LIV. m, SBCT. I. CHAP. II. Q
qu'improprement des habitudes , et qui sont la feculte de sentir plus vivement comme de mieux voir.
Ces deux ordres de dispositions acquises paraissent directement contraires ^ et , au premier coup d'œil j on les jugerait incompatibles entre eux : Tun restreint ^ lautre ëtend ; Tun impose des chaînes j lautre procure la liberté; Tun prévient la réflexion et la volonté, lautre leur donne un plus grand essor; et , ce qu'il 7 a de bien remarquable, de ces deux modes d exercice, Tun a principalement son siégé dans nos organes extérieurs, Tautre dans le foyer même de Tàme : de ces deux ordres de dispositions acquises, l'un est principalement soumis aux conditions de notre tempérament, Fautre ressort essentiellement de nos facultés intellectuelles et morales. C'est ainsi que l'àme et ses organes, quoique étroitement unis, dépendent de deux systèmes de lois évidemment différentes.
Toutefois, ces deux ordres de dispositions acquises peuvent, si leurs rapports naturels ne sont pas intervertis, se prêter un mutuel secours; ils sont même néces* saires l'un à l'autre.
Le premier est essentiellement conservateur; le second essentiellement conquérant.
L'étude confie au premier genre d'habitudes les résultats des connaissances acquises , pour les y retrouver au besoin, dans l'occasion; de cette manière, elle n'a plus besoin d'avoir sans cesse présente La série des observations ou des raisonnémens qui conduit à ces connaissances. De même aussi , la vertu confie à ce premier ordre d'habitudes les bonnes qualités acquises , pour les employer dans la circonstance ; elle n'a plus besoin d'avoir sans cesse présentes les considérations qui ont servi
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à fonder le devoir dont ces qualités sont une expression vivante.
Mais y pour l'étude et pour la vertu , l'avantage de ce secours consiste précisément en ce que Pune et l'autre , soulagées 9 delà sorte, du poids de leurs richesses, pendant qu'elles en conservent cependant l'usage, deviennent libres d'appliquer leur activité à des acquisitions nouvelles.
Là est tout l'art du perfectionnement; car c'est à laide de ces lois admirables que l'homme, quoique si limité par sa condition, devient capable de s'élever et de s'étendre par une progression non interrompue , et que même, plus il obtient, plus il devient capable de produire encore.
Là aussi est une preuve manifeste de la destination naturelle de l'homme au perfectionnement; car ces deux dispositions , évidemment instituées Tune pour l'autre, sont combinées entre elles pour que l'homme puisse s'enrichir sans cesse; Tune se chargeant de recevoir en dépôt ce que l'autre recueille , approvisionne.
Cependant, toute cette belle et sage économie sera détruite si l'on tombe dans l'une des deux erreurs suivantes : si l'exercice purement mécanique usurpe les fonctions qui, dans l'éducation morale, appartiennent à l'exercice réfléchi , ou si , satisfait d'avoir acquis d'heureuses habitudes , on néglige de les raviver sans cesse par le développement des capacités actives.
Et d'abord , toute l'utilité des habitudes est évidemment subordonnée à la valeur primitive du dépôt dontla conservation leur a été confiée. L'habitude contractée d'après le seul exercice mécanique , étant aveugle de sa nature , peut s'emparer indifféremment du mal comme