‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 53 sur 150 · LIV. III. SECT. I..CHAP« III · texte numérisé non relu

LIV. III. SECT. I..CHAP« III

de notre libre activité. Du sein de l'avenir semblent sortir mille voix qui répondent aux affections de notre âme; ce sont autant d*échos qui lui redisent ses propres invocations et ses soupirs. Quelles émotions continues ce concert entretient en elle, et y renouvelle sQns cesse! L'espérance pare à son gré les objets des affections; elle les enveloppe d'un vague qui les embellit encore; elle leur prête un attrait de plus , par la distance métne où elle les tient encore , et par.l'impatience de les posséder. Elle ne s'est point encore refroidie par la possçssipn , désenchantée par l'expérience. L'espérance est expansive comme lamour; elle lanime par la confiance; elle est sereine, joyeuse, radieuse; elle trîoiQphe d avance; elle communicfue aux affections le mouvement qui Tentraîne. Mais , à côté de ses espérances , l'avenir a aussi ses terreurs; mais l'espérance, fille de l'imagination, accompagne cette puissance capricieuse, dans ses égaremens, et subit ses mécomptes; mais si elle a nourri la sensibilité en la flattant , elle peut,. en la trompant, ouvrir son tombeau ; mais l'espérance ouvre à la personnalité la même camère qu'à la générosité; Taffection peut s*y laisser séduire et corrompre.

La présence de la nouveauté est pour l'homme le signal de l'espérance et de la crainte. Plus la situation qui commence lui est encore inconnue, plus l'imagination est libre de la remplir des perspectives qui lui sourient ou qui l'effraient.

Ainsi placé entre l'ancien et.le nouveau , l'homme , si son regard était.trop constamment arrêté sur l'un pu sur l'autre, pourrait tomber dans le • découragement, ou s'abandonner à la présomption. La Providence lui a accordé ces deux points de.vue pour que leurs in^uences

contraires puissent réciproquement se tempérer. La cul* ture de la sensibilité recevra de leur concours l'assistance la plus fayorable. Il n est rien qui excite dans l*àme des émotions plus énergiques que le réveil d'un ancien souvenir 9 lorsque, après une longue interruption, il vient subitement à être reproduit par des circonstances nouvelles. Alors , les deux grands moteurs de la sensi-^ bilité humaine agissent à la fois , mais eh réunissant et combinant leurs forces* Toute la puissance des souvenirs se trouve associée à toute la magie des espérances. L*âme s'étendant de toutes parts, semble se mettre en possession tout ensemble et de l'avenir et du passé. Mais l'avenir n'a plus de trompeuses illusions, puisqu'il se présente comme un reflet de Inexpérience ; mais le passé n'a plu& de regrets, parce qu'il va renaître. Rare et merveilleuse coïncidence, qui s'offre, par exemple, à un exilé, quand à son retour, il se prosterne sur le rivage de la patrie, qui s'offre quelquefois à un peuple entier, dans ces grandes restaurations politiques qui lui rendent ou des prin^ ces qui lui étaient chers, ou des institutions qui lui étaient sacrées ! Transports enivrans qui , sur la terre , ne peuvent être goûtés que d'une manière rapide, mais qui , sans doute , attendent les cœurs vertueux sur le seuil de l'immortalité future ! La nature même des choses ne permet pas à ces rencontres singulières de produire un ^et prolongé. Mais il dépend en quelque sorte de nous de les rendre plus fréquentes. Mettons nos espé* rances sous la protection de l'expérience ! nourrissons les réminiscences du cœur par la légitime attente des réunions promises! en d'autres termes, confions à la vertu ces deux grands leviers! die les mettra en accord. La vertu elle-même^ qu'est-elle autre chose qu'une espé-

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ranoe (oujoura vivante au sein des plus constans souvenirs ? Car elle est toujours ancienne et toujours nouvelle; ancienne par ses règles immuables, nouvelle par les actes du dévouement; elle reporte Tâme à son origine, et lui découvre son avenir; elle la rajeunit sans cesse par les créations qu'elle lui demande , et par les récompenses qu'elle lui promets

Indépendamment des causes qui peuvent développer la sensibilité , il en est qui contribuent spécialement à l'entretenir; dans lé nombre de celles»ci on doit particulièrement signaler la fidélité aux affections et les habitudes du respeet.

En se reportant aux considérations exposées dans le chapitre précédent, on conçoit comment lessentimens généreux se fortifient par l'exercice, s'alimentent, en quelque sorte, par eux-mêmes. Us suivent en cela une loi entièrement inverse de celle qui régit la sensibilité organique. Si les hommes mobiles dans leurs affections croient avoir de vraies affections, ils s'abusent; ils prennent, en partie du moins, les mouvemens de l'imagination pour les émotions de l'âme. En changeant d'objets, la sensibilité semble se condamne!*; elle se met en contradiction secrète avec elle-même; elle contracte quelque chose de capricieux. La fidélité est une probité dans les sentimens, qui, les élevant à la dignité de la vertu , leur donne quelque chose de plus pur. Prenez bien garde que nous ne parlons pas de cette sensibilité exaltée qui se prodigue en démonstrations , mais de celle qui réside au fond du cœur , qui fait vivre en ceux qu'on aime!

Les habitudes du respect recueillent; elles aident à la réflexion; elles répandent le calme, elles ramènent

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Tordre dans le inonde intérieur. Le respect pour les autres hommes ^ en tant qu'il leur est dù^ le respect pour soi-même , le respect pour la yërité et pour les lois du devoir y protègent toutes les émotions sincères et profondes. Le respect devient cette légèreté qui est l'ennemi le plus ordinaire de la sensibilité du cœur; il environne Tâme d*un rempart contre une foule de distractions; il favorise le commerce qu'elle entretient avec elle-même; il donne à ce commerce du sérieux et de la dignité. Demandez d'ailleurs aux cœurs aimans et tendres : ne se plaisent-ils pas à respecter lobjet de leurs aftiections? Et que deviendrait la délicatesse du sentiment y si ce voile de respect était déchiré!

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