‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 6 sur 150 · DE LA GRANDEUR D AME · texte numérisé non relu

DE LA GRANDEUR D AME

Il y a dans la grandeur d'âme quelque chose de si admirable^ que le spectateur ne peut en contempler Pimage sans une émotion profonde. Elle excite en nous une secrète envie, ou plutôt une vive émulation; qlle nous révèle, sur les facultés de notre nature y des choses que nous ne soupçonnions peut-être pas, mais que nous reconnaissons cependant, que nous sentons bien être, en effet , le don de l'humanité ; nous éprouvons une juste fierté d'appartenir à cette patrie commune où se produisent de si beaux, caractères : dans la joie de cette découverte, nous avons presque la confiance d'être capables de les imiter. C'est que la grandeur d ame réunit en elle les deux plus beaux traits qui appartieiment, en effet, au caractère de l'humanité : elle empruntée Tamour du bien tout ce qu'il a de généreux , et à l'empire de soi, tout ce qu'il a d'énergique. Elle si(|^ale le but auquel aspire notre nature , nous montre toute Té-; tendue de notre liberté , et nous enseigne ainsi ce dont nous serions nou$-mêmes capables, si nous l'osions. Aussi ne peut-on bien définir ce noble phénomène qui répand sur la terre un si pur éclat , qu'autant qu'on a bien reconnu et déterminé les deux puissances morales dont nous considérons ici les effets, et dont elle réunit

lO DU . PERFECTIONNEMENT MORAL.

en elle la double influence, dans un très-haut degré, comme dans un parfait accord.

Certaines passions peuvent, en développant dans Fâme des forces extraordinaires, rendre capable d'exécuter au-dehors, de grandes choses; mais, dans les résultats qui en sortiront, quelque gigantesques qu'ils soient , vous ne reconnaîtrez jamais Tempreinte de la grandeur d*âme. Car vous trouverez toujours quelque chose détroit dans les motifs, d exagéré dans Texécution, de serviie dans le mouvement; vous y trouverez un mélange secret de personnalité; vous y apercevrez une certaine enflure. Ce sera une sorte de crise qui n'aura rien de naturel et de durable. Toutefois, remarque»*-le encore, les passions qui produisent de grandes choses sont uniquement celles qui sont alimentées par quelque affection et qui supposent Tégarement de quelque force morale. Jamais la sensualité laissée à ellennéme, jamais Fégoîsme, dans sa stérile nudité, ne parviendraient à rien imiter de grand, même dans leurs plus violens excès. Il ne suffit pas, pour caractériser les grandes actions, qu'elles produisent de puissans effets; un moteur mécanique en ferait autant. Les grandes actions sont celfes qui produisemde tels effets par l'énergie des sentimens généreux.

On peut se nourrir habituellement de grands s^itimens et de hautes pensées, et n'avoir cependant point atteint à la grandeur d'âme. Elle demande, non-^seule* ment que de tels sentimens soient mis en action , mais qu'il y ait, dans Faction qui leur donn« cours, quelque hardiesse, un certain degré de courage. Elle suppose un élan dans le lointain on dans l'avenir^ il lui faut un champ libre; elle a besoin d'espace; elle veut

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