LIV. III. 8KCT. !• CHAP. IT
Ce n'est pas même assez de jeter les yeux sur ce modèle ; il faut y arrêter long-t^nps ses regards ; il est nécessaire que ses influences se répandent graduellement dans notre âme y s'y déploient ^ en pénètrent lés replis les plus profonds, s'en emparent , et l'occupent tout entière. Tel est le but que se propose Fart de la méditation y le premier 9 le plus puissant des arts, puisque seul il met l'homme en jouissance des plus hautes facultés dont l'ait doté le Créateur et qu'il donne à l'intelligence le caractère d'une cause.
Frappés de l'importance et de la fécondité de ce grand art, les philosophes et les écrivains ascétiques ont, à Penyi, essayé d'en tracer les préceptes, et nous leur sommes redevables d'un grand nombre de conseils utiles sur un sujet pour lequel de tels conseils sont en effet si nécessaires. Cependant, l'art de la méditation a pu partager le sort qu'ont éprouvé tous les autres , lorsqu'ils se sont vus accablés sous le poids des règles didactiques. On a pu l'emttarrasser par des reconunandations également inutiles et à ceux qui sont capables d'agir par eux-mêmes, et à ceux qui ne le sont pas, parce qu'elles ne font que répéter aux premiers ce qu'ils ex^uteraient naturellement, et qu'elles conseillent aux seconds ce qu'ils sont hors d'état d'exécuter. On a pu le charger de procédés presque mécaniques qui , en voulant rendre ses opérations plus faciles , leur enlèvent le vrai principe d'action et de lumière. On a dit comment il faut choisir un sujet, le déterminer, le circonscrire, le diviser; on a assigné le lieu-, le temps , pour l'action et pour le repos , pour les considérations et pour les sentimens; on a presque commandé le moment de la réflexion , celui de l'émotion ;
128 DU PERFEGTIONITEMBNT MORAL.
on a tracé des cadres , prescrit des méthodes , composé des formules. L'exercice de^ facultés intellectuelles et morales a été rigoureusement soumis à une marche où tout était préyu d avance; on na pas. assez considéré que<;es facultés , précisément pour bien remplir leurs fonctions y ont besoin de conserver une certaine indépendance. On a trop oublié que le premier et le plus utile conseil, pour la méditation , consiste à recommander cette énergie et cette liberté de lesprit j qui permettent à l'âme de s'approprier les vérités qu'elle médite y comme les ayant tirées de son propre fonds.
£n effet ^ ce qu'il y a de plus difficile dans les exercices de la méditation j ce n'est pas de bien opérer dans la région qui en est le théâtre , c'est de parvenir à cette région et d'y pénétrer. Les abords en sont tdlement escarpés qu'ils inspirent une sorte d'effroi à ceux qui tentent de les frandiir, et cette circonstance nous *explique pourquoi cet art est en effet pratiqué par. un si petit nombre d'hommes. Lorsque nous commençons à vouloir nous y livrer , nous nous sentons comme repoussés de toutes parts. D'abord^ mille souvenirs viennent nous assaillir dans la retraite où nous tentions de nous réfugier; les fantômes mobiles et capricieux, des objets dont nous nous étions éloignés , reviennent nous importuner plus encore que ces objets eux-mêmes , et tourbillonnent en mille sens autour de nous. Réussissons-nous à apaiser ce tumulte? une seconde épreuve non moins pénible nous attend ; c'est le silence ^ le, vide , l'obscurité; au lieu de ces régions fertiles que nous espérions parcourir avec joie, nous ne découvrons en* core qu'un aride désert; en vain nous invoquons les images célestes qui. devaient nous ravir; elles nous