‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 20 sur 150 · LIV. II. SECT. III. CHAP. T · texte numérisé non relu

LIV. II. SECT. III. CHAP. T

vanité ou les attraits du plaisir, ou, du moins , soit dans les souvenirs qu'elle conserve d'un état meilleur, soit dans les fictions qu'elle s'en compose?

Les puissances de l'entendement sont, comme les forces du corps , un instrument mis à la disposition de chacun de nous. Est-il donc étonnant que les passions s'emparent des premières, comme des secondes; qu'elles réussissent à former des hommes instruits et habiles, comme autant de vigoureux athlètes ? Toutefois , les puissances de l'esprit ont , avec celles de la volonté, un commun fo^er : éles se rencontrent dans le prinôpe d'unité qui préside à notre nature; elles ne peuvent donc, dans leurs développemens , rester étrangères les usies aux autres.

Le perfectionnement intellectuel ne consiste pas essentiellement dans rétendue des lumières acquises : il consiste surtout dans le développement harimmique des facultés de Tintelligence, dans cet heureux concert qui s'étstbtit entre elles, lorsque chacune, croissant en énergie, conserve le rang, remplit les fonctions qui lui sont propres, lorsque toutes ensemble entretiennent réciproquement des rapports conformes à l'assistance qu'elles se doivent , et concourent ainsi en accoi*d à leur destination commune. Le perfectionnement intellectuel conduit ainsi à l'accroissement des connaissances ; mais , en même temps , il rend capable d'obtenir des lumières complètes, coordonnées , réglées sur de sages proportions ; il garantit ainsi du danger de la demi-sdence , plus fetale encore que l'ignorance. Or, on voit déjà que l'homme doit trouver, dans l'habitude de se gouverner lui-même , le moyen essentiel de soumettre les (acuités de l'esprit à ce régime salutaire , à cette sage subordi-

nation. On voit également que Tbarmonie des facultés morales doit préparer, par des secrètes influences, celle des puissances de Tentendement ; que les exercices par lesquels Tâme s applique à la méditation et à la pratique du bien, doivent naturellement introduire Tordre et le calme dans les régions de Tintelligence , et assujettir toutes les facultés , suivant le rôle qui leur appartient , au service de la raison.

Tous les progrès, dans Tordre des travaux intellec* tuels , dépendent d'une condition essentielle et générale, du pouvoir de captiver son esprit; or^ cette condition, à son tour, est éminemment favorisée, et par Tempire que Tâme obtient sur elle-même , et par le recueillement calme qui accompagne Tamour et la pratiqua du bien.

Uesprit a ses jouissances sans doute , des jouissances qui lui appartiennent en propre; mais le sentiment du vrai et du beau recèle en lui-même un principe moral que tous les sentimens v^tueux développent et raniment. Des intentions vénales peuvent engager dans la carrière de Tétude ; le talent peut se mettre au service de l'ambition , de la vanité , de la cupidité même; mais ce genre d'intérêt calculé aura*t-il rien de commun avec le goût de Tétude? Mais le charme qui attache à Tétude pour elle-même , ce charme qui la fait préférer aux honneurs et à la fortune , qui suffît pour remplir de douceur une vie obscure , pour embellir la retraite, p^ur consoler de Tinjustice des hommes , qu'est-il donc en effet, si ce n'est quelque chose qui correspond en nous à un sentiment entièrement désintéressé , qui s'adresse à ce qu'il y a de plus noble dans notre nature? Quels sont les heures , les lieux où il se fait le plus puissam-

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