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nouveauté et à la hardiesse. Les esprits justes paraissent pâles 9 et la simple raison monotone. Le bon sens est une chose si vulgaire ^ que nous voyons des sectes entières de philosophes faire profession de le dédaigner. Cependant qu'est la philosophie elle-même , si ce n'est un grand commentaire sur les leçons du bon sens? N'est-ce pas encore le bon sens qui, en se propageant de conséquences en conséquences , et confirmant leur liaison y régit avec sûreté l'entendement dans les spéculations les plus relevées? Le bon sens est au jugement ce que le naturel est au style. Or, quel est le meilleur gardien du bon sens, si ce n'est la vertu? Quelle est la meilleure garantie de la rectitude de l'esprit , si ce n'est la droiture du cœur?
On a fait, depuis Aristote y des milliers de traités de logique. Rien n'y manque /dans tout ce qui concerne la décomposition du raisonnement ; tous les cas sont prévus^ toutes les règles sont tracées; les opérations de l'esprit sont converties en formules infaillibles; l'art de la logique est devenu, dans ces traités, ce que les opérations de l'arithmétiqi^e deviennent dans la machine de Pascal; il semble qu'il n'y a qu'à mettre l'instrument en jeu. Quels sont les progrès réels dont la vérité leur est redevable? Dans les sciences spéculatives, le secours a été peu efficace, parce que les conseils qui eussent été les plus utiles, ceux qui embrassaient la conduite de l'esprit, ont été les plus négligés. Dans les sciences morales, dans l'ordre des vérités pratiques, le secours a été moins efficace encore; on a mieux su peut-être comment on peut prouver une proposition dans les formes, et même, au besoin, justifier le paradoxe ; mais , si l'on n'a appris à aimer le vrai, il manque toujours un
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grand instrument pour panrenir à le connaître. Il est une autre logique moins connue, plus nécessaire, plus usuelle que celle des écoles : celle qui enseigne à Inen penser, en enseignant à se bien gouverner soi-même. L*art de diriger les opérations de son esprit n^est qu' un exercice de Tempire de soi ; et cet empire , comment le coviserrer surson entendement, sionn a su l'obtenir sur l'àmeelleméme où est le foyer de toutes les facultés humaines?
Il 7 a des erreurs innocentes, sans doute, et ce ne sont pas celles pour lesquelles le monde est le plus indulgent. Mais souvent, lorsqu'on allègue Terreur pour justifier la faute , c est la faute qui d'abord a précédé. L'ignorance aussi, qu*on prend pour excuse , est précisément, au contraire, le premier et le plus grave de nos torts , si nous avons eu les moyens de nous instruire, et que nous ayons négligé de les saisir. Comment se fait'il donc que l'intolérance soit ordinairement réunie à la prévention contre les lumières? Les hommes véritablement édairés sont plus indulgens; ils connaissent tout ce que la vérité coûte à acquérir, et savent combien il est facile de s'^arer , même en la cherchant de bonne foi.
Rien n*est plus délicat que les rapports qui existent entre le jugement et la volonté : souvent ils échappent à notre surveillance, ils trompent nos intentions ; nous croyons suivre l'un, en nous laissant conduire par l'autre. C'est au jugement qu'appartient, entre eux , la fonction de guide ^ cependant les opérations de l'esprit étant aussi une action , et toute action ayant ses motifs , . il arrive que la nature d«s moti£i décide delà direction que prend l'entendement, et qu'on croit souvent, en définitive, ce qu'on a voulu croire.
