‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 49 sur 150 · LIV. III. SECT. I. CHAP. III. Il · texte numérisé non relu

LIV. III. SECT. I. CHAP. III. Il

rinfiniment petit et de VinSpiment grand, qui parait si bien peindre les secrets de notre destinée; ce sont tous ces témoignages éclatans de la sagesse immense qui préside au système universel des êtres ; c'est enfin cette paix si favorable aux méditations du cœur, cette simplicité auguste et sublime qui réduit au néant Pétalage des vanités humaines.

Les traitemens que nous faisons subir aux animaux sontrils sans influence sur les habitudes de notre caractère ? Cette question excite depuis quelque temps et niérite en effet une attention sérieuse. L*absurde hypothèse des cartésiens ne peut se soutenir en présence de tant de signes manifestes qui annoncent , dans ces êtres inconnus que nous appelons lès animaux , séparés de nous par une épaisse barrière, mais doués d oi^anes semblables aux nôtres, un principe de sensibilité et un Gommencanent d'intelligence. Or, il est impossible qu'un homme s*accoutume à voir souffrir des êtres sensibles , quoique revêtus d'une forme différente, sans devenir moins compatissant pour les souffrances de ses semblables; ce danger deviendra bien plus grave, s'il s'accoutume à les faire souffrir , s'il va jusqu'à se complaire en quelque sorte dans leurs souffrances. Car le principe de la sympathie en sera nécessairement altéré, et si la sympathie n'est pas encore la sensibilité du cœur dans toute sa pureté elle en est du moins le prélude et l'auxiliaire. Eh quoi ! peut-on consentir à créer gratuitement la douleur sur la terre? Que nous ont-ils fait, ces êtres infortunés sur lesquels nous exerçons cette cruelle puissance? Ceux que nous tourmentons davantage ne sont-ils pas quelquefois ceux-là même qui nous prêtaient avec docilité ^ avec une sorte d'empres-

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sèment I leurs utiles senrices, qui semblaient peut-être même s'associa à nos plaisirs, et rechercher arec nous les rapports d'une singulière affection? Le mystère qui couvre pour nous leur existence, ne nous commandet-il pas une sorte de réserve ou , du moins , de timidité? L'homme est leur roi, ou prétend Têtre; lui est-il permis d'être leur bourreau? Toutefois, qu'on y prenne garde aussi : il y a une exagération contraire à éviter ; si la cruauté envers les animaux peut endurcir le cœur, il y a souvent, dans les impressions que fait naître la vue de leurs souffrances, plus de cette sensibilité organique qu excitent les signes de la douleur, que de ces vraies émotions de Fâme qui seides constituent les affections* L'hêtre inconnu qui respire dans Tanimal, quel qu'il soit, est trop loin de nous, trop au-dessous de nous , pour que la sensibilité ne se profane pas en l'admettant à un commerce d'affections qui doit avoir toujours un caractère moral. La sensibilité a une certaine dignité à conserver pour remplir la vocation qui l'attend.

Il est une seconde condition non moins essentidle à la culture de la sensibilité, et qui se réfère fJus directement encore au but de cette éducation. Elle consiste à diriger nos affections vars les objets qui méritent véritablement de les faire naître et de les captiver : en errant au hasard, elles s'expo^nt à des mécomptes, elles contractent une mobilité funeste : mieux dies seront fondées, au contraire , sur la raison et la justice , et plus elles deviendront fortes et durables. Or , cette maxime reçoit deux applications : nos affections peuvent être réclamées comme un hommage ; elles peuvent être invoquées comme une assistance.

Heureux ceux qui, dans les êtres auxqueb ils sont

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liés par les nceuds de la nature ^ trouvent en même temps des modèles j et qui peuvent joindre ainsi le sentiment dune vénération réfléchie aux instincts de la tendresse! Quel amour alors que cet amour mêlé d admiration , et qui se confond avec le culte même de la vertu! Plus heureux encore ceux qui peuvent, en offrant les exemples d une belle vie aux êtres que la nature plaça sous leur protection , répandre ainsi sur eux le plus grand de tous les bienfaits j en donnant à leur cœur les enseignemens les plus utiles , en offrant à leurs affections les titres les plus lotîmes ! Que, du moins, dans les liens qui sont de notre choix, cette intention soit constamment observée! qua nos relations intimes préside une sage réserve et un discernement éclairé I Nous nous plaignons sans cesse d avoir été trompés dans nos sentimens! Ne devons-noi^s pas nous accuser plutôt d avoir été imprudens , aveugles , dans les rapports que nous avons contractés ? Ce n'est pas tout au reste ; il ne nous est pas donné dç trouver autour de nous des êtres parfaits ; un commerce habi-» toel &it ressortir graduellement les imperfections de ceux même qui sont les meille^s; ces découvertes peuvent surprendre , refroidir ; la fleur du sentiment peut ainsi se faner : il y a donc une sorte de soin déli* cat à observer, pour ne point laisser décolorer, si Ion peut dire ainsi, les objets de nos affections, par les impressions que la familiarité fend à produire ; il faut couvrir à ses propres yeux , d'une sorte de manteau, ce qu'ils ont de moins distingué ; il faut conserver intact le sentiment qui les honore; car, on n'aime véritablement que ce qu'on peut reconnaître comme honorable. Quel ennemi plus terrible pourrait donc rencontrer,

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sur le théâtre de la société , la sensibilité du cœur , quel ennemi plus terrible que cet esprit de causticité qu'on voit avide de tout désenchanter y de tout rabaisser ! quelle plus funeste influence pour elle, que le spectacle de ces jeux cruels de l'esprit, où la frivolité maligne se plaît à violer le respect dû à la bonté , à poursuivre la candeur, des traits de l'ironie ! Gomment la sensibilité oserait-elle se produire là où cet art du dénigrement, s'enveloppant déformes élégantes, usurpe l'apparence de la grâce , est célébré comme une chose de bon goût, et devient une condition de succès !

Une juste fierté redoute de contracter trop légèrement les engagemens de la reconnaissance; une juste délicatesse répugne à les contracter envers ceux qu'on ne peut pas estimer , ou avec lesquels on ne peut entretenir que des rapports trop fugitifs; mais l'amôurpropre aussi repousse souvent un genre d'engagement qui l'humilie , et la sécheresse du cœur refuse de pro« mettre ce qu'elle n'a pas le moyen 'de tenir. Il est des bienfaits qu'il n'est pas en notre pouvoir de rejeter, et qui nous ont même prévenus avant toute réflexion de notre part; il en est qu'une délicatesse plus exquise commande quelquefois d'accepter : c'est ainsi qu elle se complaît à recevoir les dons dans le commerce de l'affection la plus intime, et à offrir par là un gage encore jJus parfait de Pamour. Qui accepte, aime. La reconnaissance, née sous des semblables auspices, devient, pour la sensibilité, une institutrice, une protectrice : elle donne aux affections le caractère d'une dette sacrée; elle élève, à nos yeux, ceux qu'elle nous fait chérir ; elle dispose au respect; elle se nourrit de souvenirs ; elle est une fidélité du cœur; elle s'empare.

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