LIT. LII. SBCT. I. CHAP. III. II
en quelque sorte, de la personnalité , pour lamener captive aux peds de ramour, et la contraindre de lui rendre honunage. La reconnaissance a aussi une sorte de générosité qui lui est propre, savoir, le sacrifice même qu'elle impose à lamour-propre. Applaudissonsnous donc de voir que notre destinée dans la vie nous a appelés à recevoir d'abord , pendant Tenfance et la jeunesse, une si longue suite de bienfaits! Cest que la reconnaissance, en effet, nous avait été donnée pour prisider à l'éducation de notre sensibilité. Applaudissons-nous encore de nous retrouver, dans la vieillesse, d^endans des services d'autrui ! La reconnaissance viendra ainsi réchauffer encore la sensibilité du cœur , sur le soir de la vie. Nous avons besoin d autrui et au berceau et dans la caducité , parce que Famour doit occuper les avenues et Tissue de notre carrière. Qu'i;^tr ce vivre, si ce n'est aimer?
Outre les affections qui se dirigent ainsi au-dessus de nous, il en est d'autres qui se portent vers ceux qui sollicitent nos secours : car c'est par ce genre d'échanges , c'est par cette double direction de la sensibilité , que se forment ces corrélations graduées qui entretiennent la vie dans la société humaine. La pitié , si utile à ceux qu'elle vient soulager , l'est bien plus encore peutêtre à ceux qui soulagent. A ceux-ci elle enseigne l'attendrissement; elle leur révèle tout ce qu'ont de sacré les liens qui nous unissent à nos frères; elle les introduit dans le sanctuaire de l'humanité. Mais la pitié qui donne ces enseignemens n'est pas la pitié dédaigneuse : c'est une pitié dans laquelle intervient un juste respect pour le malheur; ce n'est pas celle qui cherche à se soulager elle-même du spectacle de la souffrance : 90ME II. 9
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c est celle qui a besoin d en tarir les sources. G>nibien il est facile d'aimer ceux qu'en effet on peut servir! Quelles facultés nouvelles on découvre en soi, lorsque des occasions inattendues de dévouement viennent s'offrir; lorsqu ensuite on goûté la joie enivrante d'avoir pu répandre, autour de soi , le soulagement et le bonheur! Voyez ces guerriers si terribles dans les combats ! Que Tinnocence opprimée vienne invoquer leur appui ! ils ne sont pas seulement émus, ils sont attendris; les émotions les plus délicates se sont fait jour dans leur àme.
Ceci nous conduit à une troisième condition que nous croirions pouvoir assigner à la culture de la sensibilité. Cest l'activité de k bienfaisance, et nous prenons ici la bienfaisance dans l'acception la plus générale ) dans tout ce qui porte un bienfait réel aux autres hommes. Quelquefois, se faisant illusion à ellemême, la sensibilité semble, se complaire dans une aorte d'immobilité voluptueuse; cet état de repos prolongé a, pour elle, un attrait trompeur; elle s'épuiserait bientôt, elle se consumerait par l'abus des jouissances solitaires* Il lui faut une action pour obtenir un aliment, comme il lui faut une expérience pour avoir un régulateur. En se produisant sur le théâtre de la réalité, elk apprend à personnifier, à particulariser ses émotions, à leur donner un objet déterminé; ^le s'alimente par les choses mômes qui servent à la satisfaire; elle s'encourage par les récompenses qu'elle recueille. Qui se dévoue apprend à mieux aimer encore ; car, alors seulement, il connaît toute la douceur qu'il y a à aimer. La sensibilité se perfectionne dans la bienfaisance, parce qu'elle y remplit sa vraie destination;