LIV. III« 8BGT. I. GHAP. III* lit
vent que la sensibilité tarit ou prend une fausse voie chez ceux que quelques circonstances ont privés du bonheur de pouvoir goûter ces relations naturelles.
En général y on ne conserve cette précieuse faculté du cœur, qu'autant qu*oi demeure dans le vrai, qu'on se garantit de tout ce qui est exagéré, affecté, factice. Le spectateur superficiel peut donc y être facilement trompé. On s'y trompe à l'égard de soi-même : on a souvent beaucoup plus de sensibilité réelle qu'on ne parait , qu'on ne croit en avoir , parce que celle qu'on a ^ suit son cours régulier et ne se produit par aucune explosion extraordinaire et désordonnée; comme aussi il est des gens qui se lamentent sur l'excès de leur propre sensibilité, et qui , peut-être , devraient s'affliger de ne pas encore savoir véritablement aimer*
De là vient , sans doute , la secrète sympathie que la sensibilité éprouve pour ce commerce intime avec la nature , qui s'alimente par la contemplation des œuvres de la création* La nature, d'ailleurs, a su se composer, de toutes ces productions variées dont elle a peuplé notre séjour, une sorte de langage éloquent, bien que muet , pour s'adresser à nos affections , les éveiller , les entretenir* Elle a ingénieusement trouvé dans mille nuances des couleurs , dans mille parfums , dans mille formes , dans les mouvemens qui paraissent spontanés , dans la combinaison de ces divers effets ou dans l'art de les faire succéder les uns aux autres , autant d'expressions par lesquelles elle semble compatir à nos peines, sourire à nos joies, nous inviter à l'attendrissement , à la confiance , et ces expressions sont si fidèles , que nous les lui empruntons à notre tour, pour suppléer à la stérilité de nos propres idiomes. On dirait
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une vaste scène sur laquelle est représenté , par une sorte de pantomime admirable j le grand drame des affections du cœur humain ; ici , la douleur semble soupirer; là, Tespérance semble luire; ici, la générosité semble s'épancher; là, la délicatesse semble se voiler aux regards; ici, des attractions réciproques qui se répondent, comme par une sorte de sympathie; là des tributs offerts comme par une sorte de culte ; tout à l'entour, ce recueillement, ce silence, sauvegarde des sentimens purs ; partout , cette vérité, cette ingénuité , qui seules donnent au sentiment sa sincérité et sa candeur* Aussi, le C(£ur aimant et tendre, qui fut douloureusement trompé dans le conunerce des hommes , peut-il venir en sûreté dans ce refuge qui lui est ouvert, et y trouver un ami fidèle qui lentendra du moins; aussi, les âmes unies par une affection céleste pourront-elles entrer dans ce sanctuaire , et y trouver un témoin qui semblera applaudir à leurs transports ! De plus, et ceci mérite d*étre particulièrement remarqué, il y a dans la contemplation delà nature, quelque chose qui, en développant la sensibilité, la fait servir à sa destination essentielle, c'est-à-dire , à notre éducation morale , en la dirigeant vers les pensées de la vertu : ce sont ces images d'un ordre par&it, quoique caché , qui se reproduisent dans l'ensemble et dans les moindres détails, tantôt avec une majesté imposante , tantôt avec une grâce enchanteresse; c'est ce spectacle d'un empire régi par des lois sages et puissantes , où tout obéit sans effort , et , en obéissant , concourt à l'harmonie et au bien ; c'est ce contraste de la mobilité et de la fixité , de l'agitation et du repos , de la naissance, de la destruction et delà renaissance, de