‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 31 sur 150 · LIV. II. SBCT. III. GHAP. YI · texte numérisé non relu

LIV. II. SBCT. III. GHAP. YI

cherchera dans les pratiques religfieuses un moyen prompt 9 direct et puissant pour satisfaire aux intérêts temporels ) aux appétits de la sensualité ellennéme. L'orgueil s'emparera des dehors de la religion , pour s'autoriser dans ses prétentions individuelles, pour se confirmer dans son dédain pour les autres hommes. L'envie s'assodant à Forgueil pour enfanter l'esprit de secte, cherchera dans les doctrines religieuses une arme pour des combats déplorables, et s'exercera ainsi dans ses haines et ses vengeances. Si la faiblesse de la raison fléchit quelquefois en présence de ces considérations sublimes, la faiblesse de caractère n'exposera pas moins à les fausser; elle n'y trouvera qu*une source de terreur et d'effroi ; elle ne recueillera que rabattement , peutêtre que le désespoir, de ce noble commerce dans lequel rhomme devait trouver une nouvelle vie et un redoublement de forces.

Quatre causes diverses et principales conduisent ordinairement à l'irréligion.

La première est sans doute le scepticisme de l'esprit; mais le scepticisme , en tant qu'il est un système raisonné, est beaucoup plus rare qu'on ne pense; le doute absolu ne saurait même se constituer en doctrine , sans tomber dans une contradiction évidente ; la plupart du temps, le scepticisme est plutôt une maladie de l'esprit qu'un vrai système, quoiqu'il en prenne la forme et le langage. C'est l'infirmité d'une intelligence qui a plus de pénétration que d'étendue, plus de subtilité que de justesse , plus de netteté que de vigueur ; qui, s'arrêtant aux détails sans saisir les ensembles ^ succombe sous chaque objection, sans concevoir la portée des preuves.

La cause la plus fréquente et la plus générale, peut-

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être y de l'irréligion , est rindifïerence y suite de la légèreté y mais qui résulte surtout aussi de Taveugle préoccupation par laquelle les intérêts matériels captivent Vhomme languissant encore dans la puérilité morale ; c'est l'irréflexion de cet être distrait qui n'a ni interrogé sa destinée y ni consulté sa conscience; c'est Passou* pissemélnt d'un cœur qui na point ^encore éprouvé le besoin des grandes et généreuses affections; c'est la. suite de l'asservissement aux jouissances sensuelles, et la morne insouciance qui accompagne toute servitude.

Quelques homiùes mélancoliques n'abandonnen t point les idées religieuses par l'effet d'un éloignement qui les fasse repousser, mais par un découragement qui empêche de les saisir ; ils s'affligent même de cette grande privation j comme d'un jeûne pour la raison et pour le cœur; ils s'en affligent pour l'humanité^ comme pour eux-mêmes. Mais ils ne savent voir les objets qu'au travers d'un crêpe; leur imagination , leur peignant sans cesse la nature sous les couleurs les plus sombres^ semble avoir en quelque sorte besoin de leur faire aussi porter le deuil même de leur auteur. Les désordres moraux, les désordres physiques, semblent seuls se montrer à eux ; il$ s'y perdent comme dans un labyrinthe; ils désespèrent de l'avenir, ils désespèrent de toutes destinées; ils ne supposent dans l'inconnu que des puissances malfaisantes. Ces ^stes dispositions s'accroissent encore chez ceux qui ont été victimes du caprice du sort et de l'injustice des hommes ; mais elles se développent surtout chez ceux qui éprouvent un malaise intérieur, et qui sont mécontens d'eux-mêmes.

Si la religion est quelquefois directement , ouvertement repoussée, s'il se trouve des hommes qui se dés-

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