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il pas le corrompre? Ce n*est plus le culte de la Divî- BÎté; c'est le produit adultère de nos propres vices; c'est la profanation j et rien ne prouve mieux combien la pureté du cœur et Tinnooence de la vie sont une pré« paration naturelle aux véritables sentimens religieux. Cherchons des faits plus propres à nous instruire des vœux de l'humanité. L'expérience, que je consulte, et sur laquelle je me repose, est celle de rhamme de bien. Le sentiment religieux ne sera, en quelque sorte , en lui , que la continuation et la suite de ceux qui remplissaient dqà son âme, et qui prennent un plus vaste cours. Il sera religieux, car il a mérité de l'être. Tout ce qu'il y a en lui, de pur, de louable et de génércjux, sera satis*fait. Il avait soif de la justice, et les torrens d'une justice éternelle, inânie, universelle, couleront devant lui, et toutes les injustices de la terre seront réparées. Il se complaisait dans le mouvement de la reconnaissance , il aura découvert l'auteur de tous biens. Un idéal errait dans sa pensée, il le trouvera réalisé. U mettait son bonheur dans le dévouement, il pourra consacrer toutes les faculjtés de son être à un amour sans bornes, et , du bien qu'il fera aux autres hommes, faire encore un tribut offert à Dieu lui-même. Par cela seul qu'il pratique le bien , l'homme vertueux est donc déjà le néophyte de la religion : il la désire, il l'appelle, il se prépare à la comprendre, il lui dispose un temple en lui-même, et quel temple plus digne d'elle que le cœur de l'homme de bien ? U ne faussera point son enseignement, il ne dénaturera pas son auguste caractère, il ne l'altérera pas par le mélange des passions impures. La religion ne sera point, pour lui, un instrument, mais un but. Il la professera, non pour la montrer, mais
pour en jouir; il en jouira , non comme d*une vaine allégorie qui amuse son imagination , mais conune d'une yërité profonde qui remplit son cœur; non comme dun privilège qui flatte sa vanité , mais comme d'un patrimoine de rhumanité entière; non comme d'une distinction qui risole, mais comme dune alliance qui Tunit plus étroitement avec ses frères. Il n j cherchera pas le droit de condamner autrui, mais le devoir de se juger plus sévèrement ; il n'y cherchera pas un moyen de se rassurer dans ses écarts, de se dispenser des obligations actives, mais une lumière qui le garantisse des erreurs^ une force pour triompher des obstacles, un encourage^ ment pour mieux faire. Il entrera', en nn mot, dans le véritable esprit de la religion, parce* qu'il aura été inspiré par la droiture de son cœur (i).
Le perfectionnement intellectuel contribue aussi , pour sa part, au développement du véritable esprit religieux. Car il ne faut pas oublier que le perfectionnement intellectuel dépend bien moins de l'étendue des lumières que de cette harmonie des facultés, qui est comme la santé de l'entendement : or, les vérités reli-
(1) Lorsqu'on entreprend de traiter le sujet le plus relevé qui paisse sloffrir à la pensée humaine , on s'impose de contenir en soi les •émotions qu'il est propre à faire naître ; on craindrait de ne les exprimer que d'une manière trop imparfaite j on tremble de ne pouvoir trouver un langage qui corresponde à de telles vues , et cette réserve est d'autant plus impérieuse qu'on a de plus justes motifs de se défier de soi-même. Mais les âmes élevées vous comprenhent; elles achèvent ce qu*on n'était pas capable de bien dire ; il suffit , si on leur a pu rappeler da moins ce qu'elles savent bien mieux sentir , et si on a mérité d'invoqaer leur témoignage. . , ,
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gieuses s'offrent naturellement à un bon esprit^ comme un bon esprit est nécessaire pour les bien comprendre. La Providence a voulu que les fondemens sur lesquels ces vérités s'appuient , fussent placés dans le domaine du bon sens (i); et il en devait être ainsi , puisque ces vérités étaient le patrimoine de tous les hommes. Ces inductions du sens commun s enrichissent et se fortifient ensuite de tout ce qu'apporte une sage érudition; comme elles peuvent s'évanouir , même avec l'accroissement de l'érudition , si l'esprit contracte des habitudes vicieuses; elles partagent cette destinée j ces dangers , avec toutes les vérités morales, avec toutes les vérités philosophiques. Par l'influence salutaire qu'elles exercent sur le perfectionnement intellectuel ^ la sagesse et la vertu viennent donc encore porter un nouveau tribut à l'auguste bienfaitrice de l'humanité*
Quels sont ces observateurs superficiels qui viennent nous présenter la philosophie comme en état d'hostilité avec les doctrines religieuses ? Où a-t-on pris une supposition si évidemment démentie par la nature des choses? Suffit-il que quelques écrivains aient, au nom de la pliilosophie, attaqué quelques-unes de ces doctrines? N'y a-t-il donc eu aucun écrivain qui y au nom de la religion y, ait tenté de justifier la superstition ou le fanatisme? Laissons ces locutions d'un jour; conservons le langage de l'histoire ! Voyez dans tous les pays et dans
(1) C'est ce que l'auteur espère avoir démontré , dans un Traité sur l'existence de Dieu, qu'il se propose de mettre au jour, et qui a précisément pour objet d'établir que la philosophie , ici , comme en beaucoup d'autres choses , ne fait qu'apporter une sanction plus éclairée et plus complète aux premiers enseîgnemens du bons sens.
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tous les ^èdesyce concert des véritables' sages, proclamant, par un témoignage unanime, l'accord de la religion et de la morale , comme une yérhé fondamentale pour la raison, comme la plus belle et la plus utile prérogative de la nature humaine ! Voilà pour les intérêts des idées religieuses, de meilleurs auxiliaires que les apologistes de Fignorance!
Les causes qui, en rendant l'homme infidèle au véritable esprit de la religion , corrompent en lui les fruits précieux qull en devait attendre, et les causes qui éloignent rhomme de la religion , en lempéchant de s'élever jusqu'à elle, ont entre elles une étroite analogie. Aussi remarque-t-on que Thomme passe souvent , tourà-tour, de Tun de ces de^x états à l'autre', et que souvent aussi , chez des individus différens , le seul spectacle de l'un des deux contribue à précipiter dans l'autre.
Lorsque les idées religieuses se dénaturent, il ne faut pas s'en prendre uniquement à la débilité de l'esprit humain , aux bornes étroites dans lesquelles il est captif. Trop souvent, sans doute, au lieu de s'élever à ces notions majestueuses, il s'efforce de les rabaisser à lui; il en altère la pureté, en y portant le mélange des produits fantastiques et grossiers de l'imagination et des sens ; i) les mutile pour les asservir à ses propres habitudes; il les voile, en partie, des nuages de son ignorance.
Mais il est rare que les passions ne soient pas complices de cette profanation ; ce seront peut-être des passions secrètes ; mais le ravage exercé par elles n'en sera que plus assuré. L'égoïsme portera dans les per^ectives religieuses ses vues toujours intéressées et vénales j il