‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 16 sur 150 · LIV. II. SBGT, III. €HÀP. IV · texte numérisé non relu

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qui lui fut assignée dans les desseins du suprême dispensateur.

Sous rinfluence d'une telle disposition ^ toutes les facultés prennent un essor plus fecile et plus vigoureux ; la paix intérieure est pour les facultés de Thomme ce que la rosée du matin est pour les plantes de la terre. La clarté se répand dans rintelligence , les idées se distinguent, se classent sans effort; on s'interroge , on se répond sans contrainte ; on pénètre facilement au fond de soi-m^e ; se rendant compte de ce qu'on pense et de ce qu'on sent , on sait mieux aussi ce qu'on veut , on le veut d'une manière plus décidée et plus franche. Combien alors la vertu paraît plus facile ! Quels charmes dans sa contemplation ! Quelles récompenses anticipées dans sa pratique ! Comme on est bien avec soi-même ! Comme on est bien aussi avec les autres ! Le commerce que nous entretenons avec eux participe de la sérénité qui règne dans notre âme; la bienveillance devient naturelle; on exige moins, on pardonne davantage; car on a moins besoin d'autrui , on est moins vulnérable. Ce calme que l'on porte en soi-même se transmet à ceux qui nous entourent, même à leur insu : l'homme pacifique intervient comme une sorte de médiateur au sein des animosités et des haines; s*il apparaît, bienfaisant messager, au milieu de la foule mécontente, inquiète , agitée, sa présence seule ramène la confiance et l'espoir; sa présence produit un effet semblable aux accords d'une mélodie suave et douce qui apaise les orages des passions furieuses. Telle est, à la suite de la tempête, lapparition de cet arc mystérieux qui se dessine dans le ciel et vient s'appuyer sur la terre. La paix intérieure estlexpression de l'ordre moral, comme la beauté d'un édifice

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est celle de la régularité de ses proportions. Elle est une émanation de la vertu elle-même; et c'est pourquoi, en se peignant sur le front de l'homme de bien j elle devient une sorte de langage' éloquent qui s'insinue au fond des cœurs* N'est-ce pas à elle que nous devons éminemment de goûter la contemplation de la nature P et réciproquement y n'est-ce pas parce que la contemplation de la nature nous dispose à recouvrer [la paix intérieure, qu'elle fait tant de bien? L'image de la paix, incessamment reproduite dans ces scènes variées ^ dans ces gracieux tableaux que la nature déploie sous nos yeux, s'y montre vivante et sensible , nous répond^ nous applaudit, si nous sommes en accord avec nousmêmes; nous rappdle à cet accord ^ si nous y avons été infidèles. Aussi la nature ne sourit-elle qu'à ceux qui sont bons ou sincères du moins dans leur retour au bien; elle n'accueille que l'innocence ou le repentir^ parce que la paix du dedans est un privilège réservé en effet à l'un ou à l'autre. Le spectacle d'une belle nature \est comme le miroir d'une àme vertueuse.

La paix intérieure est un gage de constance et de durée dans les résolutions et les sentimens ; elle est un principe conservateur et tutélaire : c'est dans le trouble et l'agitation que l'on change. Plus on goûte la paix , plus on s'y attache; à l'opposé de tous les plaisirs sensuels ou égoïstes j sa volupté s'ac(»^it par la jouissance même; volupté animée et vivifiante , qui, loin de nous jeter dans l'assoupissement , éveille en nous toutes les forces morales ! L'âme alors, se sentiint comme dégagée, se relève du sein des misères qui pesaient sur elle; elle se relève libre, confiante et fière; elle envisage avec joie la perspective des grandes choses; elle aspire

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aies entr^rendre. Si nous pouyions interroger les hom^ mes dont les exemple excitent en nous la plus juste admiration^ ils nous diraient que c'est dans les momens d'un recueillement paisible qu'ils ont conçu ces vastes desseins y ces résolutions généreuses qui ont en eux honoré la nature kumune.

La paix de Tâme respire^ avec une aimable candeur , sur le front de ces êtres favorisés par la vertu , qui ^ constamment fidèles à la loi du bien , ont conservé in-> tact le dépôt de la virginité morale ; elle se peint avec une sérénité majestueuse) .sur le front de la vieillesse , lorsque la. vieillesse est en quelque sorte couronnée par le souvenir des bonnes actions qui ont rempli le cours d'une longue vie. Chez les premiers , c'est un calme qui prélude à une activité fructueuse: chez les seconds , c'est un repos mérité 9 tet encore plein de vigueur; elle confère aux premiers une dignité douce ^ pure; elle restitue aux seconds une jeunesse nouvelle. L'expression d'une paixparÊùte est l'un des attributs dont nous nous ]^isons. à. revêtir ces intelligences supérieures, ces natures. angéUques que nous nous représentons comme formant une sorte, d'intermédiaire entre la Divinité et l'homme ) et comme occupant dans la création les plus hautes.scMnmités de la nature morale.

