TOME II
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qai la presse, pourra , en s*épurant davantage, trouver à se soulager : elle pourra tourner tout entière au profit de la vertu , en recevant son secours : la vertu lui enseignera qu'il y a encore des manières daimer sans récompense , et qui n'en sont que plus généreuses ; la vertu lui enseignera des amours sublimes qui la consoleront de n'avoir pu rencontrer ce qu'elle cherchait sur la terre. La sagesse aussi la garantira des écarts d'une sensibilité aveugle et désordonnée.
La mélancolie qui nait du besoin d'agir , tourment des âmes ardentes et qui ont la conscience de leurs forces, a quelque chose d'impatient, d'indéfini, de convulsif dans ses accès , et s'ignore souvent elle-même. Elle lutte contre les obstacles , mais se méprend facilement sur les moyens d'en triompher. Elle rend insup* portable à l'homme la condition où il se trouve placé, et le presse d'en changer. Elle peut , si elle trouve enfin l'issue qu'elle cherche , engendrer de grandes choses; mais elle peut consumer les facultés dans leur principe, si elle est condamnée à se replier sur dle-méme. Cette mélancolie a aussi ses remèdes : elle en trouve dans des circonstances plus favorables ; elle en trouve dans une ressource plus sûre , dans les conseils que donne la sagesse pour se plier aux circonstances et pour en tirer encore parti, quelque défavorables qu'elles soient; elle en trouve surtout dans la vertu qui désabuse des vaines ambitions , et qui a toujours d'utiles carrières ouvertes pour l'activité humaine.
La mélancolie qui naît du besoin de paraître est de toutes la plus aride, la plus sombre , la plus inquiète , la plu^ stérile; elle n'est autre chose qu'un état de servitude à l'égard de l'opinion. Le siège de cette mélan-*
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colie est plutôt encore dans lamour-propre que dans le cœur; mais, de là, elle se répand dans tout Tintérieur ; Tamour^ropre blessé cherche à intéresser le cœur à sa cause. Ge«demier genre de mélancolie ne conduit à rien d'utile : il n'est qu'un remède pour le guérir , c'est de l'attaquer dans son principe , c'est de secouer le joug sous lequel le besoin de l'opinion nous tient asservis. Tant que ce besoin nous gouverne , il poursuit, il inquiète sa victime : l'opinion lui reproche même jusqu'aux efforls tentés pour satisfaire à ses exigences; il n'est point de paix pour ceux qui se sont mis sous la dépendance de l'opinion ; car il n'y a point pour eux de sécurité; ils désirent être vus , et redoutent d'être jugés; ils ont soif de l'éloge et courent le risque du blâme ; pour obtenir le suffrage d'autrui , ils se mentent à euxmêmes'; il n'y a pour eux aucun asile ; ils se sont condamnés à rester en scène et à y attendre les arrêts incertains des spectateurs. Si même, ils emportent cette approbation tant ambitionnée, de quelle valeur est-elle? quelles satisfactions en recueillent-ils , si elle n'est confirmée par la sanction de la conscience ? Aussi le désir ardent du succès , cette passion que crée et développe le commerce du monde , est-il un des poisons dont l'action est la plus fatale pour le cceur de l'homme. Ses dangers menacent surtout ceux que leur condition met plus particutièrement en rapport avec le public. Impatient de réussir, alarmé du moindre signe de défaveur, celui que tourmente le besoin du succès prend ombrage de tout et cherche partout un appui. Son regard erre constamment autour de lui , scrute , interroge le jugement de chacun , sollicite les applaudissemens , trahit ses sollicitudes secrètes, et, quelque effort qu'il fasse
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encore, il n'est aucunement certain d'atteindre au but; le hasard et la fortune en décideront peut-être. Puisse le jeune homme j à son entrée dans la carrière , se défendre de cette passion y disons mieux y de cette manie que la contagion de l'exemple, que les idées reçues rendent si entraînante pour lui ! Puisse-t-il échapper à la servitude qu elle lui prépare! Qu'il résiste avec une noble fermeté à l'appât du succès ! qu'il yive pour être , non pour se faire voir ! C'est à cette condition qu'il conservera son caractère , l'énergie réelle de ses forces ; qu'il conservera à son talent lui-même y ce cachet d'originalité et d'indépendance y sans lequel il n'est point de succès durable.
Chacun de ces trois genres de mélancolie peut encore avoir deux directions différentes y suivant qu'il porte vers le passé ou vers l'avenir, et cette direction osodifie encore leur caractère. La mélancolie qui se nourrit de regrets sur le passé est accompagnée de découragement; sa tristesse est sombre ; elle s'épuise en vains tourmens ; sa guérison est plus difficile. La mélancolie qui fatigue l'avenir par des désirs impossibles à satisfaire a quelque chose d'agité, d'impétueux , d'indéfini; elle porte souvent le trouble au-dehors en même temps qu'au-dedans; elle est inexpérimentée , par conséquent , téméraire , dangereuse. Il faut , par une sorte d'échange , donner à l'une un avenir, à l'autre l'expérience du passé; la première demande des consolations y la seconde demande un guide.
On voit des hommes qui ont épuisé la coupe des plaisirs, qui sont rassasiés de la vie, se plaindre d'une prétendue mélancolie ; mais leur tristesse n'est, que le marasme de la lassitude et du dégoût; elle n'est pas plus