DE L EXERCICE ET DES HABITUDES
Toute éducation n'est qu'une succession d'exercices bien conçus et sagement gradues.
Il [est dans la nature de nos facultés , de se développer en s*exerçant, pourvu toutefois que cet exercice soit progressif, et qu'il n'excède jamais la juste mesure que permet l'état actuel de nos forces.
Les habitudes sont les nouvelles manières d'être les dispositions acquises qui résultent, en nous, d'un exercice ou d'une inaction plus ou moins prolongés.
Ainsi l'éducation a pour objet de nous faire acquérir, avec de bonnes habitudes, des capacités plus étendues.
Mais on peut se méprendre gravement sur la nature des exercices utiles, sur le caractère des habitudes et sur les effets qu'elles peuvent produire.
La répétition continue ou fréquente agit par une influence non -seulement diverse, mais contraire, sur nos organes matériels, sur nos facultés actives, sur notre sensibilité extérieure et sur les affections morales.
Faute d'avoir bien su distinguer ces choses, on a commis de grandes erreurs, dans l'éducation pédagogique; on pourrait, par la même cause, en commettre
yo DU pbrfectiounement moral.
de bien graves aussi y dans le travail de sa propre amé-^ lioration morale.
C'est ici qu'on apprend à connaître combien l'homme dépend de ses organes; mais aussi quel pouvoir il a de les dominer.
Les phénomènes aussi nombreux qui résultent de l'exercice répété , et qui, transformant l'état primitif de l'homme y lui composent une nouvelle nature, peuvent être rangés sous quelques lois principales.
La sensation reçue perd graduellement de son intensité par la répétition; elle finit par échapper presque à l'attention : l'agrément ou le déplaisir qui y étaient attachés décroissent en même temps.
Chose singulière ! )a sensation qui cesse d'être agréable, celle même qui était indifférente ^ deviennent, en quelque sorte, nécessaires par la répétition habituelle. On n'en jouit plus; mais on ne peut plus s*en passer. Ainsi naissent les besoins artificiels : les voluptés, en s'ttsant , se convertissent en autant de chaînes.
L'action oi^anique devient beaucoup plus facile ^ en se répétant : elle devient par là plus prompte. Elle devient si facile, qu'elle s'exécute, en quelque sorte, d'elle-même, et sans que la réflexion y prenne part. On connaît les prodigieux phénomènes de l'habitude acquise par un semblable exercice ; on en voit des exemples familiers et sensibles dans les jeux d'adresse ,* dans les diverses professions mécaniques.
Les nouvemens extérieurs, ainsi convertis en habitude par une répétition fréquente, ne se bornent plus à obéir rapidement au signal de notre volonté; ils la préviennent; ils se reproduisent même contre son gré, dès que les circonstances de lieu, de temps ou autres^