Ce qui choque nos regards dans les objets extérieurs ^ ce qui porte le trouble dans la marche des phénomènes sensibles, ce qui altère l'état des êtres vivans et organisés, provient toujours de ce qu'un élément quelconque se trouve délacé, ou de ce qu'un mouvement est détourné de son cours. Il en est de même de toute agitation qui a lieu au^dedans de nous-mêmes; elle accuse un dérèglement, une contradiction secrète entre la direction

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qui est suivie et la tendance qui était marquée. Si maintenant on remarque que tous .les obstacles qui nous privent de la paix intérieure ^ proviennent, d une manière ou de l'autre 9 de quelque exigence de legoîsme, on reconnaîtra de nouveau combien Tégoïsme est, dans la nature humaine , un désordre réel et profond. Sous ses trois formes principales et les plus décidées , la cupidité , Tambition , la vanité y il devient un inta^ rissable foyer de sollicitudes diverses, toujours incon* ciliables avec le repos du cœur : chose remarquable! On n'est jamais moins en apcord avec soi-même que lorsqu'on se recherche exclusivement soi-mâme ; c'est se placer au service du maître le plus dur et le plus difficile à satisfaire.

11 y a une mélancolie qui peut s^allier avec la paix de Târae; <;'est celle qui s'attache presque inévitablement à la sensibilité , alors même que la sensibilité est placée sous la sauvegarde de la vertu; mélancolie approuvée par la vertu , consentie par la raison ; mélancolie natv ' relie , il faut le dire , pour ceux qui voient la vie humaine sous son point de vue véritable. Peuvent-*ils en effet détourner leurs regards de tant de misères qui affligent Fhumanité , de tant d'erreurs , de tant de crimes qui la troublent ? Peuvent-ils ne pas gémir des maux qui pèsent sur les êtres qu'ils chérissent ? Un long retentissement de douleurs arrive sans cesse jusqu'à eux. Combien n'ont-ils pas aussi chaque jour à déplorer leur propre faiblesse ? Le zèle même qui les enflamme pour la cause sainte de la vertu , éprouve de si fréquens et de si pénibles mécomptes ! Cette mélancolie, toutefois , a quelque douceur ; elle n'est point un principe d'agitation; elle n'a rien de sombre; elle ne dessèche point;

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elle attendrit, au contraire; ce qu elle a de triste et de légitime iait qu'elle ne porte aucun désordre dans l'âme , et que par elle on devient même encore meilleur.

Il y a une mélancolie qui influe essentiellement sur notre imagination. C'est une disposition qui résulte du tempérament y de l'état de la santé , de la disposition des organes ^ et de la réaction que ces circonstances tout extérieures exercent sur les impressions ordinaires que nous recevons des objets. Cette espèce de mélancolie j qui a ses crises momentanées et passagères , peut menacer la paix du cœur , si la raison ne sait pas se défendre de ses atteintes; mais elle n'est^ au fond, qu'une épreuve de patience ; dès qu'on en connaît l'origine et la nature , on la supporte alors comme on supporte une douleur purement physique.

Il est aussi trois espèces de mélancolie plus sérieuses et qui attaquent la paix intérieure dans son principe essentiel. On peut rapporter à ces trois dispositions presque toutes les causes qui empoisonnent la vie humaine; ces trois mélancolies naissent également d'un besoin ardent qui a été trompé dans son attente : la première, du besoin d'aimer; la seconde, du besoin d'agir; la troisième, du besoin de paraître.

La mélancolie qui naît du besoin d'aimer, tourment des cœurs sensibles et timides, a un caractère plus expansif et plus tendre ; elle est peut-être , de toutes , la plus profondément douloureuse; elle est heureusement celle qui reçoit le plus facilement des remèdes. Si , errante dans le monde, ignorée, dédaignée et solitaire, elle ne peut y obtenir le retour de ces affections qui , en elle, aspiraient à se répandre, si tout reste sourd à sa voix; du moins cette soif d'amour qui est en elle et

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