TOME n
6 DU PERFlBCTlONNBMENT MOEÀL.
ractère incomplet, dont les éléntens ne sont point en accord soit entre eux , soit ayec les conditions dans lesquelles Findividu se trouve placé. L'originalité s'allie très-bien à un caractère complet, puisqu'elle consiste à puiser en soi-même les motifs de sa conduite et les élémens de ses opinons ; mais elle dégénère en bizarrerie , si Ton ne sait pas soutenir le caractère qu'on a youlu se donner, ou si, prétendant se gouYei*ner soi*méme^ on se gouyerne non par la raison , mais par le caprice.
Nous avons ordinairement, di^on, les dé&uts de nos qualités. C'est que nous ne savons pas convertir , comme nous le devrions, nos qualités en vertus. Nous leur laissons suivre le cours qu'elles ont reçu des seules dispositions naturelles , sans les soumettre, à une culture raisonnée, sans leur assigner leurs rè^s et leurs limites, nous applaudissant de ce qu'elles ont d'heureux dans leur principe, nous excusant facilement sur leurs écarts. Les qualités dont nous devrions être fiers , sont celles que nous devons moins à la nature qu'à nos propres efforts.
Les grandes passions dérobent toujours en nous quelque chose à nos qualités les plus estimables ; elles les exagèrent et les faussent pour les rendre leurs complices; elles en deviennent dès-lors f^us violenta , plus inflexibles; elles tirent vanité de cette usurpation. C'est que 9 faute d'avoir su conserver le gouvernement de nous-mêmes, faute d'avoir dirigé la culture de nos facultés, vers le terme commun que la loi du meilleur leur assignait , nous avons négligé d'entretenir, entre les qualités diverses , ce juste équilibre qui devait retenir chacune dans sa sphère, et nous les avons abandonnées à elles-mêmes. Ainsi , les unes s'exaltent, d'autres
LIT. II. SBCT. III. CHÀP. I. jr
sVpuis^at, d autres restent dans uii état iélhai^ue , et Ton ne trouve plus en soi que des forces rebelles , quand on veut prendre la conduite de soi-même. Beaucoup d'hommes paraissent faux^ parce qu'ils nous trompent et ne remplissent pas notre attente; et cè^ pendant ils ne sont qu'inconséquens , infidèles à euxmêmes; ils sont y en quelque sorte , mi-partis ^ livrés moilié à un principe de personnalité , moitié à un principe de dévouement, et ils obéissent tour à tour à chacun d'eux.
Ce qui forme quelquefois les caractères incomplets , c'est une borne intérieure et cachée, à laquelle vient s'arrêter, ou l'énergie de la volonté, ou le coqrs des sentimens ; en sorte que l'on né peut achever ce qu'on a entrepris, tenir ce qu'on a promis. Si Ton observe bien, on reconnaîtra que cette borne est ordinairement un obstacle élevé en secret par la personnalité , daiîs le dessein de mettre en sûreté quelques-uns de ses intérêts. Que faut-il pour faire disparaître cette borne ? U faut ramener le caractère à l'unité; il faut donc un principe général de conduite , et la force d*y être fidèle : or, c'est précisément ce que dotine l'alliance de l'amour du bien et de l'empire de soi. Un attachement sincère et profond à la vertu fait disparaître toutes les dissonances de la vie. La vertu a par elle-même une condition de généralité, de constance; et, mieux elle est sentie, comprise, plus cette condition se manifeste. Elle forme un système entier et sans lacune qui embrasse toutes les affections de l'âme, toutes les résolution de la vie. Elle n'admet point de distinction et de partage dans l'application de ses vérités fondamentales. La morale est une dans son esprit, quoique variée dans