LIV. II, SBCT. TH. CHAP. Y
Tâme ? qu'ils s*interrogent^ ceux qui^ dotés des faveurs de la nature y,et trop dédaigneux pour les secours de la ▼ertu j se livrent avec succès aux grands travaux intellectuels , et se croient dispensés peut^tre d'améliorer leur vie \ Dans les heures fortunées qu'ils consacrent à ces nobles opérations, ne sont-ils pas meilleurs qu'ils ne pensent Tétre et qu'ils ne se proposent de l'être ? Déserteurs de la morale, ne ressemblenMls pas à ces déserteur^ de la civilisation , qui portent dans une région étrangère les arts de leur ancienne patrie ? leur imagination ne dérobe-t-elle pas à la vertu , par un secret larcin y ce que leur caractère n a pas osé lui em-* prunter ouvertement? ne recueiUent-ib pas en étamémes une portion de cette vie morale qu'ils ont trop exclue du reste de leur conduite? n'est-ce pas elle peut-être qui j à leur insu j vient encore les animei* de son soirffle, et leur suggérer en secret de hautes et neuves pensées?
Trois conditions essentielles semblent conspirer au développement de cette feculté créatrice dont on envie tant la puissance , dont on étudie si peu les ressorts : c'est d'abord une liberté singulière de l'esprit qui^ se mouvant à son gré y disposant de lui-même , se dirigeant où il lui plaît y pénétrant partout, va partout détacher et choisir les élémens qui doivent servir aux combinaisons nouvelles, et, comme l'abeille, puiser des sucs dans le calice de chaque fleur; c^est ensuite ce sentiment de l'ordre , ce goût des convenances, qui dispose à saisir les corrélations les plus naturelles, les plus justes , les plus étendues, quoique souvent les plus cachées et les plus loitaines, qui préside ainsi aux distributions savantes, aux gradations harmonieuses, et fait
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jaillir Tinconnu du sein du connu; cest enfin celte énergie de l'esprit qui assemble^ combine^ par des alliances nouvelles, les idées éparses, en forme un faisceau , et y par des associations plus ou moins vastes , produit un ensemble plus ou moins majestueux. Or , est-il une seule de ces conditions que le concours des influences morales n'aide éminement à remplir? estelle indifférente pour jouir de la liberté de lesprit, Tinfluence de cet empire de soi qui n est autre que le principe de toute liberté intérieure , qui est l'affranchissement dç Vâme elle-même? est-elle indifférente pour nourrir le sentiment de l'ordre ^ 1 influence de cet amour du bien qui n'est que le culte de Tordre essentiel et parfait ? L'énergie dé l'esprit ne recevra-t-elle * aucun secours de ce régime salutaire qui entretient la santé et la vigueur de l'âme, et les grandes pensées ne deviendront-elles pas plus accessibles à qui contracte rhabitiide des belles actions? L'amour du vrai et du beau, cette passion noble, ardente et pure, qui conserve, exalte les forces de l'intelligence, ne trouverait-il aucun aliment dans la passion du bien , ou plutôt n'est-il pas un avec elle? Une belle action n'est-elle pas aussi un trait de génie, mais une pensée du génie, réalisée dans la pratique? Oui; réhabilitons le talent dans sa dignité légitime ; rendons-lui ses titres de parenté avec la vertu, titres qu'il reçut de la nature même, parenté qui l'encourage et l'honore ! O vous qui , dans les beaux jours de la jeunesse, tressaillez d'un généreux transport en présence des perspectives que le génie ouvre à l'humanité , qui croyez entendre retentir au fond de vousmêmes son éloquent appel, qui vous sentez capables d'aspirer aux paljmes qui lui sont réservées, ne crai-
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gnez point de chercher dans votre amélioration morale une vraie initiation aux exercices de l'esprit î Que vous faut-il ? Des points de vue élevés ? Où en trouverez-vous de plus hauts que dans ces sommités sur lesquelles notre nature entre en communication avec une nature supérieure?.... Des émotions ^ tout ensemble calmes et profondes y qui deviennent pour vous de fécondes ins« {«rations?.... Où en puiserez- vous de plus salutaires que* dans les affections généreuses qu'accompagne Tou-* bli de soi-même? Les habitudes vertueuses garanti^ ront le talent qui vous fut donné en partage^ de se perdre dans loisiveté, de s'égarer dans une direction fausse y de se dissiper dans de vaines et stériles concefH dons; elles lui conféreront son plus digne prix ^ lui prépareront sa plus belle couronne ^ en l'appelant àser* vir les intérêts de l'humanité. Voyez, dans les arts brillans qui décorent la scène du monde y que de pensées lumineuses émanées des foyers de la morale, et qui ont répandu au loin un éclat immortel ! quels types la vertu a offerts à la poésie , aux arts du dessin ! quelle éloquence elle a suggérée à la musique eller même ! quelle vie nouvelle , quelle âme elle a répandue dans tous les tableaux dont l'imagination ébauchait les esquisses ! quelle sublimité elle a donnée aux élans de l'art oratoire, aux vues de l'histoire, aux considéra^ tions qui embrassent la science des choses humaines ! Clombien de èouronnes ittéconnues , dédaignées encore par uo talent trop vain de lui-même , qu'elle appren-» drait à remporter! Voilà ce qui reste encore de plust neuf, de plus inépuisable; il est une mine de découvertes qui peuvent, en diverses régions, être obtenuespa» les inspirations, iBonileSé
