LIT. III. SECT. II. GHAP. XI
voir n'est plus seulement une sage prévoyance pour le bonheur de quelques instans y mais une dispensation profonde qui dispose pour un immense avenir. Ainsi , ladmiratîon qu'excitait Hdéal du bon n'est plus seulement l'enthousiasme pour une beauté abstraite et spéculative; elle est le culte de la bonté méme^ personnifiée et vivante 9 dont tout ce qui est bon et beau est l'émanation , le reflet et l'image. Ainsi ^ l'ordre qui se révèle dans les plans de la création y dans le double univers physique et moral y pénétrant en nous-mêmes ^ comme une vaste et constante mélodie, rétablit et maintient le concert de nos facultés* Ainsi , cette paix, le premier des biens , la première des forces du cœur et des lumières de l'esprit , la source de toute liberté intérieure, cette paix, élément vital dans lequel seul peut respirer la sagesse, acquiert une suavité inconnue; la créature mortelle , fatiguée, agitée en tant de manières par les orages des temps ^ se repose dans un commerce sublime avec celui que rien n'agite, parce qu'en lui est rinfini , parce qu'en lui tout est immuable.
Il n'est pas jusqu'à l'ordre inférieur de nos facultés sensitives qui ne se réveille, ne se réhabilite, ne s'échappe de l'étroite enceinte de la vie animale , évoqué du tombeau de la matière par la voix auguste de la religion. La nature entière prend une âme , un langage pour répondre à notre âme; l'univers s'ouvre comme le temple du Très-Haut; les météores apparaissent comme ses messagers; les fruits de la terre croissent comme les témoins et les organes, de ses bienfaits; les simples fleurs redisent encore son indulgente bonté. La vue d'un ciel pur, d'une nuit étoilée, l'air que nous respirons, l'océan, la tempête elle-même, tout nous parle du
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Créateur. Le culte extérieur | se répandant sur la terre conune une rosée céleste^ vivifie, consacre, décore la scène imposante de la création , en s*associant à elle. Le culte solitaire favorise, par la méditation religieuse, les exercices du recueillement et les habitudes de la réflexion. Le culte domestique purifie et protège Tasile obscur où l'homme coule ses jours mortels, y déploie le plus auguste spectacle qui soit sur la terre, celui de la vertu dans Fadoration de Dieu ; il en fait une sorte d'univers, rempli qu'il est de la présence divine. Le culte public transforme la société civile en une communauté morale, et le concours des individus les plus étrangers les uns aux autres, en une réunion de famille; ses fêtes répandent une paisible et innocente allégresse dans les cités et dans les champs; ses solennités rompent la monotonie des jours et charment le repos mérité par un long travail; ses cérémonies marquent d'un symbole touchant et sublime les grandes époques de la destinée humaine , conmie celles des révolutions de la nature; s'associent aux grandes joies, pour lei^ donner un caractère plus grave; aux grandes douleurs, pour leur rendre une douceur mystérieuse; elles nourrissent les pieux souvenirs, entretiennent un saint commerce en tre ceux qui ne sont plus et ceux qui doivent les rejoindre, et couvrent la tombe des signaux de l'immortalité. C'est ainsi que la religion conduit, accomplit la grande éducation humaine, dans la société, comme dans l'individu, n y a plus : la vie cesserait d'être une éducation , si la religion ne lui marquait son but; car elle cesserait d'être une préparation, et toute son économie serait détruite, comme celle d'un ouvrage resté sans emploi.