LIT. III. SECT. I. GHAP. I
quoi, après tout, nous agiter à ce point? Que cherchons-nous, et que nous reviendra-t-il de tant de sueurs? Quelle est cette torture que nous nous imposons, sans fruit pour nous-mêmes ? Que ne nous permettons-nous de respirer? Les biens que nous poursuivons sont plus près de notre âme que nous ne le pensons; ils s'offriraient à elle, si elle consentait seulement à être plus calme.
Ne nous y trompons pas; si nous mettons tant d'intérêt a trouver des appuis au-dehors , c'est que nous sentons notre propre faiblesse; nous courons au-devant du joug , pour nous dispenser d'avoir une volonté, et par conséquent , de foire un effort. Sojrons simples , et nous oserons davantage ; nous compterons moins sur des secours étrangers ; nous aurons moins de difficultés à vaincre; nous jugerons mieux nos forces; nous les déploierons avec plus de calme.
Le monde s imagine qu'il y a , dans la simplicité, un défaut de perspicacité ; il se rit de l'ignorance qu'il suppose en elle. Oui , il y a en elle une ignorance , mais une heureuse ignorance, celle des choses oiseuses. D'ailleurs, elle abonde en vraies lumières , celles qui jaillissent de la faculté de se bien connaître. S'il est une foule de détails qu'elle ne comprend pas, quelle intelligence rapide et ^ûre elle a de tout ce qui est noble, généreux et grand !
Il arrive quelquefois aux personnes vertueuses ellesmêmes, de manquer de simplicité, jusque dans la pratique de la vertu. Elles se laissent préoccuper par des vues trop subtiles ; elles se livrent à des investigations trop inquiètes; elles se chargent, à la fois, de trop d'observances de détail; elles s'obsèdent ellesmêmes par une rigueur trop exigeante, par une sur-
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veillance minutieuse et tyranique. Elles s'imposent des chaînes inutiles , des devoirs gratuits et stériles. Elles se soupçonnent injustement, elles élèvent des doutes, elles imaginent des interprétations sur leurs intentions les plus louables, elles conçoivent une défiance excessive contre elles-mêmes. Ainsi , le travail de lamélioration se complique pour elles d*une manière inutile, et par là même fâcheuse ; la voie du bien s*embarrasse ; elles ne peuvent plus y courir en liberté. D'autres fois , elles dédaignent trop les vertus familières ; elles sont tourmentées du besoin des choses extraordinaires ; elles ne savent pas comprendre que la peifection ne saurait dépendre du bonheur des circonstances, ni de la grandeur du théâtre.
Ici une grande considération vient nous frapper : ce qui relève encore le prix de la simplicité, c'est que, en même temps qu'elle est une des conditions essentielles et fondamentales de notre éducation morale , elle est aussi une condition accessible au plus grand nombre des hommes, et précisément aux classes les moins favorisées ; les situations les plus obscures sont redevablés de cet avantage à leur obscurité même.
La simplicité des goûts est au bonheur ce que la simplicité dû cœur est à la vertu. L'une et lautre tirent la richesse, de l'économie; elles se prêtent aussi une faveur mutuelle.
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