‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 36 sur 150 · LIV. III. SECT. I. CHÀP. I · texte numérisé non relu

LIV. III. SECT. I. CHÀP. I

res. Le poison de la susceptibilité trouve en elle son plus efficace antidote. Elle captive sans effort, parce quon ne lui voit point le dessein de captiver; elle attire sur tout à elle les âmes tendres et délicates. Sa sévérité même peut être plus austère, parce que le principe n'en est pas suspect; elle se livre d ailleurs elle-même, elle se soumet sans détours aux jugemens, parce qu'elle se laisse bien connaître, parce qu'elle ne fuit point les investigations, ne recherche point les suffîrages^ elle confesse tout , même ses propres défauts, ou plutôt les laisse voir.

On n'agit jamais qu'avec gêne et avec contrainte , quand on agit sous les yeux des autres hommes , si l'on est préoccupé de leur présence et de l'idée qu'on en est aperçu. Dès qu'on a consenti a subir le joug de l'opinion, tout est faussé; il n'est plus permis de penser ou d'agir d'après soi ; les choses perdent leur valeur réelle et propre pour recevoir un prix de pure convention ; il faut multiplier les précautions, prévoir une foule de conséquences , satisfaire aux préjugés les plus contraires; on ne sait à qui entendre; on craint sans cesse de se trahir; on est dans un état d'observation continuelle; on porte de toutes parts des regards inquiets; on marche sur des charbons ardens; on conçoit mille prétentions qu'on ne peut soutenir; en même temps, on ne sait plus faire valoir les avantages qu^on possédait ^ soi-même, on ne s'estime plus d'après son mérite , mais d'après son habileté ; on ne cherche plus le résultat, mais le succès; et ce succès, apparent, incertain, dépend du juge le plus exigeant et le plus frivole ; ambitionnant le succès , on veut paraître encore y être indifférent; cette ambition reflue

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