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et du vrai , pour les savourer , s en nourrir, les transfor* mer en sa propre substance. Elle doit même éviter de les trop accumuler j pour que chacune soit convenablement goûtée, et puisse, en se développant, acquérir toute la fécondité qui lui est pi^opre.
Enfin, pour que la méditation la plus abondante et la plus sagement dirigée porte se^ fruits, il faut qu elle soit convenablement résumée, qu'elle se convertisse en résultats simples, qui puissent rester fixés dans lesprit, et passer dans le dcunaine de l'a{^lication. I^a méthode , si elle a présidé à ces exercices, rendra cette dernière opération facile. Mais, ce qui la rendra surtout facile, c'est l'habitude d appliqiier assiduemen t, en effet, ce qu'on a médité. La contemplation et l'action se présentent quelqurfois comme deux rivales qui se disputent la pos* session de l'homme moral. La première trouve des partisans zélés parmi les mystiques ; la seconde parmi les amis de l'humanité ; mais à le bien prendre , chacune de ces deux puissances a besoin du secours de l'autre : elles se fortifient et se régularisent par leur alliance; elles se servent mutuellement de préparation , de recti* fication et d'épreuve. La contemplation des vérités mo* cales, si elle restait oiseuse et stérile, se condamnerait et se démentirait elle-même : elle ne doit point donner à la vertu des sybarites voluptueux , mais de courageux athlètes; connue dans son véritable es[lrity elle asf»re à se convertir en appfioations positives; elle a soif de bonnes actions; elle inspire djes forces <[ui demandent à s'exercer; elle se complaît à voir r^liser les images dont elle se nourrissait avec tant de charme. Récipro^ quement, les applications de la pratique deviennent, pour les^ méditations morales y ce que l'observation et
^ l'expérience sont aux théories dans les sciences physiques; elles contrôlent, déterminent, circonscrivent ce qui n'avait été conçu peut-être que d'une manière vague et incomplète; elles calment Fimagination , elles la contraignent à régulariser ses mouvemens; elles préviennent ou corrigent les égaremens, quelquefois si graves et si funestes, d'une exaltation innocente et pure dans son origine; elles seules peuvent nous apprendre si , dans la contemplation qui nous aura causé le plus de ravissemens, les vérités et les sentimens ont réellement pénétré au plus profond de notre âme , y ont jeté des racines abondantes. Aucun remède ne guérit mieux les maladies dû cœur , les accès d'une mélancolie sombre et découragée, que la pratique des devoirs : souvent nous nous trouvons incapables de penser, de sentir; agissons alors, faisons le bien! nos facultés assoupies se réveilleront pleines de vigueur. Il y a , d'ailleurs , dans les notions du dévoir, des conditions qui ne sont bien com prises que de ceux qui ont essayé de l'accomplir. C'est sur le terrain de la pratique qu'on mesure les difficultés, qu'on découvre les obstacles, qu'on apprend la valeur et la force des motifs. Cest là qu'on parvient à se bien connaître, parce que c'est là qu'on s'éprouve; c'est donc là aussi qu'on trouve des préservatifs contre les illusions de la vanité, illusions que favorisent trop souvent les habitudes contemplatives. Après avoir fait le bien on revient en étudier les lois, avec une nouvelle ardeur ei un charme nouveau ; on porte dans la méditation une plus grande sérénité ,on y recueille le suffrage de sa conscience. Chose remarquable! celui qui s'est engagé dans le vice y persévère, parce qu'il s'aveugle; celui qui s'est engagé dans la vertu y persévère, au con-
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traire, parce qu'il s'éclaire. Souvent celui qui persévère dans le vice, en gémit et désapprouve sa propre faiblesse j mais cède comme entraîné par une force mécanique et étrangère; celui qui persévère dans la vertu la goûte toujours davantage, s'applaudit de plus en plus d'avoir choisi la bonne part. Les chaînes du premier se multiplient et s'appesantissent; le second obtient graduellement une liberté plus entière.
Si Ton réfléchit sur la nature des obstacles qui éloignent un si grand nombre d'hommes des méditations morales, on remarquera que ces obstacles ne proviennent point, comme dans les méditations scientifiques ou philosophiques, de la nature même des choses , mais seulement de leur propre négligence et de leur légèreté. I^s notions morales ne se composent point, comme les hautes spéculations de la science, de ces déductions abstraites^ de ces vastes combinaisons qui excèdent la portée des esprits ordinaires; elles sont prochaines, familières , simples ; on ne les crée pas , on les reconnaît ; on les reconnaît , non par des efforts extraordinaires , mais par le recueillement et la bonne foi. Il suit de là qu'aucun homme, quelle que soit sa condition, n'est réellement exclu de ces exercices , ni par conséquent des avantages qu'ils procurent pour notre perfectionnement. Les maximes des premiers sages , qui nous ont été transmises par les plus anciennes traditions, attestent déjà, dès le berceau de la civilisation, des méditations profondes sur les vérités relatives aux destinées humaines. On rencontre quelquefois dans les conditions les plus obscures de la société , des individus qui, quoique ayant peu d'instruction acquise, ont cependant puisé dans la méditation des lumières qui nous
étonnent, et qui, grâce à cette éducation intérieure, parlent mieux le langage de la yertu , que les gens du monde si Tains de leur savoir. Ces hommes simples et respectables ne diront peut-être pas qu'ils ont médité, ils ne le sauront peut-être pas ; ils n'auront pas médité dans les règles et suivant les formes; mais ils auront contracté Thabitude de descendre quelquefois au fond de leur propre cœur , avec une entière droiture; ils auront été moins détournés de Tétude d'eux-mêmes par les distractions de la vanité et pair le tumulte du monde ; ils auront beaucoup appris en peu de temps, sous les leçons de la grande institutrice de Thomme. Ils en auront appris assez pour connaître le bien et Faimer.