LIT. II. SECT. III. CHAP. Y
ment sentir ^ sinon les heures et les lieux les plus propres à favoriser la paix et Findépendance inté^ rieures ? Se déploiera-t-il au milieu du trouble et des anxiétés de Fàme ? Le recueillement qu'il suppose serat-il possible à celui qui laisse Faccès ouvert à toutes les distractions du dehors ? Les douceurs qu'il répand seront-elles connues de celui qui est mal avec luimême?
Ces intentions vénales , qui donnent aux sciences et aux arts des disciples trop peu dignes d'eux y et qui substituent un calcul de personnalité au culte désintéressé^ trompent d'ailleurs, plus d'une fois y ce calcul lui-même. Nous leur devons ces études superficielles , cette érudition d'emprunt y ces productions avortées qui attestent l'avidité de jouir et Timpatience de se produire. Nous leur devons les écarts des talens précoces , le prompt épuisement qui en est la suite. Nous leur devons les prétentions et les travers du bel esprit. Nous leur devons le triste spectacle de ces talens qui s'avilissent ^ e^ mentant à leur mission ^ qui faussent à plaisir les idées et les sentimens , qui s'humilient par l'adulation , qui se vendent aux intérêts des partis, et tournent contre la vérité elle-même les armes qu'ils avaient reçues pour en soutenir la cause.
On peut ranger sous trois ordres principaux les facultés actives de l'intelligence , et rapporter ainsi à trois principaux points de vue, toutes les causes qui déterminent les succès réeb dans les diverses carrières de l'étude : l'esprit d'observation , qui recueille les élémens des sciences ou des arts; le jugement, qui les met en ordre, les fait concorder entre eux, et fonde la solidité des connaissances ; enfin , l'esprit de création , qui m^t
en Oeuvre ces matériaux, soit pour produire les déeou-» vertes , soit pour enfanter des modèles , soit pour rAiliser les applications pratiques.
Or , sous chacun de ces trois points de vue , on reconnaît que les facultés de Tesprit peuvent recevoir, des influences de la vertu, les plus précieux secours, et que ces secours seront encore essentiellement le fruit de rharmonie des deux ^ndes puissances , c*est^à-dire qu'ils dériveront de l'amour du bien et de l'empire de soi , et surtout du concours de tous les deux.
i*^. L'esprit d'observation est le messager de la raison ^ envoyé en avant pour explorer les lieux et préparer les voies. Soit qu'il dirige ses investigations au-dehors , soît qu'il se ré[Jie au*dedûns de notts*mêmes , il veut une ré^ flexion indépend^ite.
Il est difficile , si le cœur est asservi , que l'attention soit libre. Nos passions sont pour nous les distractions les plus fréquentes et les plus impérieuses. L'a^emion bien dirigée ^t l'empire de soi appliqué au mouvement de l'esprit, à l'action iisteUectuelle. On ne voit bien que dans le calme.
Au moment de la surprise , Tcdijet brille d'un plus ^and édat et se fait mieux remarquer ; mab il faut attendre que l'émotion soit apaisée , pour pouvoir le soumettre à un examen sàiei£x , à une investigation apporoCondie. La surprise n'est qu'un avertissement; ce cjfik est destiné à éclairer peut coimnencer par éblouir»
. La réflexion intériecnre , cette autre acticm de l'esprit, par laquelle il s'interroge et se scrute lui-mém^, qui doit loi révéler de bien plus hautes connaissaïKces, qui seule peut donner à toutes les autres leur sanction et leur garantie, ce prindpe de toute étude philosophique, exige
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une liberté bien |^bs enlière encore ei plus parfaite. J/bÀê qai délivrera, en effet, la réflexion de toutes les entrares qui la captivent? Qui Ten délivrera mieux que la Tcrtu ? La vertu déjà Va aidée à s'isoler du tumulte extérieur, elle Ta exereée aux investigations seorètes , aux interrogations ^ncères que Tâme s'adresse à elle* même; elle a rendu la pensée £arailière à la pensée. La omscience de l'entendement se tioot éveillée avec la conscience morale. C'est peu encore : pour être diiipoâé à s^observer , il faut consentir à se voir ; pour vivre dans le commerce afvec soinsiâme , il faut être satisfait de soi, La vertu pare et décore c^te résidence inté-» rieure, que le vice eût souillée. Elle nous y appelle , elle nous y retient, en y &uint le sâége du vrai! bonheur. Il faut une âme pure j pour recevoir la mérité y comme il hnt un milieu transfèrent ^ pour recevoir les rayons de la lumière.
Si le cahne est nécessaire aux opérations réfietives , l'insensibilité le^r serait-elle donc favorable ? IVabovd , l'insensibilité n'est pas le calme. Si elle délivre des sollicitudes qui se rattachent aux intérêts d'autrui^ elle ne délivre pas de c^les qui naissent de la personnalité y et qui sont les plus actives comme les plus persévérantes* Le vide du cœur est aussi un principe d'agitation. Ijcs affections douces , les sentimens généreux rafiraichissent; rq^ent et fortifient Tentendement : de l'âme pure émanent les pensées sereines.
L'ordre qui règne au-dedans de nous facilite le travail delà réflexion y comme la symétrie favorise celui de l'observation sur les objets sensibles. Comment la vertu redoutoait^le ce regard investigateur? elle n'a que des motifs qu'elle peut avouer et dont elle aime à se rendre compte.
Qa*il soit permis de le remarquer en passant : ne serait-ce point ici la yen table cause qui a nui si souvent aux progrès des sciences philosophiques? Ne serait-ce point celle qui a particulièrement occasioné les écarts de ces sciences y dans les pays et dans les âges où les mœurs étaient atteintes d*une corruption générale? On a cru pouvoir traiter cet ordre de connaissances ccHnme les sciences appelées poêitwes; on n*a pas fait assez attention qu'il exigeait un instrument particulier ^ 1 etu<]e approfondie de soi^méme^ et que cette étude, à $ojk tour 9 est intimement liée k la plus haute pratique des vertus. Peut-être donc, il y aura eu peu de grands philosophes , parce qu'il y aura eu trop peu d'hommes éminemment vertueux parmi ceux qui cultivaient la philosophie. Et à quel titre, si ce n'est en effet, à ce titre, Socrate art-il été reconnu comme le restaurateur de la philosophie dans l'antiquité? Il enseigna que la science et la: morale ont une source unique et commune, la connaissance de soi-même ; et, dans ce principe unique, il renferma tous les principes de découvertes qui devaient guider ses successeurs dans les régions de la sagesse. Le célèbre oracle de Delphes ne peut être réellement compris que des gens de bien.
2**. La vanité peut avoir ses motifs pour déprécier, dans le monde, le mérite, qui appartient à la rectitude du jugement: rien n'est plus facile que de se distinguer en y renonçant. l) y a mille voies ouvertes à côté du sentier unique qui conduit au vrai ^ dans chacune de ces voies, on peut paraître original, par cda seul qu'on est infidèle à la droite raison. Il suffit, pour produire de l'effet , de réunir deux idées qui s'étonnent d'être ensemble; le paradoxe lui-même devra son succès à la