LIV. m. &EGT. I. CHAP. IV. I
fuient; nous retombons sur nous*mêmes, comme accablés du poids de Tennui; notre intérieur ne nous présente que l'horreur d*une vaste solitude. Faisonsnous un dernier effort? les ténèbres paraissent se dissiper; les idées se produisent; mais eUes naissent confuses 9 incohérentes^ désordonnées; elles nous échappent^ quand nous croyons les saisir; elles se précipitent les unes sur les autres y se pressent , se heurtent, et nous plongent peut-être dans une dernière épreuve y la plus rude de toutes , ceUe de Fincertitude et du doute. G est seulement lorsqu'on a eu le courage de traverser ces trois zones successives , si l'on nous permet cette expression , qu'on atteint enfin à cette sphère lumineuse et paisible où nous attendent tous les fruits de la méditation avec toutes ses jouissances. Mais avant d'y être parvenu, on se décourage, on renonce, on déclare que l'entreprise est impossible. - Ge qui importe donc, avant tout, c'est de faciliter les abords de la région où la méditation nous appelle , et c'est ce qu'on obtiejndra par une préparation convenable : or, tous les soins que cette préparation demande soût compris dans le recueillement.
Lç recueillement ne consiste pas 'exclusivement, comme l'ont cru quelques mystiques, dans l'isolement qui affranchit l'âme de toute distraction extérieure; il demande aussi , il demande surtout que l'âme rassemble en elle-même toutes ses forces , qu'elle en dispose avec une soqveraine puissance; la présence de certains objets extérieurs pourra, quelquefois, seconder, plus encore que contrarier, cette réaction énergique ; comme aussi', en l'absence de tout objet extérieur, l'âme pourrait rester plongée dans une oisiveté
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léthargique. Le recueillement est un état de liberté inté^ rieure y active et paisible tout ensemble , parce qu elle est bien ordonnée. Mais on ne se donne point cet étatà vo* lonté y et d'une manière instantanée* La faculté d'en jouir est elle-même une prérogative achetée par un long novi» ciat y et c'est là ce qui trompe les personnes inexpéri* mcDtées qui se présentent aux portes du sanctuaire avec la confiance d y être immédiatement admises. Néophytes d'un jour , elles s'étonnent de ne pas obtenir l'initiation : qu'elles conunencent par s'en rendre dignes! Ce novi* ciat nécessaire consiste dans un bon régime de vie, dans Tobseryation de l'ordre , de k régularité ^ de la sobriété en toutes choses; il consiste, surtout^ dans une habitude de vigilance sur soi-même.
U y a donc y pour la méditation , une préparation éloignée y coimne il y a une préparation immédiate et prochaine. Celle-ci peut s'aider d'un concours de circonstances extérieures , telles que le silence et la retraite. Certains lieux ^ certaines heures kii «ont plus particulièrement favorables. Les lieux qui lui conviennent sont ceux qui se trouvent le mieux en harmonie avec nos habitudes et nos dispositions intérieures, qui inspirent le calme, et qui excitent, ext même temps y des impressions uniformes et sérieuses. Les heures qui lui conviennent sont celles où l'àme, libre encore de tout commerce avec les objets extérieui^, jouit de toute sa vigueur et reste en possession d'elle-même, et celles où, ayant interrompu ce même commerce , et revenant a eUe, elle peut résumer les expériences nouvellement acquises. Cependant, l'influence de ces circonstances diverses se modifie suivant les individus : il en est qui ont besoin d'un isolement plus absolu , et dont les
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méditations n'ont jamais plus de force qu'au sein d'une nuit profonde; il en est dont la pensée a besoin d^étre> au contraire 9 soutenue par la présence d'un spectacle analogue à son objet ^ à peu près comme le chant d'une Toix faible et mal assurée a besoin d'être accompagné par l'harmonie des instrumens. Cependant qu'on tâche de ne point rester trop asservi à ces conditions accessoires qui ne sont pas toujours en notre pouvoir ! Qu'on s'habitue graduellement à conserver sa liberté entière, au milieu du tumulte du monde et des occupa^ tions matérielles ! A force de s'entourer de précautions pour obtenir le recueillement de l'âme ^ on devient beaucoup plus exposé à ressentir VeStet des distractions qui surviennent En exagérant, d'ailleurs, les précautions de ce genre, en se renfermant dans l'isole* ment le plus absolu , en se concentrant trop exclusivenwnt en soi-même , on s'expose aussi à être entraîné à de vagues rêveries, ou emporté par les accès d'une exaltation qu'on ne saura point modérer, parce qu'on ne saura pas même s'en apercevoir. Du reste, tout cet appareil de précautions extérieures est de peu de se* cours à celui qui ne sait pas obtenir, au-dedans, les dispositions opportunes 9 il y a plus, et ces précautions dles-mémes ne serviront souvent qu'à accroître le trouble intérieur, si l'âme conserve en elle-même un foyer d'agitations. C'est dans la solitude que s'alimentent quelquefois les passions les plus violentes. N'a-t-on pas vu des armées d'anacdiorètes sortir du désert et venir port^ le désordre dans l'onpire de Bysance 7 C'est dans le sanctuaire m^e de la pensée que doit être sinrtout observée la loi du silence ; c'est là que tous les objets doivent être disposés dans u^ harmonie régulière ; c'est là
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que raffranchissement doit être complet; c*est là que la méditation doit être protégée par les images les plus graves tout ensemble , et les plus douces. Si une fois on est parvenu, par cet ensemble de précautions et de soins, à devenir capable de ce noble exercice, on en saura assez sur Tart de méditer, ou plutôt, on appr«[idra le reste de soi-même. Peut-être on éprouvera des inspirations inattendues bien plus lumineuses que tous les conseils étrangers; il suffira doser, et de consulter ensuite sa propre expérience.
La première chose qu'emseignera cette expérience c est qu'il ne faut point, pour méditer avec fruit, tourn^enter, harceler son esprit, par des efforts trop multipliés. La méditation est la mère des pensées fortes et des sentimens profonds ; mais , les unes comme les autres doivent jaillir de notre âme d une manière naturelle; il faut en favoriser lessor ; on arrêterait cet essor par lagitation et la contrainte; plus il conservera de spontanéité, plus il aura d'énergie. L'art de gouverner son entendement ne consiste pas dans loppression et la violence, mais dans une direction sage et calme. Les méditations morales sont un endretien de Y&me avec elle-même ; elle s'interroge ; elle doit attendre ensuite la réponse et la recueillir- avec attention; en s'interrogeant , elle doit conserver une bonne foi entière , elle doit éviter de s'imposer d'avance la réponse qui lui convient : on n'entend que ce qu'on a un désir sincère d'apprendre. Tous les hommes ont à peu près en eux ' le m^e fonds d'idées primitif ; ils ont le même fonds comnmn, surtout, dans les choses morales; la différence qui ' s'établit entre eux vient de ce que les uns savent exploiter, pendant que les autres le négligent.