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Dans les Pences exactes eUe$*iniâme39 dans ces sciences positives qui y dédaignant lassistance de l'imagination , ne reconnaissent que des faits ou des calculs, n'invoquent que des j^rocédés rigoureux y Tesprit de méthode sera encore favorisé par les habitudes d'ordre que fonde la pratique de la vertu ; lesprit d'invention sera secondé par le goût des méditations sérieuses; la persévérance du travail sera soutenue par lea dispositions de la patienoe , par le mouvement d'un zèle désintéressé pour ce qui est d'une utilité générale. L'art de concevoir les grandes coordinations trouvera un appui dans ces exercices salutaires qui dirigent eiiix-»mêmes notre pensée sur lea vastes corrélations des notions morales , qui nous ks. rendent fanùlières, qui nottsappr^nentà voir , dans une maxime universelle^ dtos. applications individuelles et prochaines. U n'est au^ can théâtre où se produisent mieux que sur celui de la moi:t4e, les rapports des vues générales aux spécialir tés y àesi théories aux faits ^ et des règles à la pratique. . Toute: création* n'^stqu.'une combinaison; or, l'é^ gdismeest^.de tous les dissolvans , le plus actif; l'a^ na<iur.est le |dus puissant de tous les principes d'union et d'amalgame. Une p^:isée forte estl'allianoe d'idées cpà >se Irouvaieiatii une extrême distande l'une de l'au^ tre dains l'ordre d'acquisition ^ mais qu'unit cependant àne étroite consangidnité d'analogie; or, dans l'ordre des idées qui touchent aux choses humaines^ l'amour eti kl vertu ont une puissance magîqu^pouc névéler ces secrètes affinités ^ puisque tout en eux n!est qu'une force /d'attraction et un sentiment ^:quîs ides conve^ nai^oes. , .
Il est du moins une supériorité^ue l'égoïsme réclame
LIY. II. SECT. III. GH1.P. Y. Sg
arec assurance ^ et quelopiinon du inonde ne lui refuse guère : c'est celle de Thabileté dans ce qu'on appelle les affaires. Il ne serait pas étonnant sans doute que Tégoïsme fût mieux inspiré dans tous les calculs qui se réfèrent à l'intërét personnel , par cela même qu'il porte dans la poursuite de cet intérêt plus de persérérance et d'ardeur y par cela même aussi que, le choix des moyens lui étant indiffèrent ^ il peut suivre des voies abrégées que s'interdit une moralité délicate. La vertu , sous ce3 deux rapports y avoue les désavantages de sa condition ^ les accepte y s'en honore ^ mais il lui reste des compensations qui lui appartiennent en propre : les vues de k sagesse et les sentimens honorabks sont aussi des guides pour l'esprit de conduite; Testîme d'autrui et la conscience de sa propre estime donnent , dans le genre d'afEaires qui suppose le .commerce des autres homines, plus de fermeté, et d'assurance* On exerce sur les autre^s hommes une influence plus vraie et plus stable, quoique plus lente peut-être et pltis tardive, par la confiance qu'on leur inspire, que par toutes les combinaisons de l'art. « Les cœurs honnêtes , diton, sont souvent abusés; ils sont peu exercés dans la connaissapce des hommes et du. monde; ils. espèrent trop faoUement , et jugent, avec trop de lavei^ ! » Mais }es cœurs insensibles et égoïstes ne, se trompent-ils pas aussi ^ quoique. à leur manière, dans cet ordre 4e jur gemens p Leurs erreurs seuleoaent ont Uei». en sens contraire .:. ce sont celles de l'iii justice^ Toute opinion que nous cherchons à,no«tô former des aut^ies boisâmes ne peut être qu^une pI^ésoaiptiofl , qu'une probabilité : dès-lors y l'opinion la plus prudente et la mieux motivée sera nécessairement démentie 4}iielquef ois p^r le seul
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jeu naturel des chances dans les choses probables; d'où il suit que j précisément pour être équitable dans les jugemens que l'on porte en cette matière, on doit s'exposer à se tromper quelquefois et à trouTcr ces jugemens en défaut ; d^où il suit encore que celui qui n'aurait jamais présumé trop favorablement de ses semblables , s'accuserait par là même de les juger habituel* lement avec trop de sévérité; celui qui ne se trompe jamais en absolvant les autres hommes, doit se tromper fréquemment en les condamnant à tort. Si tel est le mé- ' rite de l'égoïsme, qu'il en jouisse , qu'il en triomphe ! cet avantage est en effet digne de lui. Pour nous , nous consentons à avoir le tort de croire quelquefois nos frères meilleurs qu'ils ne sont , plutôt que celui de les juger habituellement moins bons qu'ils ne sont en effet. Ce grand art, au reste, cet art difficile de la connaissance du cœur humain , où en sont les élémens 7 Avons-nous donc un instrument quelconque qui pénètre immédiatememt dans le secret des ressorts par lesquels sont mus des êtres étrangers? D'où tirons-nous les inductions propres à nous révéler un ordre de phénomènes qui ne se laisse point directement apercevoir ? L'esprit d^observation doit ici être secondé par la réflexion intérieure ; c'est en nous-mêmes que nous étudions les autres, parce que c'est en nous que nous trouvons la solution des problèmes que présente l'expérience de la vie et la scène du monde; et c'est pourquoi, en effet, nous jugeons ordinairement les autres hommes semblables à nous. S'être m^ au mondé , l'avoir visité en tous sens, ce n'est pas encore l'avoir véritablement connu , ni surtout , l'avoir jugé, si l'on n'a appris avant tout à se juger soi-même.