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Parmi les sources de nos erreurs , il en est deux principales où cette influence se fait particulièrement sentir, où la partialité du juge corrompt la sentence : ce sont celles qui naissent des vues incomplètes, et celles qu'enfistntent les prestiges de Fimagination. Dans ces vérités complexes qui font la matière ordinaire de no9 études, et qui demandent à être embrassées dans leur intégrité , un esprit prévenu par la passion ne considérera les ob* jets que sous les aspects auxquels cette passion met du prix, fermera les yeux sur ceux qui la contrarient. La passion prêtera une vivacité nouvelle aux trompSùses images qui empruntent les apparences des réalités ; elle se complaira à voir exagérer les proportions , diminuer la distance des objets; elle y répandra, à plaisir, les teintes qui conviennent à ses alarmes ou à ses vœux. Aussi , plus certaines opinions touchent de près à nos intérêts, plus elles reçoivent le caractère qui convient à ces intérêts; il n'est rien au monde de moins certain , pour chacun de nous, que ce qui est propre à nous émouvoir davantage ; il n'est rien sur quoi on soit moins d'accord que ce qui se lie aux affections individuelles ; on ne se rencontre que sur les axiomes indiflférens par eux-mêmes. Les vérités mathématiques doivent, sans doute , leur certitude à l'évidence de leurs principes et de leurs déductions; mais elles doivent quelque chose aussi à leur impassibilité; on ne peut pas répondre que les hommes ne vinssent aussi se diviser à leur sujet, si quelques passions s'y trouvaient fortement engagées. Ne voit-on pas une foule de gens s'obstiner à attendre , dans les chances relatives au jeu et à la loterie, des résultats que démentent les plus rigoureux calculs? Ne voit-on pas, dans d'autres sciences, les théorèmes les plus abs-
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traits devenir quelquefois les jouets et les instruméns des passions, dès qu elles peuvent s en emparer; et les faits se dénaturer, dès qu'elles ont un motif pour commander le mensonge? L'avantage que la géométrie doit à sa propre nature , la vertu le communiquerait à toutes les autres branches de nos connaissances : il ne serait plus nécessaire que les propositions fussent indifférentes par elles-mêmes; c'est nous qui deviendrons impartiaux. Quoi de plus propre, d'ailleurs , à donner un coup d'œil étendu , que les affections généreuses? Quel moyen plus efficace de prévenir les écarts de l'imagination que l'habitude de se modérer? La vertu se place naturellement dans les vues générales , guidée qu'elle est par le flambeau de la justice ; elle prévient les illusions fantastiques, parla vigilance sévère qu'elle exerce sur notre intérieur, et par la répression qu'elle oppose à tout mouvement désordonné de nos facultés. Il est certaines passions qui appartiennent plus particulièrement à l'esprit, et ce sont souvent celles qui exercent, par conséquent, sur les opérations de l'esprit l'influence la plus sensible; elles pénètrent encore dans certains ordres d'études où des penchans moins subtils ne sauraient plus trouver d'alimens; elles parviennent à y séduire encore la raison humaine. Mais le cœur est toujours^ quoique en secret, complice de ces passions intellectuelles. C'est ainsi que la curiosité, ce noble besoin donné à l'intelligence, pour l'appeler dans les régions du vrai , peut céder aux séductions d'une vanité présomptueuse. C'est ainsi que la joie de posséder ce qu'on croit la vérité, corrompue par l'orgueil, deviendra l'obstination qui résiste à la vérité ellemême. Combien de fois on croit avoir une opinion
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lorsqu'on n*a qu*uit engagement d'amour-propre! Et ce sont ces opinions prétendues qu'on soutient avec le plus de chaleur, pour la défense desquelles on montre le plus d'intolérance !
Les influences morales viennent donc j de toutes parts , s'ofïrir à la raison comme autant de précieux auxiliaires: elles dissipent les nuages , elles affermis^ sent les pas , elles rectifient les directions. Si elles ne peuvent prévenir d'une manière aussi directe le double ordre des préjugés qui naît de l'imitation et de l'habitude , elles nous apporteront cependant encore ici d'utiles préservatifs. Car les préjugés qui dérivent de l'imitation reçoivent une extrême faveur de la servilité dans laquelle l'amour-propre se place à l'égard de l'opinion du monde; et les aveugles routines de l'habitude s'établissent et se confirment par un défaut de vigilance sur soi-même. Tous les préjugés , au reste , reçoivent leur confirmation de cette confiance excessive en nous-mêmes qui rend les erreurs irrémédiables; tous les préjugés se coalisent pour proscrire cet art savant du doute ^ qui renverserait leur empire et ouvrirait les voies àla recherche de la vérité. Or, qui, mieux que la modestie , cette modestie consciencieuse et sincère j fille de la vertu , qui , mieux qu'elle , enseigne et cet art du doute, et cette salutaire défiance de soi, qui sont la meilleure préparation à la vraie science ?
Un esprit sain se place dans une âme honnête, comme dans sa résidence naturelle. En beaucoup de choses , la morale pix)nonce et décide d'avance pour nous d'une manière bien plus sûre que notre raison n'aurait su le faire.
3^ Elle est, sans doute, un don de la nature, cette