aussi l'assistance la plus énergique. Ainsi les jouissances de la vertu ne sont plus seulement la satisfaction donnée par le témoignage de la conscience ; elles sont les effusions d'une joie céleste : c'est la joie de la reconnaissance à laquelle il est permis de s'acquitter , la joie de Tamour qni peut s'exprimer et complaire. Ainsi, la prudence qui conseillait le de-