‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 25 sur 150 · CHAPITRE VT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VT

COMMENT l'homme EST CONDUIT 1. LÀ RELIGION PAR LE DEVELOPPEMENT DE SES FACULTES MORALES.

Si les sentimens religieux conduisent à la vertu , la vertu aussi conduit à la religion, et cette considération moins familière , peut-être , est cependant dun assez grand intérêt pour la religion elle-même. C'est un légitime triomphe, sans doute, pour la religion que de voir combien l'homme s'améliore en l'observant ; mais c'est aussi un beau témoignage en sa faveur , que de voir comment les cœurs honnêtes et purs tendent naturellement à elle.

En saine logique , les vérités morales sont autant de prémisses des vérités religieuses , et des prémisses ri< goureusement nécessaires. De même aussi, tous les sentimens moraux invoquent les sentimens religieux, pour achever de s'y purifier, de s'y satisfaire. Sous ce double rapport, la morale est donc une vraie initiation religieuse. De même que la civilisation dépose de l'existence du législateur politique, la morale dépose de celle du Législateur divin ; ce que l'une atteste sur le théâtre de la société, l'autre l'atteste dans le sanctuaire de la nature. Le législateur politique n'a point créé la morale publique et privée; il l'a rencontrée préexistante; il s'est appuyé sur elle, il lui a servi d'organe. Mais ce génie de la morale y qui l'a inspiré, d'où dérivait-il lui-

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même ? Qui avait tracé ce code primitif lequel a servi d*çxemplaire et de type aux codes explicites de chaque peuple ? Si Tordre qui se déploie dans l'univers sensible, manifeste aux yeux de tous les hommes Faction de la Providence suprême, l'ordre qui préside aux phénomènes de la nature morale n'aurait-il pas son auteur ? L'ordre moral , considéré comme la législation universelle du genre humain , décore le système général de l'univers, en achève l'harmonie , l'anime d'une vie nouvelle et sublime.

N'e^t-ce pa^ une chose digne 4'attentioD , que t^pt de peochans impérieux aient été placés dans le cœur de rhomqcie , que tant de circonstaaoe^ aient été pkoées autour de lui , pour le conduire à cet état ie société , dan^ lequel seul ses facultés pouvaient recevoir leur entier développement? Les plantes ont obtenu l'air, b lumière, le sp) nécessaires à leur croissance; l'animal qui devait chercher sa nourriture a reçu l'ipstinct nécc^ssaire pour la trpuyer et Ijçs. organes cotivenajbl^ pour l'atteindre et ^ s^sir. L'homme qui a^^dait tout d^ sa réunioB ^veç; ses se^bl^l^^ et |a Cjcnubinaisoin des forces ,, ^^eçu les affections, la p^p^é^^et le langage, c'est-à-dire précisément ce qui deydit le mettre en rappojTtï avec ses sen»b|abl^s : d'ailleurs, îl.^t né piiis^ faible et plus dépendant;, qMe les a^iti^es animaux, en même temps qu/ei seul il est né. jp^rfectihle. l4 sociabilité explique cette çantradiotijaii appareoite; l'élat de société là f^it dispaqraître. Or, lia société » à soa to.iir ^ appelle et demande la marrie comme la condition s^ns laqu/^Ue elle ne pourrait subsister, conunct Tinstr^ment priiu^it>al de tous ses progrès. Il y a dofip» da))s Ift corrélation de toutes ces choses , un, plan, un d^^eid dont rhumaiiité

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esi le théâtre^ dont le suprême Législaieur a été larofaitecte j dont la vertu est la condition fondamentale. Dans ce dessrâi , la înéme sagesse qui appelait Thomme à Tétai sociiJ j pour opérer l'éducation de ses facultés ^ instituait le code des devoirs morauK pour servir de lien à Tétat social ^ et cette grande pensée présidait , dans lessièclesy aux destinées du genre humain.

£st41 rien de plus propre à montrer la sagesse et la bonté divines , que cet accord entre ce qui est moral et ce qui est réellement utile^ utile à tous et à chacun, que cette dispensation en vertu de laquelle le sacrifice commandé à rindividu se trouve ne lui être prescrit que dans un inté]^ét général ; que cette autre dispensation qui fait retrouver encore à l'individu , sous une autre forme,, et avec usure, ce que le devoir la porté à immoler pour l'avantage d autrui ? De la sorte, le code de la morale est comme une vaste et bienfaisante prévoyance étendue sur l'humanité ; il est une protection tntélaire instituée pour la fiitblesse de l'homme ; il ressemble aux recommandations delà tendresse paternelle. Ne révèle-t-il donc pas la sollicitude d'un père invisible et suprême ? La Providence ne s'est pas reposée sur notre seule prudence, pour préparer notre bonheui^ et, de même qu'elle a donné l'instinct à l'animal, dans Fin* térêt de sa conservation, elle a donné à l'hoinme Tins* ttnct sublime de la vertu, dans l'intérêt de sa félicité. Eki départissant la liberté et l'intelligence à sa créature, le Créateur lui a donné un guide sous la forme du devoir.

Ainsi, la morale est un témoignage éloquent qui atteste la divinité; ainsi, mieux la vertu est sentie, mieux la Providence est comprise.

6i DU PERFECTIONNEMENT MORAL.

Il y a plus , et si les vérités morales n*étaient incontestablement reconnues comme évidentes par elles-mêmes , il deviendrait impossibles la raison de démontrer les attributs de l'auteur de toutes choses. Aucune démonstration de ce genre n*a jamais été tentée qu en partant des principes de la morale naturelle , comme d'autant d'axiomes incontestables. S'il n'y avait une différence essentielle entre le bien et le mal , comment la raison se formerait-elle une notion quelconque de l'être souverainement bon ? De quel droit attacheraiton les notions de la justice , de la véracité, de la sagesse, de la bonté , à l'essence divine , si ces attributs n'étaient déjà reconnus comme autant de perfections réelles , s'il n'y avait par conséquent déjà un principe qui en détermine le caractère moral 7 Aucune révélation n'y saurait suppléer : car la certitude de toute révélation dépend , avant tout, de la supposition, que l'être ipfini ne peut mentir , et par conséquent de ce principe moral , que le mensonge est une imperfection et une souillure.

La croyance à un avenir au-delà du tombeau est, sans doute, appuyée sur de puissantes inductions tirées du cours ordinaire de la nature : car rien ne périt dans les élémens qui la composent ; il ne font que changer de force , en passant dans des combinaisons diverses ; or , la raison et l'analyse font également voir que le principe de l'individualité , dans l'être intelligent et sensible , est nécessairement un , et ne peut se dissoudre, puisqu'il est élémentaire. Mais ces inductions, laisseraient encore subsister un voile épais sur les destinées qui composent un au^i important avenir. C'est aux vérités morales qu'il est réservé de lever ce

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