CHAPITRE V
SUITB DU PBECSDEIVT. — DBS MAXIMBS BT DES REGLES.
jitMB, a dit le sage, et fais ce que tu veux! Heureux qui comprend cette parole sublime! Il n'aura besoin, en effet, d'aucun autre précepte; il aura puisé à sa source même l'intelligence de la loi tout entière; non-seulement il aura acquis l'intelligence de la loi , mais il possédera toute la puissance de volonté nécessaire pour son accomplissement , et l'exécution lui sera aussi douce que facile. La morale n'est que la traduction développée, l'application variée de ce grand conseiL Mais c'est être arrivé déjà à une haute perfection, que de concevoir, en effet, la valeur de cette maxime, et de pouvoir s'y abandonner sans péril. La néophyte de la vertu pourrait n'y trouver que la source d'une illusion présomptueuse; les esprits exaltés y trouveraient facilement un prétexte pour justifier leurs écarts; les hommes dont la morale est toute spéculative, et qui prennent les extases pour des vertus, s'en autoriseraient pour se confirmer dans leur molle indolence ; ils y puiseraient un aliment pour leur vanité, jiime et fais ce que tu veux! Si ces paroles ne peuvent, pour la grande généralité des hommes , remplacer le code explicite des devoirs, elles doivent, du moins, être inscrites en tête du code; elles doivent être répétées à
l4o DU PSEVECTIONNBMBNT MORAL.
chacune de ses pages; elles doivent le résumer; elles doivent en éclairer tout le commentaire.
A la loi du bien correspondent et une notion et un sentiment. Le sentiment s'attache au motif; la notion prend uiie forme împérative. La notion offre le type de l'action prescrite ; le sentiment se dirige vers le but pour lequel cette prescription est établie. L'àme se pénètre donc d autant mieux de la loi, elle se porte d'autant mieux à l'accomplir , que, dans l'expression qui promulgue la loi , on réussit mieux à satisfaire à cette double condition. (Test ainsi que la maxime : Aime et Jais ce que tu veux, peut servir de commentaire au devoir. L'exercice de la méditation a précisément pour objet de réunir ces deux conditions, de donner l'intelligence de la loi, en feisant pénétrer dans son esprit; de rattacher ainsi sa pratique à ses motifs, d'exciter et d'éclairer tout ensemble cet amour qui est appelé à l'accomplir.
En effet, les motifs qui recommandent raccomplissèment du devoir, ne se présentent d'une manière immédiate et instantanée, que lorsque le devoir luimême est exprimé sous la forme la plus générale; ils deviennent moins sensibles, à mesure qu'on descend aux applications particulières, et qu'on s'éloigne ainsi du principe. L'office de la méditation consiste à combler cet intervalle, à renouer la chaîne et à reporter la lumière primitive des motifs sur les applications les plus familières.
Aussi long-temps que l'expression du devoir conserve cette généralité qui lui permet de s'adresser immédiatement à la conviction de l'esprit et au sentiment du cœur , cette expression n'est guère encore qu'une