LIV. II. SBGT. III. CHAP. YI
Toîle; d'une part ^ en nous montrant dans le suprême dispensateur un juge plein d équité j et d'une autre part j en nous montrant dans les actions humaines un mérite ou un démérite. Le bien ne saurait être bien , par la raison qu'il est récompensé; le mal, un mal parce qu'il est puni. C'est précisément tout le contraire, ainsi que l'annoncent assez les termes de peine et de récompense. Il faut donc que la vertu soit par elle-même une chose réelle et digne d'un prix élevé, pour qu'on puisse lui appliquer les conséquences tirées de la notion d'une justice infinie et de la notion du juge suprême , associéesà celle du souverain rémunérateur.
Ainsi la vertu est encore un témoin qui dépose de l'immortalité. Et mieux la vertu est sentie, mieux aussi sont comprises les espérances de ce grand avenir. Elle y reconnaît sa propre destinée , le dénouement qui explique sa condition sur la terre, et y satisfait. Le spectateur placé au pied d'un vaste et régulier édifice n'en peut embrasser d'un coup d'œil toutes les parties; mais celles qui s'oifrent à son œil lui font concevoir la pensée de l'architecte ; il complète dans son esprit ce qu'il ne lui est pas encore donné d'apercevoir; il prolonge les lignes , et voit le point où elles doivent se réunir ; il pénètre d'avance dans les profondeurs qui lui Sf)nt encore cachées. Telle est l'induction que la morale nous autorise à former, dans cette étroite portion de l'espace et du temps que nous occupons ici-bas , sur la portion encore invisible de notre destinée. La vertu sur la terre est comme le péristyle d'un grand avenir. Ce que nous voyons en elle de si régulier , de si harmonieusement et si sagement concerté,
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nous fsLit justement pressentir comment la coordination qu'elle institue s accomplit et se consomme. Toute la nature morale se présente comme un grand prélude, comme une magnifique promesse. C'est un rapport dont nous tenons les premiers termes. C'est un triangle dont nous occupons la base , et dont le sommet est encore voilé d*un nuage. Cette progression nouyelle dont l'homme présent et terrestre occupe les premiers degrés, semble se peindre déjà comme une image ou une ébauche au sein de l'humanité même, par l'échelle des supériorités morales : autant l'homme de bien est supérieur au méchant , autant il sent qu'il y a encore quelque chose de bien supérieur à luimême: cette espèee de pressentiment d'un monde meilleur s'accroît en lui arec le perfectionnement qu'il obtient. Quel est celui qui, dans certains momens de sa vie n'en a obtenu une sorte de prescience anticipée ? Faut-il donc laisser toujours tomber nos regards à nos pieds, et ne les porter jamais vers les sommités qui dominent notre faible nature ? J'ai vu une famille assemblée dans un oratoire domestique ; la mère offrait à Dieu ceux auxquels elle donna le jour; le père bénissftit ses enfans ; de jeunes cœurs rendaient grâces au père céleste dont ils comprennent bien la providence tutélaire, accoutumés qu'ils sont à la reconnaître dans les interprètes qu'elle s'est choisis icibas: oh! que la religion est donc belle, puisque par elle le tableau de la famille peut s'embellir encore ! J'ai vu une multitude confuse réunie dans un temple ; toutes les âmes étaient recueillies , tous les esprits confondus dans une même pensée ; le concert des chants annonçait celui des cœurs ; le pauvre, à côté du riche , ,