‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 40 sur 150 · LIV. m, S£CT. I, CHÀP. II · texte numérisé non relu

LIV. m, S£CT. I, CHÀP. II

auxquelles ils se sont liés , viennent à reparaître. Ils deviennent automatiques; ils se confondent avec ceux qui appartiennent aux fonctions vitales. Tout mouvement contraire devient impossible. Ces habitudes deviennent donc aussi une résistance, un obstacle à Texécudon de certaines déterminations volontaires.

L'imagination , en tant qu elle est une faculté passive , reçoit de la répétition fréquente les mêmes effets que la sensation. L'habitude ternit Téclat des tableaux, en efGnce graduellement les couleurs.

L'imagination , en tant qu elle est une feioulté active, reçoit, par un exercice fréquent, un degré toujours croissant d'énergie : elle forme des combinaisons plus rapides et plus étendues , s'empare mieux de tous les rapports harmoniques qui servent à les instituer.

Le grand phénomène de Tassocialion des idées n*est qu'une habitude contractée par l'exercice , et qui gouverne la mémoire. En assemblant les idées suivant l'ordre fortuit de la succession ou de k simultanéité, elle voile les relations d'analogie qui sont entre elles.

L'attention , le jugement qui n'est lui-même , à quelques égards, qu'une attention étendue, ces deux facultés , éminemment libres etspontanées , prennent un essor toujours plus indépendant, à mesure que les actes en sont répétés av^c la liberté et la spontanéité qu'ils exigenL

L'attention et le jugement discernent mieux l^s dé* tails des impressions et des images qui , par ieé fréquentes répétitions, ont perdu une partie de leur vivacité.

A mesure que l'association des idées prend plus 4e force, l'attention et le jugement deviennent graduetle-

ment impuissans et inhabiles à séparer et à distinguer les anneaux de la chaîne que cette association compose. Alors la chaîne se déroulant d*elle-méme , l'habitude tient lieu du jugement , et lui commande ; tout accès est fermé aux analyses de la réflexion. On croit sans voir, on croit en dépit de soi-même.

La part qui , dans nos affections j dépend des impressions reçues et de la vivacité des images , est'soumise à Taifaiblissement progressif que Thabitude fait éprouver aux unes et aux autres*

Certaines affections , en cessant , par leffet de Thabi- «vde, d*étre des jouissances , deviennent des besoins; les besoins , à leur tour , deviennent toujours plus impérieux.

La personnalité y à mesure qu'ieUe s'occupe de se satisfaire , devient toujours plus exigeante , plus exclure, plus susceptible, plus inquiète; elle voit augmenter le nombre et la force de ses nécessités , sans voir étendre la sphère <le son bien-être. Elle incorpore, en quelque sorte , à elle-mén>e , les moyens qu elle avait «mployés à ses intérêts ; elle se personnifie tell^nent en eux y qu*elle ira jusqu'à les préférer quelquefois à ces intérêts directs eux-mêmes.

La générosité y au contraire, en s'exerçant, devient plus expansive et plus libre; elle se dégage de toutes les sujétions artificielles. Le calme croît pour die avec l'activité même, el la continuité, qui ternit tout, rend son bonheur plus complet encore.

La pratique des devoirs, se convertissant en habitude , soulage tout ensemble la réflexion et la volonté.

Les devoirs qui prescrivent la répétition exacte et

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constante d'actes uniformes ^ reçoivent, dans la pratique , une nouTelle confirmation de i*habitude; il en est tout le contraire de ceux qui prescrivent des actions variées et nouvelles.

Par une méditation assidue , le sentiment du bien , sentiment éminemment libre et spontané , acquiert une én^gie toujours croissante»

Par une suite d'efforts continués et progressifs, l'âme devient toujours plus capable de se commander à ellemême y soit qu'il faille agir ou se contenir , résister ou vaincre.

DaBs ce petit ncMnbre de lois est renfermée toute l'histoire des passions et celle des opérations de l'esprit humain.

On y voit l'origine delà distinction entre les passions arides et les passions ardentes : les premières, comme l'avarice , naissent d'une habitude mécanique qui étouffe toute sensibilité ; les secondes, comme l'amour et la. colère, d'un essor de l'activité qui rend la sensibilité plu».énei|pu]ue. On voit pourquoi les secondes ne persévèrent qu'autant que leurs objets se présentent entourés de circonstances nouvelles qui semblent les renouveler elles-mêmes , et pourquoi , lorsque cesi circonstances leur manquent , les passions ardentes se transforment en passions fixes et -arides.

On y découvre tout ensemble et l'origine des préjugés et la source des découvertes : les premiers naissent des aveugles routines dans lesquelles l'esprit se trouve engagé par les habitudes mécaniques; les secondes, de l'essor indépendant de la raison déployant graduellement son activité.

On y peu|; admirer les bienfaits de la morale, cette

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source inépuisable de lumières el; d'actÎTite, qui ré-^ jouit l'âme en 1 affranchissant , qui la rajeunit incessamment et la met en pleine possession d'elle-même.

On y aperçoit enfin la différence essentielle des deux espèces d éducation : Tune qui, se fondant uniquement sur la répétition extérieure des mêmes procédés , peut donner Thabileté de la routine et l'instruction de la mémoire , mais rend incapable d'inventer ou de perfectionner ^ paralyse les combinaisons de l'imagination et l'indépendance du jugement; l'autre qui, au contraire, remontant aux motifs et aux principes, enseigne à mieux faire, en se rendant compte de ce qu'on a fait-^ et à mieux penser, en se rendant compte de ce qu'on sait : l'une qui n'est que la tradition du pédantisme , l'autre qui est l'art de la sagesse ; l'une, qui construit des automates, dresse aussi les animaux; l'autre qui élèye, anime, éclaire et forme des hommes.

En effet, en réfléchissant sur \eê j^nomènes qui yiesment d'être indiqués, on remarque qu'il y a pour l'homme deux sortes d'exercices, et deux sortes de dispositions acquises.

Il y a un exercice mécaniqve qui consiste à répéter les mêmes actes, d'après le mod^e qui en est tracé, sans recourir aux mùûfs qui les ont {nrôntrvement déterminés.

Il y a un exercice réfléchi qui consiste au contraire à se nourrir de ces motifs eux-^nêmes.

Il y a donc des habitudes passives qui ne sont autre diose que la faculté acquise de reproduire les mêmes actes, même en l'absence du modèle , sans avmv besoin de voir ni de sentir.

Il y a des capacités actives qu'on ne peut appeler

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