‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 27 sur 150 · LIT. II. SBGT. III. CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIT. II. SBGT. III. CHAP. VI

sans en être jaloux^ avait oublié ses misères; le riche avait appris sa propre indigence; la fraternité primitive , que semble glacer sur la scène du monde Faspect des distinctions sociales , se réveillait libre et pure ; tous avaient obtenu l'intelligence de leur destinée ; tous s y préparaient dans une commune ovation ; tous s'avançaient d'un pas égal : combien Inhumanité s'est agrandie ! Que d'obscurs mystères se sont éclaircis ! que de dissonances sont apaisées? La terre entière semble s'enorgueillir de la dignité que vient d^acquérir la plus noble des créatures mortelles ;Je système entier de l'univers est expliqué.

Aussi, celui de tous les cultes qui a obtenu^ dans le genre humain , le succès le plus général et le plus durable , le seul qui ait dû uniquement ce succès à la conviction libre et individuelle, qui ait triomphé, par la seule force d'une semblable conviction, de toutes les résistances du préjugé et de la force , est-il précisément celui qui a eu le rare privilège de satisfaire pleinement aux vœux et aux besoins de la morale ; aussi est-ce de ce caractère qui le distingue si éminemment , que ses premiers défenseurs firent sortir leurs plus éloquentes apologies ; ils savaient bien qu'en appelant la vertu en témoignage, elle ne tromperait pas leur attente. Aussi , ses premières conquêtes furent-elles , soit parmi les hommes de bien, parmi les hommes simples qui avaient résisté à la corruption du siècle, soit aussi parmi les sages qui avaient profondément médité sur les lois éternelles de la morale , tels que les Justin, les Théophile, les Athénagore, les Panthène, les Clément d'Alexandrie! Magnifique hommage rendu

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au christianistne, qui*il ait pu faire déserter lecole même de Platon ( i )!

Dans le système général des êtres j tout procède par une gradation continue, comme tout tend à une extrême simplicité , quelle que soit l'admirable complication des moyens; c'est une pyramide immense dont la régularité se découvre d autant mieux qu'on en étudie davantage les détails. Au degré inférieur de l'échelle gisent les substances inanimées, inorganiques; successivement l'organisation se produit, se déploie; bientôt elle reçoit le souf&e de la vie; le sentiment n'est encore qu'une sensation , l'action qu'une simple mobilité. Avec la morale et l'intelligence, commence une région nouvelle, qui couronne les précédentes: c'est l'atmosphère dans laquelle entre l'homme; mais elle commence seulement à lui. L'échelle demeurerait-elle subitement interrompue? la progression s'arréteraitelle précisément au point où notre vue vient à défaillir? ce qu'il y a de prééminent dans l'ensemble du système serait-il exclu de la loi commune ? le dessein resterat-il avorté , là où il acquerrait plus d'importance ? Ah ! il eût été bien mieux de le laisser incomplet dans les espèces inférieures ! La nature eût pu se passer de quelques insectes, de quelques reptiles : elle ne peut se passer des degrés supérieurs dans l'ordre de l'intelligence et de la bonté.

Oui, l'homme est aussi un anneau intermédiaire dans la chaîne des êtres. S'il voit ce qui est à ses pieds ,

(1) Tous les pères de TÉglise se sont accordés à présenter les vérités de la morale naturelle comme les prolégomènes dn Chris* tianisme , et à chercher les prenves les plus éclatantes du Christianisme dans sa conformité avec la plus pure morale naturelle.

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